Récit · Rome

Le règne de Numa

Tite-Live, Histoire romaine, I, 18-21 ; Ovide, Fastes, III

Après le fondateur armé vient le roi désarmé : Numa montre que ce qui tient une cité debout n'est pas la victoire mais l'accord réglé avec les dieux — un calendrier, des prêtres, des bornes et une parole tenue.

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Rome cherche un roi

Romulus avait disparu, et Rome n'avait plus de roi. Pendant des mois, les sénateurs gouvernèrent à tour de rôle, mais le peuple voulait un chef. On finit par se mettre d'accord sur un nom, et c'était celui d'un étranger : Numa Pompilius, un Sabin de la petite ville de Cures, connu pour sa justice et sa piété. Il n'avait rien demandé. Il fallut même le convaincre d'accepter. Rome, née d'un fondateur guerrier, choisit pour deuxième roi l'homme le plus paisible qu'elle connût.

L'augure sur le Capitole

Numa ne voulut pas régner sans savoir si les dieux l'acceptaient. Comme Romulus avant lui, il demanda les auspices. Un augure le conduisit sur le Capitole et le fit asseoir sur une pierre, le visage tourné vers le midi. Le prêtre s'assit à sa gauche, la tête voilée, un bâton recourbé à la main : le lituus. Du regard, il découpa dans le ciel un espace, et pria Jupiter d'y montrer sa volonté par des signes clairs. Les signes vinrent. Numa fut roi.

Les portes de Janus

Numa regarda son peuple et vit des hommes que la guerre avait rendus durs. Il décida de leur retirer peu à peu ce qui les nourrissait : les combats. Il fit bâtir au bas d'un quartier de Rome un petit temple à Janus, le dieu des passages, et lui donna un usage unique. Quand les portes en étaient ouvertes, Rome était en guerre ; quand elles étaient fermées, Rome était en paix avec tous ses voisins. Sous son règne, elles restèrent fermées d'un bout à l'autre.

Douze mois pour une année

Numa s'attaqua au temps lui-même. L'année d'alors ne comptait que dix mois et s'ouvrait en mars : elle ne collait ni avec la lune ni avec le soleil. Le roi la partagea en douze mois lunaires, et ajouta de temps en temps un mois de rattrapage pour que le soleil se retrouve au bon endroit. Puis il fit quelque chose de plus étonnant encore : il classa les jours. Certains étaient ouverts aux affaires des hommes, d'autres appartenaient aux dieux. Le calendrier devint un objet sacré.

La nymphe du bois sacré

Comment faire accepter tant de règles nouvelles ? Numa racontait qu'il ne les inventait pas. La nuit, disait-il, il quittait la ville et gagnait un bois traversé par une source qui sortait d'une grotte sombre. Là l'attendait une nymphe, Égérie. C'était elle qui lui dictait les rites, les prières, les lois. Le peuple écoutait autrement des règles venues de si loin. Numa consacra le bois aux Muses, parce qu'elles y tenaient conseil avec Égérie. Personne ne l'accompagna jamais.

La flamme qui ne doit pas mourir

Parmi tous les cultes que Numa organisa, un seul ne s'arrêtait jamais. Dans un petit temple rond, près du forum, brûlait le feu public de Rome. Le roi le confia à des prêtresses, les vestales, choisies enfants dans les grandes familles. Elles serviraient trente ans, en se relayant nuit et jour pour que la flamme ne s'éteigne pas. Il leur donna un revenu de l'État, pour qu'elles n'eussent rien d'autre à faire, et des honneurs immenses. Tant que ce feu brûle, disent les Romains, Rome dure.

Picus et Faunus enchaînés

Un jour, la foudre tomba sur Rome comme jamais. Le roi trembla, le peuple fut consterné. Égérie le rassura : on pouvait détourner ces présages, mais seuls deux dieux des campagnes connaissaient les rites, Picus et Faunus, et ils ne parleraient pas de bon gré. Il fallait les prendre. Numa gagna un bois obscur au pied de l'Aventin, versa du vin dans la source où ils venaient boire, et se cacha. Les deux dieux burent, s'endormirent, et se réveillèrent enchaînés.

Le marché avec Jupiter

Les deux dieux acceptèrent d'aider Numa s'il les délivrait. Par des paroles secrètes, ils firent descendre Jupiter lui-même sur l'Aventin. La terre s'affaissa, le roi trembla, mais il tint bon et demanda comment détourner la foudre. Jupiter répondit par énigmes. « Coupe une tête », dit-il. « Celle d'un oignon », répondit Numa. « Je veux celle d'un homme. » « Vous en aurez les cheveux. » « Il me faut une âme. » « Celle d'un poisson. » Jupiter sourit et accepta : ce seraient là les offrandes.

Le bouclier tombé du ciel

Jupiter avait promis un gage. Le lendemain matin, tout Rome attendait. Le ciel était clair, et pourtant le tonnerre retentit trois fois : le ciel s'entrouvrit, et un bouclier de bronze descendit en se balançant. Numa l'appela ancile, à cause de ses bords échancrés. Comme le salut de la ville y était désormais attaché, il en fit fabriquer onze copies si exactes que lui-même ne reconnut plus l'original. Puis il créa douze prêtres pour les garder : les Saliens, qui les portent en dansant.

La bonne foi et les bornes

Numa consacra encore un temple à la Bonne Foi. Ses prêtres s'y rendaient la main enveloppée jusqu'aux doigts, pour dire que la parole donnée doit être protégée comme une chose fragile. Il honora aussi Terminus, le dieu des bornes qui séparent les champs : déplacer une borne devint un sacrilège. Puis, très vieux, le roi mourut dans son lit. Il n'avait livré aucune guerre. Les peuples voisins, dit-on, auraient tenu pour un crime d'attaquer une ville occupée tout entière au service des dieux.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie romaine — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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