Récit · Égypte

Le Livre pour sortir au jour

Le Livre pour sortir au jour (Livre des Morts), papyrus d'Ani

Mourir, en Égypte, n'est pas tomber dans un trou mais partir en voyage avec un livre pour guide — et au bout du chemin, le seul bagage qui compte est un cœur qui ne pèse pas plus lourd qu'une plume.

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Un livre pour sortir au jour

Les Égyptiens n'appelaient pas ce texte « Livre des Morts » : ils disaient « Livre pour sortir au jour ». Sortir au jour, c'est revenir vers la lumière après avoir traversé la nuit de la mort. Ce n'est pas un livre unique : c'est un ensemble de formules dans lequel chacun choisissait les siennes. On les copiait sur un long rouleau de papyrus, orné de petites images peintes, que l'on déposait auprès de la momie. Le voyage pouvait commencer.

Soixante-dix jours

Tout commençait par le corps. Pendant environ soixante-dix jours, les embaumeurs travaillaient dans l'atelier, sous le patronage d'Anubis, le dieu à tête de chacal. On retirait les organes fragiles, on séchait le corps, on l'enveloppait de longues bandes de lin en glissant des amulettes entre les couches. Les organes n'étaient pas perdus : quatre vases les recueillaient, veillés par les quatre fils d'Horus. Rien ne devait manquer au défunt, car il aurait besoin de tout.

Que sa bouche s'ouvre

Le jour des funérailles, le cortège montait vers la tombe. Devant la porte, on dressait le cercueil debout, comme une statue. Un prêtre couvert d'une peau de léopard s'avançait avec de petits instruments : une herminette, une lame en forme de queue de poisson. Il en touchait la bouche, le nez, les oreilles et les yeux du visage peint, et prononçait les formules. C'est le rite de l'ouverture de la bouche. Le mort pouvait de nouveau respirer, voir, entendre et parler.

Me voici !

On déposait ensuite dans la tombe de petites figurines momiformes, une houe et un panier entre les mains : les ouchebti. Leur nom vient d'un mot qui veut dire « répondre ». La formule inscrite sur elles est claire : si l'on appelle le défunt pour labourer, irriguer ou porter le sable dans l'au-delà, elles devront se lever à sa place et dire « me voici ». Certaines tombes en contiennent une pour chaque jour de l'année.

L'oiseau qui sort au jour

Car l'être humain, pour les Égyptiens, n'est pas d'une seule pièce. Il y a le corps, et il y a le ka, la force vitale, ce double invisible qu'il faut continuer de nourrir d'offrandes. Il y a aussi le ba, une part libre que l'on dessine en oiseau à tête humaine. C'est lui qui sort de la tombe au matin, va voir le soleil et les vivants, et revient le soir retrouver le corps. Sortir au jour, c'est cela.

Les portes de la Douat

Mais le chemin était long. Le défunt descendait dans la Douat, le monde d'en bas que le soleil lui-même traverse chaque nuit. On y marchait sur des routes qui se croisaient, on y longeait des lacs de feu, on y rencontrait des serpents. Surtout, on y trouvait des portes, et devant chaque porte un gardien qui demandait son nom. C'est pour cela qu'on emportait le livre : il donne les noms à dire, et une porte nommée s'ouvre.

Je n'ai pas…

Au bout du chemin s'ouvrait une grande salle : la salle des Deux Maât. Anubis y conduisait le défunt. Quarante-deux juges y siégeaient, un pour chaque faute possible. Le défunt s'avançait et s'adressait à chacun, en le nommant, pour dire ce qu'il n'avait pas fait : je n'ai pas menti, je n'ai pas volé, je n'ai pas fait pleurer, je n'ai pas retenu l'eau du voisin. On appelle cela la confession négative.

Ne témoigne pas contre moi

Restait le cœur. Pour les Égyptiens, c'est lui qui pense, qui se souvient et qui juge — et c'est lui que l'on allait peser. Or un cœur se rappelle tout. Alors on avait glissé dans les bandelettes une grosse amulette de pierre verte taillée en scarabée, gravée d'une formule adressée au cœur lui-même : « Ô mon cœur de ma mère, ne te dresse pas contre moi en témoin. » Le mort demandait à sa mémoire de ne pas l'accabler.

La balance

Alors on apportait la grande balance. Sur un plateau, on posait le cœur du défunt. Sur l'autre, une seule plume d'autruche : la plume de Maât, la mesure de la vérité. Anubis ajustait le fléau, et tout le monde retenait son souffle. Près de la balance attendait Ammout, la dévoreuse, mi-crocodile, mi-lionne, mi-hippopotame, prête à engloutir un cœur trop lourd. Devant la mort, ni la richesse ni le rang ne pèsent quoi que ce soit.

Juste de voix

Les plateaux s'immobilisaient, à égalité. Thot inscrivait le verdict et proclamait le défunt « juste de voix ». Horus le prenait par la main et le conduisait devant Osiris, assis sur son trône entre Isis et Nephthys. Le mort était admis. Devant lui s'ouvrait le Champ des roseaux : une Égypte parfaite, ses canaux d'eau claire et son orge plus haut qu'un homme. Il était devenu un akh, un esprit de lumière. Il pouvait enfin sortir au jour.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie égyptienne — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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