Récit · Monde arthurien
L’Histoire des rois de Bretagne
Geoffroy de Monmouth, Historia regum Britanniae (v. 1136)
C’est le livre qui donne à la Bretagne un passé glorieux et un roi qui ne meurt pas : Arthur y devient une histoire que l’on croit vraie, et toute la légende naîtra de là.
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Le livre qui fait naître un roi
Avant ce livre, Arthur n’est qu’un nom dans de vieux poèmes gallois : un chef de guerre entouré de compagnons et de merveilles. Puis, vers 1136, un clerc nommé Geoffroy de Monmouth écrit en latin l’histoire de tous les rois de Bretagne. Il affirme traduire un très vieux livre venu de Bretagne, que personne n’a jamais retrouvé. Sous sa plume, Arthur cesse d’être une rumeur : il devient un roi avec un père, une épée, un règne et une fin.
La tour qui ne tient pas debout
Les Romains sont partis, l’île est sans défense. Le roi Vortigern appelle à son secours des guerriers saxons, Hengist et Horsa, et leur donne des terres. Mal lui en prend : les Saxons se retournent contre lui et prennent le pays. Vortigern s’enfuit dans les montagnes de Galles pour y bâtir une forteresse. Mais chaque nuit, ce que les maçons ont monté le jour s’écroule. Ses devins lui donnent alors un conseil terrible : il faut arroser les fondations du sang d’un enfant sans père.
L’enfant qui voit sous la terre
L’enfant qu’on amène s’appelle Merlin. Devant le roi, il ne tremble pas : il demande plutôt aux devins ce qui se cache sous les fondations. Ils l’ignorent. Alors Merlin le dit : sous la colline dort un étang, et dans l’étang deux dragons enfermés, un rouge et un blanc. On creuse, et tout est vrai. Les dragons jaillissent et se déchirent. Le blanc chasse le rouge, puis le rouge revient et l’emporte. L’enfant explique : le dragon rouge est le peuple breton, le blanc les Saxons.
Le Chœur des Géants
Vortigern finit par tomber. Deux frères revenus d’exil reprennent l’île : Aurelius Ambrosius, qui devient roi, et Uther. Aurelius veut un monument pour les chefs bretons tués par traîtrise. Merlin lui conseille d’aller chercher, très loin en Irlande, un cercle de pierres énormes qu’on appelle le Chœur des Géants. L’armée n’arrive même pas à les remuer. Merlin, lui, les démonte, les fait embarquer et les redresse sur la plaine de Bretagne, exactement comme elles étaient.
La nuit de Tintagel
Devenu roi, Uther Pendragon donne une grande fête. Il y voit Ygerne, la femme du duc de Cornouailles, et l’aime aussitôt. Le duc, furieux, quitte la cour et enferme Ygerne dans son château le plus sûr : Tintagel, un rocher battu par la mer, où trois hommes suffisent à garder le passage. La guerre éclate. Alors Uther appelle Merlin, qui lui donne par magie le visage du duc. Cette nuit-là, à Tintagel, Arthur est conçu.
Le roi de quinze ans
Uther meurt empoisonné, et les Saxons croient l’île à eux. On couronne alors son fils : Arthur a quinze ans. Il porte une cotte de mailles, un heaume au dragon, un bouclier nommé Pridwen et une épée forgée dans l’île d’Avalon, Caliburn. Le jeune roi ne recule devant rien. Il poursuit les Saxons jusqu’au mont Badon et remporte une victoire si écrasante qu’ils cessent d’être un danger. Puis il épouse Guenièvre, la plus noble dame de l’île.
Douze années de paix
Vient alors le temps heureux. Pendant douze ans, l’île vit en paix, et la cour d’Arthur devient la plus brillante du monde : on y vient de partout pour s’y faire chevalier, et nul ne se croit élégant s’il ne s’habille comme à Caerleon. Puis Arthur repart en guerre et soumet l’Irlande, l’Islande, la Norvège et une grande partie de la Gaule. Rome, jalouse, lui réclame un tribut. Arthur répond en traversant la mer avec son armée.
Camlann
La campagne d’Arthur est victorieuse, mais une nouvelle arrive de l’île : Modred, à qui le roi avait confié son royaume, s’est fait couronner et a pris la reine. Arthur revient aussitôt. Les deux armées se retrouvent au bord de la rivière Camblan. La bataille est effroyable ; presque tous les compagnons du roi y meurent. Modred tombe. Arthur, blessé à mort, remet sa couronne à son cousin Constantin, puis on l’emporte dans l’île d’Avalon pour y soigner ses blessures. Le livre ne dit pas qu’il meurt.
Les fiches de ce récit
- L'Arthur galloisLes racines celtes de la légende
- VortigernLe roi breton et les deux dragons
- MerlinL'enchanteur et prophète des rois
- Uther PendragonLe roi des Bretons, père d'Arthur
- TintagelLe château breton où commence Arthur
- ArthurLe roi légendaire des Bretons
- ExcaliburL'épée magique du roi Arthur
- GuenièvreLa reine, épouse d'Arthur
- MordredLe traître, fléau du royaume d'Arthur
- AvalonL'île des fées où repose Arthur
Sources
- Geoffroy de Monmouth, Historia regum Britanniae (v. 1136)
- Wace, Roman de Brut (1155), adaptation française en vers