Récit · Bouddhisme
Le cycle des Jātaka
Jātaka (canon pali) · Nidānakathā
Les Jātaka disent que l'éveil ne tombe pas du ciel : avant d'être le Bouddha, le bodhisattva fut cerf, lièvre, singe et prince, et c'est en donnant, vie après vie, jusqu'à ce que cela lui coûte, qu'il s'est rendu capable d'aider les autres.
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Le vœu dans la boue
Bien avant les temps que l'on compte, un jeune ermite nommé Sumedha marchait dans la montagne. Il apprit qu'un bouddha, Dipankara, allait traverser la ville voisine. Tout le monde réparait la route pour lui. Sumedha demanda sa part du travail : on lui laissa un passage plein de boue. Il n'avait pas le temps de le sécher. Alors il se coucha dans la boue et étala ses longs cheveux, pour que le bouddha passe sans se salir.
Les dix perfections
Couché dans la boue, Sumedha fit un vœu immense. Il aurait pu, pensa-t-il, se libérer ce jour même, tout seul. Il préféra attendre et devenir un bouddha, pour montrer la route à tous les autres. Dipankara s'arrêta, le regarda, et annonça à la foule : cet homme s'éveillerait un jour. Puis Sumedha compta les qualités qu'il devrait faire grandir : donner, tenir parole, être patient, courageux, bienveillant. Il lui faudrait des milliers de vies.
Le roi des cerfs
Dans l'une de ces vies, le bodhisattva naquit cerf au pelage d'or : on le nommait le roi Banian. Un roi chasseur fit enfermer tout un troupeau dans son parc. Chaque jour, un cerf tiré au sort venait poser la tête au billot. Un matin, le sort tomba sur une biche qui attendait un petit. Elle supplia qu'on l'épargne. Le roi Banian ne demanda rien à personne : il alla se coucher lui-même à sa place.
Toutes les vies sauvées
Le roi arriva et s'étonna : il avait promis la vie sauve à ce cerf. Le cerf répondit qu'il ne pouvait ni laisser mourir la biche ni faire tirer un autre à sa place. Alors le roi lui accorda la vie, puis celle de la biche, puis celle de tous les cerfs, puis celle de toutes les bêtes, des oiseaux et jusqu'aux poissons. Le cerf, en retour, lui enseigna à gouverner avec justice, et interdit à son troupeau de piller les champs.
Le lièvre et le brahmane
Une autre fois, le bodhisattva naquit lièvre. Il avait trois amis : une loutre, un chacal et un singe. La veille d'un jour de jeûne, il leur rappela qu'il fallait nourrir qui demande. Chacun mit de côté ce qu'il avait trouvé. Mais le lièvre ne mangeait que de l'herbe : il n'avait rien à offrir à un homme. Alors il décida de donner son propre corps. Un brahmane se présenta au matin, affamé.
La marque sur la lune
Le lièvre se réjouit : enfin quelqu'un avait besoin de lui. Il pria le brahmane d'allumer un grand feu, secoua trois fois son pelage pour qu'aucun insecte ne périsse avec lui, puis sauta dans les flammes. Mais le feu était froid comme la neige et ne brûla pas un seul poil. Le brahmane se releva : c'était Sakka, venu l'éprouver. Pour que l'on se souvienne, il dessina la silhouette d'un lièvre sur le disque de la lune.
Le pont vivant
Ailleurs encore, le bodhisattva naquit singe et gouverna un immense troupeau. Ils vivaient d'un manguier merveilleux au bord du Gange. Un fruit tomba à l'eau et descendit jusqu'au roi de Bénarès, qui remonta le fleuve et découvrit l'arbre. Ses archers encerclèrent les singes. Le roi des singes bondit alors sur l'autre rive, noua une tige de bambou à sa taille, revint et s'accrocha à une branche : son corps tendu fit un pont, et tout le troupeau passa sur son dos.
Ce que le roi apprend
Un singe rancunier sauta lourdement sur son dos et le brisa. Le roi de Bénarès, qui avait tout vu, fit descendre le grand singe avec douceur et le soigna. Il lui demanda : que sont ces bêtes pour toi, pour que tu te fasses leur pont ? Le singe répondit qu'il était leur chef, et que leur salut valait bien sa douleur. Puis il mourut. Le roi lui rendit des funérailles royales, et gouverna désormais autrement.
Le prince qui donne tout
Vint enfin la dernière vie d'homme du bodhisattva : le prince Vessantara, fils du roi Sanjaya et de la reine Phusati. Depuis l'enfance, il ne savait rien refuser. Son royaume possédait un éléphant blanc qui faisait venir la pluie. Des envoyés d'un pays desséché vinrent le demander ; Vessantara le donna. Le peuple s'affola et réclama son exil. Le prince partit avec son épouse Maddi et leurs deux enfants, donna en chemin le char et les chevaux, et gagna la montagne à pied.
Le don le plus dur
Un vieux brahmane, Jujaka, monta jusqu'à la hutte et demanda les deux enfants pour le servir. Vessantara les donna. Puis Sakka, déguisé, vint demander Maddi : il la donna aussi, et le dieu aussitôt la lui rendit. Conduits par un chemin détourné, les enfants arrivèrent chez leur grand-père, qui les racheta. La famille se retrouva, une pluie merveilleuse tomba sur la montagne, et Vessantara rentra régner. Il avait tout donné, et tout lui revint.
La dernière vie
Après cette vie, dit la tradition, le bodhisattva renaquit chez les dieux, où il attendit son heure. Puis il choisit le moment, le pays et la famille, et descendit naître une dernière fois : il serait le prince Siddhartha. Tout ce qu'il avait donné, appris et supporté au long de ces vies l'avait préparé à ce jour-là. Le vœu prononcé dans la boue, devant Dipankara, arriva enfin à son terme. La suite est l'histoire du Bouddha.
Les fiches de ce récit
- DipankaraLe bouddha du passé qui annonce l'éveil
- Les JatakaLes vies antérieures du Bouddha
- Les paramitaLes perfections du cœur vers l'éveil
- Le roi des cerfs BanianLe cerf d'or qui offre sa tête à la place d'une autre
- Le lièvre de la luneLe lièvre qui se jette au feu pour nourrir un passant
- Le grand singeLe roi des singes qui fait de son corps un pont
- Le prince VessantaraLe prince qui donne tout, jusqu'aux siens
- Le prince SiddharthaLe prince qui deviendra le Bouddha
- Le karmaL'action et ses fruits
Sources
- Jātaka (Khuddaka Nikāya), trad. dirigée par E. B. Cowell, The Jātaka or Stories of the Buddha's Former Births (1895-1907)
- Nidānakathā, trad. T. W. Rhys Davids, Buddhist Birth Stories (1880)
- Jātaka
Mythologie bouddhiste — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.