Récit · Bouddhisme

La Vie de Milarépa

Tsangnyön Heruka, La Vie de Milarépa (1488)

La Vie de Milarépa dit qu'aucune faute n'est un destin : celui qui avait tué par vengeance a traversé des années d'épreuves et de solitude, et il est devenu, dans cette même vie, le sage le plus aimé du Tibet.

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L'enfant dépouillé

Au Tibet, il y a près de mille ans, naquit un garçon qu'on appelait Thöpaga, « bonne nouvelle à entendre ». Sa famille était riche. Mais son père mourut quand l'enfant avait sept ans, en confiant les biens à son oncle et à sa tante jusqu'à ce que le garçon soit grand. Les deux gardèrent tout. La mère, le fils et la petite sœur devinrent des serviteurs dans leurs propres champs, mal nourris, mal vêtus, et le village les regarda sans rien dire.

La vengeance du sorcier

La mère vendit son dernier champ et envoya son fils apprendre la magie noire, en lui disant de ne pas revenir sans vengeance. Le garçon trouva un maître et travailla en reclus. Quatorze jours plus tard, le jour du mariage du fils de l'oncle, la grande maison pleine d'invités s'écroula d'un coup. Trente-cinq personnes y moururent. Puis il fit tomber la grêle sur les récoltes du village. Sa mère triompha. Lui, en regardant les ruines, comprit ce qu'il avait fait.

En quête d'un maître

Le jeune homme n'avait plus qu'un désir : réparer. Il partit chercher un maître qui puisse l'aider. Un lama l'envoya vers Marpa le Traducteur, un homme marié qui cultivait ses champs dans le sud et qui avait rapporté d'Inde de grands enseignements. En arrivant, il croisa un paysan qui labourait et lui demanda où trouver Marpa ; l'homme lui fit labourer un champ avant de se nommer : c'était lui. Marpa l'accueillit sans douceur et refusa de rien lui enseigner.

Les tours à bâtir et à défaire

Marpa lui ordonna de construire une maison ronde. Quand elle fut presque finie, il la lui fit démolir et rapporter chaque pierre où il l'avait prise. Puis une maison en croissant de lune : démolie. Puis une maison triangulaire : démolie encore. Chaque fois, Marpa disait qu'il avait bu, qu'il ne se souvenait pas. Le dos du jeune homme n'était plus qu'une plaie. Damema, la femme de Marpa, le plaignait et suppliait son mari. Marpa ne céda pas.

Le désespoir et l'initiation

La tour finie, Marpa le chassa encore des cérémonies. Le jeune homme crut sa vie perdue et voulut mourir. Alors seulement Marpa parla. Il lui expliqua que ces épreuves n'étaient pas des caprices : elles devaient user le poids de ce qu'il avait commis, et il avait fallu le désespérer neuf fois pour cela. Il lui donna enfin l'enseignement rapporté d'Inde, puis l'envoya méditer seul, enfermé dans une grotte, avec sa bénédiction.

La grotte et l'ortie

Des années plus tard, il revint au village. La maison était en ruine ; sous la poussière, il trouva les os de sa mère. Sa sœur était partie mendier. Alors il abandonna tout et monta vivre dans les grottes. Il n'avait rien à manger que des orties bouillies. Son corps maigrit, sa peau devint verte. Il pratiqua la chaleur intérieure, le toumo, et traversa les hivers vêtu d'un simple coton. C'est de là que vient son nom : Milarépa, Mila le cotonné.

Les Cent Mille Chants

Peu à peu, on vint le voir. Des chasseurs, des villageois, des curieux, des gens qui doutaient. À chacun, Milarépa répondait en chantant. Il improvisait des poèmes où il parlait de la neige, du rocher, de l'ortie, de la mort et de ce qu'il avait fait de mal. Ses visiteurs retenaient ces chants et les répétaient d'un village à l'autre. Bien plus tard, on les rassembla dans un livre : les Cent Mille Chants. On l'écoute encore.

Le soleil et la lune

Des disciples s'attachèrent à lui. Deux surtout. Réchungpa, qu'il connaissait depuis l'enfance. Et Gampopa, un médecin qui avait perdu ses deux enfants puis sa femme, et qui s'était fait moine. Ayant entendu par hasard des mendiants parler de l'ermite des neiges, Gampopa traversa le pays pour le trouver. Milarépa l'éprouva, puis lui donna tout ce qu'il savait. La tradition dit que ce disciple fut comme le soleil, et Réchungpa comme la lune.

Le lait empoisonné

Un lama savant et riche, jaloux de sa renommée, fit porter à Milarépa du lait caillé empoisonné. L'ermite savait ce qu'il buvait. Il le but quand même : son travail était fait, et ses disciples étaient prêts. Le lama, apprenant cela, vint à lui bouleversé et demanda à réparer. Milarépa lui répondit sans reproche. Puis il chanta une dernière fois, entouré des siens, et s'éteignit paisiblement. Celui qui avait tué par vengeance mourut sans laisser un ennemi.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie bouddhiste — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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