Récit · Mésopotamie
L'Épopée d'Anzû
Épopée d'Anzû (poème akkadien, tablettes I à III)
L'Épopée d'Anzû dit que le pouvoir de commander au monde n'est qu'un objet, qu'on peut donc le voler, et que le rendre ne demande pas le plus fort des dieux mais le plus jeune : celui qui accepte encore d'écouter un conseil.
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L'oiseau né des eaux
Anzû était un oiseau immense, tête de lion et ailes d'aigle, né des eaux et des montagnes. Quand il battait des ailes, l'orage se levait. Le grand Enlil, maître de la terre, l'aperçut et lui fit confiance : il le prit à son service et le chargea de veiller à la porte de sa chambre. De là, chaque jour, Anzû regardait le dieu ôter sa couronne et poser les Tables du Destin. Et le désir lui vint.
Le vol pendant le bain
Un matin, Enlil retira ses vêtements pour son bain. Les Tables du Destin restèrent posées, sans personne pour les garder. Anzû n'attendit pas : il les saisit dans ses serres et s'envola vers sa montagne. Aussitôt, quelque chose s'éteignit dans le monde. Les rites s'arrêtèrent, la lumière des sanctuaires pâlit, un grand silence tomba. Plus personne ne pouvait fixer les destins.
L'assemblée cherche un champion
Dans le ciel, Anu réunit l'assemblée. Il promit une récompense magnifique à celui qui rapporterait les Tables : son nom serait le plus grand parmi les dieux, et on lui bâtirait des sanctuaires partout. Le sage Ea, que les Sumériens nomment Enki, réfléchit. Il savait que le voleur était devenu presque invincible : celui qui tenait les Tables retournait contre l'attaquant ses propres armes. Il faudrait plus que du courage.
Trois dieux disent non
L'assemblée appela d'abord Adad, le dieu de l'orage. Il refusa : contre le porteur des Tables, sa foudre ne servirait à rien. On appela ensuite Girra, le dieu du feu ; il refusa à son tour. On appela enfin Shara, le fils d'Inanna, gardien des champs d'Umma ; il refusa aussi. Trois fois la même réponse. Les plus puissants baissèrent les yeux, et la montagne d'Anzû restait hors d'atteinte.
La Dame des dieux appelle son fils
Alors Ea se tourna vers Bêlet-ilî, la Dame des dieux, celle qu'on appelle aussi Mami. Il lui parla avec douceur : qu'elle envoie son fils, le jeune Ninurta. La déesse écouta, puis fit venir l'enfant qu'elle avait mis au monde. Elle lui dit la honte des dieux et la gloire qui l'attendait. Ninurta ne discuta pas. Il prit son arc, ses flèches et les vents, et partit vers la montagne.
La flèche qui retourne au roseau
Le combat éclata sur la montagne. Les vents se levèrent, la poussière monta jusqu'au ciel. Ninurta tendit son arc et décocha une flèche. Mais Anzû, qui portait les Tables sur sa poitrine, cria : « Flèche, retourne au roseau dont tu es née ! » Aussitôt la flèche se défit en plein vol : le bois redevint roseau, la plume retourna à l'oiseau. Aucune arme n'atteignait le voleur. Ninurta s'arrêta, désarmé.
Le message porté par Sharur
Ninurta se tourna vers son arme, la masse Sharur, qui parlait et qui volait. « Va dire à Ea ce que tu as vu. » Sharur traversa le ciel jusqu'à l'Apsû et raconta tout au dieu sage. Ea écouta, puis donna sa réponse : ne relâche pas le combat, fatigue l'oiseau jusqu'à ce qu'il perde ses plumes, et lance un bâton derrière tes flèches pour lui couper les ailes. Sharur repartit, portant la ruse.
Aile à aile
Ninurta reprit le combat. Il lâcha les vents, qui arrachèrent les plumes d'Anzû une à une. L'oiseau, épuisé, vit ses pennes voler autour de lui et cria : « Aile à aile ! » pour les rappeler. C'était l'instant qu'attendait Ninurta. Sa flèche partit et traversa le cœur du voleur. Anzû tomba de sa montagne, et les Tables du Destin retrouvèrent des mains qui savaient les tenir.
Les noms de la victoire
Ninurta rapporta les Tables du Destin à l'assemblée. Aussitôt la lumière revint dans les sanctuaires, les fêtes reprirent, les destins se prononcèrent à nouveau. Les dieux tinrent leur promesse : ils donnèrent au jeune vainqueur une longue suite de noms glorieux, un pour chaque ville qui l'honorerait. À Nippur, la cité sainte d'Enlil, on chanta ses exploits. Le champion des dieux avait rendu au monde son ordre.
Les fiches de ce récit
- AnzûL'oiseau-tempête voleur des Tables du Destin
- EnlilLe dieu du vent et des décrets, souverain de la terre
- Les Tables du DestinLes tablettes qui fixent le sort du monde
- Le vol des Tables du DestinAnzû dérobe les Tables du Destin
- AnuLe dieu du Ciel, roi des dieux
- EnkiDieu de la sagesse et de l'eau douce
- AdadLe dieu de l'orage et de la pluie
- GirraLe dieu du feu, des fours et des purifications
- SharaLe dieu d'Umma, fils d'Inanna
- MamiLa déesse-mère qui façonne l'humanité
- NinurtaDieu guerrier et agraire, fils d'Enlil
- SharurLa masse d'armes de Ninurta, qui parle et qui vole
- NippurLa cité sainte du dieu Enlil
Sources
- Épopée d'Anzû (version babylonienne standard), traduction anglaise
- Anzû (mythologie mésopotamienne)
- Anzû
- Ninurta
Mythologie mésopotamienne — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.