Récit · Grèce

Œdipe et les malheurs de Thèbes

Sophocle, Œdipe roi, Œdipe à Colone, Antigone (Ve siècle av. J.-C.)

Trois tragédies pour une même question : quand tout semble écrit d'avance, que reste-t-il à un être humain ? Il lui reste de chercher la vérité jusqu'au bout, même quand elle le détruit, et de choisir ce qu'il doit à ses morts.

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Un roi qui veut déjouer l'oracle

Laïos régnait sur Thèbes avec la reine Jocaste. Un jour, un oracle lui annonça une chose effrayante : s'il avait un fils, ce fils causerait sa mort. Quand l'enfant naquit, Laïos ne voulut pas le voir grandir. Il lui fit lier les pieds et le fit porter loin, sur une montagne déserte, pour qu'il y meure. Le roi crut son problème réglé. Mais le berger chargé de la besogne n'eut pas le cœur de laisser mourir un bébé.

L'enfant de Corinthe interroge Delphes

L'enfant grandit à Corinthe, chez le roi Polybe et la reine Mérope, qui l'élevèrent comme leur fils. Un soir de banquet, un homme ivre lui lança qu'il n'était pas leur vrai enfant. Le doute le rongea. Il partit à Delphes interroger l'oracle, qui ne répondit pas à sa question mais lui annonça pire : il tuerait son père et épouserait sa mère. Épouvanté, Œdipe décida de ne jamais rentrer à Corinthe. Il prit la route au hasard, vers le nord.

L'énigme du Sphinx

Plus loin sur la route, Thèbes était en détresse. Une créature s'était installée devant la ville : le Sphinx, corps de lion, ailes d'aigle, visage de femme. Il posait à chaque voyageur la même énigme, et personne n'avait jamais trouvé. « Quel être marche à quatre pattes le matin, à deux à midi, à trois le soir ? » Œdipe s'avança, réfléchit, et répondit : « L'homme. » Le Sphinx, vaincu, se jeta du haut de son rocher. Thèbes était libre.

Le roi que Thèbes s'est donné

Thèbes était délivrée et cherchait un roi, puisque le sien était mort. On offrit le trône à celui qui avait vaincu le Sphinx, et avec le trône, la main de la reine Jocaste. Œdipe accepta. Il devint un bon roi, aimé de sa ville, et il eut quatre enfants : Étéocle, Polynice, Antigone et Ismène. Pendant des années, tout alla bien. Personne à Thèbes ne se demanda d'où venait cet étranger si habile, ni qui avait tué l'ancien roi.

La peste, et l'enquête d'un roi

Des années plus tard, un mal terrible s'abattit sur Thèbes : les récoltes mouraient, les troupeaux mouraient, les habitants mouraient. Le peuple vint supplier son roi. Œdipe envoya Créon consulter Delphes, et la réponse tomba : la ville était souillée, il fallait trouver le meurtrier de Laïos. Le roi jura de le démasquer. On fit venir le vieux devin aveugle, Tirésias. Il refusa de parler. Puis, poussé à bout par les reproches d'Œdipe, il lâcha : « Le coupable, c'est toi. »

La vérité, jusqu'au bout

Jocaste voulut rassurer son mari : les oracles se trompent, disait-elle, on avait bien prédit que Laïos serait tué par son fils, et il était mort sous les coups de brigands, au croisement de trois chemins. Trois chemins : Œdipe pâlit. Il fit venir les témoins, un par un. Un vieux berger finit par tout dire. Jocaste avait compris avant lui et s'enferma. Quand Œdipe ouvrit la porte, elle était morte. Il prit les agrafes d'or de la reine et se creva les yeux.

Le vieil homme de Colone

Bien plus tard, un vieil aveugle en haillons arriva aux portes d'Athènes, guidé par sa fille Antigone. C'était Œdipe. Il s'assit dans un bois sacré, à Colone, et le roi Thésée l'accueillit avec respect. Alors les Thébains rappliquèrent : un oracle avait promis la victoire à qui garderait ce vieillard. Créon vint d'abord par la douceur, puis par la force. Thésée le renvoya. Et un soir, Œdipe s'éloigna seul parmi les arbres et disparut sans laisser de tombe.

Les frères ennemis aux sept portes

À Thèbes, les deux fils d'Œdipe devaient régner à tour de rôle, une année chacun. Mais quand son tour s'acheva, Étéocle refusa de céder la place et chassa son frère. Polynice partit à Argos, épousa la fille du roi, rassembla sept chefs et leurs armées, et revint assiéger sa propre ville. On se battit devant les sept portes. Les deux frères finirent par se trouver face à face. Aucun ne recula, et tous deux tombèrent, comme leur père l'avait dit.

Antigone et la poignée de terre

Créon, devenu roi, prit une décision : Étéocle aurait des funérailles de héros, mais Polynice, qui avait attaqué la ville, resterait sans tombeau. Antigone refusa. Elle demanda de l'aide à sa sœur Ismène, qui eut trop peur, puis y alla seule et jeta de la terre sur le corps de son frère. Arrêtée, elle assuma tout devant le roi. Créon la fit enfermer vivante. Le devin Tirésias l'avertit qu'il se trompait ; il céda trop tard.

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Sources

Mythologie grecque — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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