Récit · Monde arthurien

La Quête du Saint Graal

Queste del Saint Graal (cycle Lancelot-Graal, v. 1225-1230)

La Queste retourne la chevalerie contre elle-même : la plus grande aventure du royaume ne se gagne ni par les armes ni par la gloire, et ceux qui n'ont jamais été vaincus y échouent les premiers.

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Le matin de la Pentecôte

Ce jour-là, à Camelot, les chevaliers s'assirent comme d'habitude autour de la Table ronde. Mais une demoiselle entra et annonça des merveilles. Sur un siège resté vide depuis toujours, le Siège périlleux, des lettres fraîches étaient apparues : la place serait occupée aujourd'hui même. Personne n'osa s'en approcher. On avait vu, autrefois, des chevaliers trop sûrs d'eux s'y asseoir et disparaître aussitôt sous la terre.

Le chevalier qu'on attendait

Alors entra un très jeune chevalier, vêtu de rouge, sans épée au côté. Un vieil homme le conduisit droit au Siège périlleux et souleva l'étoffe : sous elle, un nom était écrit, et c'était le sien. Galaad s'assit sans crainte. Rien ne se passa. Il sortit ensuite, prit l'épée de la pierre flottante comme on cueille une fleur, et revint. Toute la cour se leva : le chevalier annoncé était là, et il était le fils de Lancelot.

Le Graal traverse la salle

Le soir, pendant le repas, un coup de tonnerre ébranla le château et un rayon de lumière emplit la salle. Chacun se sentit devenir plus beau qu'il n'était. Puis le Graal parut, couvert d'un tissu blanc, porté par personne : il glissa devant les tables, et chaque chevalier trouva devant lui le mets qu'il aimait le mieux. Puis il disparut. Alors Gauvain se leva et jura de partir à sa recherche, et cent cinquante chevaliers jurèrent avec lui.

Ce que Gauvain ne comprend pas

Gauvain chevaucha des semaines sans rien trouver. Pas une aventure, pas un adversaire, pas un signe. Cela le mit de mauvaise humeur. Un ermite finit par lui dire la vérité : cette quête-là ne se gagnait pas à coups d'épée, et il partait avec les armes du mauvais combat. Il fallait d'abord regarder sa propre vie et la corriger. Gauvain écouta poliment, trouva la pénitence trop rude, remercia et s'en alla. Il ne devait plus rien voir du Graal.

La nuit du chevalier de pierre

Lancelot, lui, s'endormit un soir près d'une chapelle en ruine. Dans son demi-sommeil, il vit venir un chevalier malade sur une civière, puis le Graal descendre et guérir cet homme. Lancelot voulut bouger, parler, prier : rien. Il resta immobile comme une pierre. Le blessé guéri repartit en emportant les armes de Lancelot, et une voix dit qu'un homme dur et nu ne devait pas approcher. Au matin, il pleura et alla se confesser.

Perceval sur le rocher

Perceval, de son côté, se retrouva seul sur une île déserte, entouré d'eau. Un lion et un serpent s'y battaient ; il aida le lion, qui resta près de lui comme un chien. Puis une dame très belle aborda dans un navire de soie, lui offrit à boire et à manger et lui parla longuement. Il allait céder à tout ce qu'elle demandait quand son regard tomba sur la croix de son épée. Il fit le signe de croix : le navire prit feu et disparut.

Le choix de Bohort

Bohort chevauchait quand il vit deux choses à la fois. À droite, deux chevaliers emmenaient son frère Lionel, lié sur un cheval et frappé de branches d'épines. À gauche, un homme entraînait de force une jeune fille qui criait à l'aide. Il ne pouvait pas courir des deux côtés. Bohort pria pour son frère et courut vers la jeune fille, qu'il délivra. Lionel, plus tard, ne lui pardonna pas et voulut le tuer. Bohort refusa de lever l'épée contre son frère.

La nef de Salomon

Les trois chevaliers finirent par se retrouver, guidés par la sœur de Perceval. Elle les mena jusqu'à une nef très ancienne, sans marin, où reposait une épée magnifique dont le baudrier était en mauvaise étoffe. Il fallait, disait l'inscription, qu'une jeune fille de sang royal en tresse un autre de ses propres cheveux. Elle coupa alors sa longue chevelure et fit le baudrier. Puis, sur le chemin, elle donna son sang pour guérir une dame malade, et en mourut.

Corbenic

Lancelot arriva le premier au château de Corbenic. Il vit la chambre du Graal ouverte, s'approcha malgré la défense, et un souffle de feu le jeta à terre : il resta vingt-quatre jours sans bouger. Puis vinrent Galaad, Perceval et Bohort. Pour eux, la porte s'ouvrit. Le Graal était posé sur une table d'argent, et la lance qui saigne au-dessus. Galaad prit du sang de la lance et en toucha les jambes du roi blessé, qui se leva guéri après tant d'années.

Sarras

Une voix ordonna aux trois chevaliers d'emmener le Graal hors du royaume, devenu indigne de lui. Ils traversèrent la mer jusqu'à la cité de Sarras. Le roi du lieu les fit jeter en prison, et pendant un an le Graal les nourrit. À la mort du roi, la ville choisit Galaad pour souverain. Un an plus tard, il regarda enfin dans le Graal, vit ce qu'aucun mot ne dit, et demanda à mourir de joie. Une main descendit et emporta le Graal. Bohort revint seul à Camelot.

Les fiches de ce récit

Sources

Légendes arthuriennes — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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