Récit · Bouddhisme
Le Sūtra du Lotus
Saddharmapuṇḍarīka-sūtra (Le Lotus de la bonne Loi)
Le Sūtra du Lotus dit que les mille chemins enseignés par le Bouddha n'en font qu'un seul, et qu'aucun être n'en est écarté : ni le disciple qui se croyait arrivé, ni l'enfant, ni la femme, ni même l'ennemi.
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Sur le pic des Vautours
Le Bouddha se tenait sur une montagne, près de la ville de Rajagriha : le pic des Vautours. Une foule immense était assise devant lui, moines, moniales, fidèles, sages et êtres de toutes sortes. Il s'assit, ferma les yeux et entra en méditation profonde. Des fleurs tombèrent du ciel, la terre trembla doucement. Puis un rayon jaillit d'entre ses sourcils et éclaira des milliers de mondes. Tous s'interrogèrent. Un ancien répondit : il allait enseigner quelque chose qu'il n'avait encore jamais dit.
Un seul véhicule
Le Bouddha sortit de sa méditation et dit à Shariputra, le plus savant de ses disciples : ce que voient les éveillés est difficile à comprendre. Trois fois Shariputra le supplia de parler. Cinq mille personnes, sûres d'avoir déjà tout saisi, se levèrent et quittèrent l'assemblée. Alors le Bouddha parla : les chemins qu'il avait enseignés jusque-là étaient des moyens, adaptés à chacun. En vérité, il n'y a qu'un seul but, et tous y vont : devenir bouddha.
La maison en flammes
Pour se faire comprendre, le Bouddha raconta une histoire. Un homme riche possédait une immense maison très vieille, avec une seule porte étroite. Le feu prit de tous les côtés. Ses enfants jouaient à l'intérieur et ne voyaient rien. Il les appela : ils n'écoutèrent pas. Alors il cria qu'il avait mis dehors les chariots dont ils rêvaient, tirés par des chèvres, des cerfs et des bœufs. Les enfants se précipitèrent, et se retrouvèrent sauvés.
Le fils qui s'ignorait riche
Ce furent alors les disciples eux-mêmes qui prirent la parole, pour dire ce qu'ils venaient de comprendre. Un fils quitta la maison de son père et se perdit. Il vécut pauvre pendant cinquante ans. Un jour, il arriva devant un palais magnifique : c'était celui de son père, mais il l'ignorait. Il prit peur et s'enfuit. Le père l'avait reconnu. Il lui fit proposer un petit travail, sans rien dire, et l'engagea à balayer.
La pluie et la ville-mirage
Bien plus tard, devenu très vieux, le père réunit tout le monde et dit : cet homme est mon fils, tout est à lui. Le Bouddha ajouta deux images. Une seule pluie tombait sur la terre, et chaque plante y puisait selon sa taille : l'enseignement est unique, ce sont les êtres qui diffèrent. Et un guide, voyant sa caravane épuisée, fit apparaître une belle ville pour qu'on s'y repose — avant de la faire disparaître : le trésor est plus loin.
Le stûpa surgi de la terre
Soudain, un immense monument de pierres précieuses jaillit du sol et monta dans le ciel. Une voix en sortit, qui approuvait l'enseignement. Ce stûpa contenait le corps d'un bouddha très ancien, Prabhutaratna, qui avait promis d'apparaître partout où l'on enseignerait ce sūtra. Pour ouvrir la porte, le Bouddha dut d'abord rassembler tous ses doubles répandus dans les autres mondes. Puis il s'éleva dans les airs et ouvrit. À l'intérieur, l'ancien bouddha lui offrit la moitié de son siège.
L'ennemi et l'enfant-dragon
Le Bouddha raconta alors que, dans une vie ancienne, il avait été un roi qui servit mille ans un ermite comme un esclave, pour recevoir cet enseignement. Cet ermite, dit-il, c'était Devadatta — celui qui, dans cette vie, avait tout fait pour le perdre. Et il annonça que Devadatta deviendrait un bouddha. Puis vint une fille du roi des dragons, âgée de huit ans. On douta d'elle. Devant tous, en un instant, elle atteignit l'éveil.
Ceux qui sortent de la terre
Des bodhisattvas d'autres mondes offrirent d'enseigner ce sūtra après la mort du Bouddha. Il refusa : il avait déjà les siens. Alors la terre se fendit et il en sortit des êtres innombrables, au corps d'or. Maitreya s'étonna : qui a bien pu former une telle foule ? Le Bouddha répondit : moi. Mais tu me crois éveillé depuis quarante ans seulement ; en vérité, je le suis depuis un temps que personne ne peut compter.
Jamais-Méprisant
Le Bouddha raconta alors l'histoire d'un moine d'un âge très ancien. Il n'étudiait pas les textes et ne les récitait pas. Dès qu'il voyait quelqu'un, il s'inclinait et disait : « Je ne vous méprise pas. Vous deviendrez tous des bouddhas. » Les gens s'irritaient, l'insultaient, lui jetaient des pierres. Il s'éloignait et criait la même phrase de plus loin. On le surnomma Jamais-Méprisant. Ce moine, dit le Bouddha, c'était moi.
La Porte universelle
Vers la fin, le sūtra parle d'un bodhisattva de la compassion : Avalokiteshvara. Celui qui l'appelle est entendu, dit le texte : le feu ne brûle plus, l'eau ne noie plus, les chaînes tombent. Et pour aider chacun, il prend la forme qu'il faut : moine, enfant, femme, roi, marchand. Puis le Bouddha confia son enseignement à ceux qui le garderaient. L'assemblée se prosterna, et chacun repartit avec la même nouvelle : nul n'est exclu de l'éveil.
Les fiches de ce récit
- Le pic des VautoursLa montagne où le Bouddha enseigne
- Le Sūtra du LotusLe livre du véhicule unique
- Les moyens habilesAdapter la parole à celui qui écoute
- SariputraLe disciple de la grande sagesse
- La maison en feuLa parabole du père et des trois chars
- Le fils perduLa parabole de l'héritier qui s'ignore
- Le stûpaLe dôme sacré que l'on contourne
- DevadattaLe cousin rival du Bouddha
- Les nagaSerpents-gardiens des eaux et des soutras
- MaitreyaLe bouddha du futur, plein de bienveillance
- Le ParinirvanaL'extinction sereine du Bouddha
- Jamais-MéprisantLe moine qui saluait tout le monde
- AvalokiteshvaraLe bodhisattva de la compassion aux mille bras
Sources
- Saddharmapuṇḍarīka-sūtra, trad. E. Burnouf, Le Lotus de la bonne loi (1852)
- Le Lotus de la bonne loi, trad. E. Burnouf, exemplaire numérisé de la BnF
- Sūtra du Lotus
Mythologie bouddhiste — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.