Récit · Japon

Yamato Takeru

Kojiki, livre II

Le Kojiki raconte un fils que son père éloigne toujours plus loin, et qui gagne partout sans jamais rentrer : chaque victoire le rapproche de la mort, et il ne revoit son pays qu'en chantant, à la fin, sur la lande.

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Un fils que l'on éloigne

Le prince Ōusu était le fils de l'empereur Keikō. Un jour, son père lui demanda d'aller apprendre son devoir à son frère aîné, qui ne venait plus aux repas. Cinq jours passèrent et le frère ne parut toujours pas. L'empereur s'inquiéta et interrogea son cadet. Celui-ci répondit simplement qu'il s'en était occupé, et raconta comment. Le père comprit alors qu'il avait chez lui un fils d'une force effrayante. À partir de ce jour, il ne cessa plus de l'envoyer au loin.

Le banquet des braves Kumaso

À l'ouest vivaient deux frères qu'on appelait les braves Kumaso, et qui n'obéissaient pas à la cour. Le prince partit seul. Sa tante lui donna une robe et une jupe de femme ; il glissa un sabre contre sa poitrine. Sur place, il attendit le jour de la grande fête. Alors il peigna ses cheveux comme une jeune fille, mit la robe, se glissa parmi les femmes et entra dans la salle creusée. Les deux frères, charmés, l'installèrent entre eux. Au plus fort du banquet, il frappa.

L'épée de bois

Sur le chemin du retour, le prince entra au pays d'Izumo. Là vivait un autre brave. Il ne l'attaqua pas : il se lia d'amitié avec lui. En secret, il tailla dans du chêne une fausse épée et la porta à sa ceinture. Un jour, les deux hommes allèrent se baigner dans la rivière Hi. Le prince sortit le premier et proposa d'échanger leurs armes. L'autre accepta en riant. Puis il proposa de croiser le fer. Le brave d'Izumo tira, tira encore : le bois ne sortit pas.

Ise : l'épée et le sac

À peine rentré, le prince reçut un nouvel ordre : partir pacifier les douze routes de l'est. On ne lui donna pas d'armée. Avant de s'éloigner, il passa au grand sanctuaire d'Ise, où sa tante Yamato-hime servait la déesse du soleil. Devant elle, il pleura. Il dit que son père souhaitait sans doute sa mort, puisqu'il le renvoyait aussitôt et seul. Sa tante ne le contredit pas. Elle lui remit l'épée sacrée Kusanagi, puis un petit sac, avec ce seul mot : « Si le danger vient, ouvre-le. »

La plaine en feu

Au pays de Sagami, le chef du lieu lui mentit : au milieu de la lande, dit-il, il y a un grand étang, et dans l'étang un kami très violent. Le prince entra dans la lande pour le voir. Alors on mit le feu à l'herbe tout autour de lui. Comprenant le piège, il ouvrit le sac de sa tante : dedans se trouvait un briquet. Il faucha l'herbe autour de lui avec l'épée, alluma un contre-feu, et repoussa les flammes. Le piège se retourna contre ceux qui l'avaient tendu.

Ototachibana entre dans la mer

Plus loin vers l'est, il fallut traverser le détroit de Hashirimizu. Le kami du passage souleva les vagues et le bateau tourna sur place. Alors l'épouse du prince, Ototachibana-hime, se leva. Elle dit qu'elle entrerait dans la mer à sa place, car lui devait achever sa mission et en rendre compte. Elle étendit sur les flots huit couches de nattes, huit de peaux et huit de soie, s'assit dessus et chanta. La mer se calma aussitôt. Sept jours plus tard, son peigne revint sur la plage.

Le soupir du col

Le prince continua, soumit les peuples de l'est et apaisa les kami des montagnes et des rivières. Sur le chemin du retour, au pied du col d'Ashigara, il s'arrêta pour manger. Le kami du col se présenta à lui sous la forme d'un cerf blanc. Le prince le frappa d'une tige d'ail sauvage et l'abattit. Puis il monta jusqu'en haut du col, se tourna vers l'est d'où il venait, et soupira trois fois. Depuis ce jour, dit-on, on appelle ces provinces l'Azuma.

L'épée laissée chez Miyazu-hime

Le prince revint au pays d'Owari, dans la maison de Miyazu-hime, à qui il avait promis de revenir. Cette fois, il l'épousa. Au banquet, elle leva la grande coupe et ils échangèrent des chants sur les lunes qui vont et viennent, et sur l'attente. Puis il annonça qu'il allait prendre à mains nues le kami du mont Ibuki. Il détacha l'épée Kusanagi et la laissa dans la maison de sa femme. C'est le seul geste du récit qu'il ne pourra pas défaire.

Le kami du mont Ibuki

Le prince monta donc au mont Ibuki sans son épée. À mi-pente, un sanglier blanc grand comme un taureau lui barra le chemin. Il le regarda et dit tout haut : ce n'est là que le messager du dieu, je le tuerai en redescendant. Et il continua de monter. Aussitôt le ciel se referma et une pluie de glace s'abattit sur lui, l'engourdit et l'égara. Il redescendit comme il put, s'arrêta à une source froide, et son esprit s'éveilla un peu. Mais ses forces ne revinrent pas.

Le chant du pays et l'oiseau blanc

Le prince marcha encore, de halte en halte, et ses jambes ne le portaient plus. Arrivé sur la lande de Nobo, il pensa à son pays et chanta : « Yamato, la plus belle des terres, blottie derrière ses montagnes vertes. » Il chanta encore pour ceux qui rentreraient, puis pour l'épée laissée chez sa femme. Puis il mourut. Sa famille accourut et l'ensevelit. Alors un grand oiseau blanc s'éleva du tombeau, monta dans le ciel et s'en alla vers le rivage.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie japonaise — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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