Récit · Japon

Umisachi et Yamasachi

Kojiki, livre II

Le Kojiki raconte comment un objet minuscule, un hameçon perdu, ouvre la route du fond des mers et fait de la querelle de deux frères l'alliance d'où sort la lignée impériale : ce qui manque est parfois ce qui mène le plus loin.

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Deux frères, la mer et la montagne

Ninigi, le petit-fils descendu du ciel, eut des fils nés au milieu des flammes. L'aîné s'appelait Hoderi. Il vivait de la mer et prenait tous les poissons, ceux à larges nageoires comme ceux à nageoires étroites : on le nommait Umisachi-hiko, le prince à la chance de la mer. Le plus jeune s'appelait Hoori. Il vivait de la montagne et prenait toutes les bêtes, celles au poil rude comme celles au poil doux : on le nommait Yamasachi-hiko, le prince à la chance des monts.

L'hameçon perdu

Un jour, Yamasachi proposa à son frère d'échanger leurs outils. L'aîné refusa. Le cadet insista, une deuxième fois, une troisième fois : à la fin, l'aîné accepta. Alors le prince de la montagne s'en alla pêcher. Il ne prit pas un seul poisson, pas même un petit, et pour finir il perdit l'hameçon dans la mer. Son frère lui réclama son bien. Le cadet brisa son grand sabre et en forgea cinq cents hameçons, puis mille. L'aîné les refusa : il voulait le sien, l'original.

La route sous la mer

Un vieux kami des marées, Shiotsuchi, entendit ses pleurs et s'approcha. Il lui construisit une petite barque bien close, sans une seule fente, l'y installa et le poussa au large. « Suis le chemin qui s'ouvrira, dit-il. Tu verras un palais bâti comme des écailles de poisson : c'est la demeure du dieu de la mer. Devant la porte, il y a un puits, et au-dessus du puits un grand arbre. Monte dedans et attends. » Le prince s'en alla, et tout arriva comme le vieux kami l'avait dit.

La princesse au puits

Des servantes qui puisaient de l'eau virent une lumière dans le puits. Levant les yeux, elles découvrirent un jeune homme assis dans l'arbre. Il demanda à boire. Elles lui tendirent une coupe précieuse ; il ne but pas : il détacha le joyau de son cou, le prit dans sa bouche et le cracha dans la coupe, où il resta collé. On porta le tout à la fille de la maison, Toyotama-hime. Elle sortit, le vit, et alla dire à son père qu'un très bel étranger attendait à la porte.

L'hameçon et les deux joyaux

La princesse entendit le soupir et prévint son père. Le dieu de la mer interrogea son gendre, puis convoqua tous les poissons de l'océan, les grands comme les petits. Une daurade, dirent-ils, se plaignait depuis quelque temps d'avoir quelque chose dans la gorge. On regarda : l'hameçon était là. On le lava et on le rendit au prince. Le dieu y ajouta deux joyaux, celui qui fait monter la marée et celui qui la fait descendre, et lui apprit les mots à dire en rendant l'hameçon.

Le retour du cadet

Rentré chez lui, Yamasachi rendit l'hameçon à son frère en disant exactement les mots qu'on lui avait appris. Puis il fit ses rizières là où l'aîné ne faisait pas les siennes. En trois ans, l'aîné se retrouva démuni. Il accusa son cadet et l'attaqua. Alors Yamasachi sortit le joyau du flux : l'eau monta et l'assaillant se débattit. Quand celui-ci demanda grâce, il sortit le joyau du reflux : la mer se retira. L'aîné s'inclina et promit de le garder jour et nuit.

La maison de plumes de cormoran

Un jour, Toyotama-hime sortit de la mer. Elle attendait un enfant, et elle ne voulait pas que l'enfant du ciel naisse au fond de l'eau. Sur la limite des vagues, on lui bâtit une cabane que l'on couvrit de plumes de cormoran. Le toit n'était pas fini que déjà l'enfant venait. Elle demanda une seule chose à son mari : ne pas la regarder. Il regarda. Elle était alors une grande bête de la mer. Blessée, elle laissa l'enfant, referma la route des eaux et s'en retourna.

L'enfant qui mène au premier empereur

La sœur de Toyotama-hime vint élever l'enfant sur le rivage. Elle apporta aussi un chant de la princesse partie, et le père y répondit par un autre : il disait qu'il n'oublierait pas, tant qu'il vivrait. L'enfant grandit et épousa cette tante qui l'avait nourri. Ils eurent quatre fils. L'un s'en alla vers le pays éternel, un autre descendit dans la mer, le pays de sa mère. Le plus jeune de tous s'appelait Kamu-Yamato-Iwarebiko : c'est lui que l'on nommera Jimmu, le premier empereur.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie japonaise — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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