Récit · Islande
Les Sagas du Vinland
Grænlendinga saga et Eiríks saga rauða (les deux Sagas du Vinland), XIIIe siècle
Les deux sagas racontent une découverte qui n’a pas tenu : les Islandais trouvent un pays meilleur que le leur, et le quittent parce qu’ils ne peuvent pas y vivre en paix avec ceux qui l’habitaient déjà.
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L’exilé qui appela sa terre « verte »
Erik le Rouge est banni d’Islande pour trois ans après des querelles qui ont fait des morts. Plutôt que d’attendre quelque part, il met le cap à l’ouest, vers une côte que des marins avaient aperçue au loin. Il passe son exil à l’explorer. Quand il rentre, il lui a trouvé un nom : le Groenland, la « terre verte », parce que les gens viendront plus volontiers dans un pays qui porte un beau nom. Vingt-cinq navires le suivent ; quatorze arrivent.
La côte que Bjarni ne visita pas
Un marchand nommé Bjarni Herjólfsson cherche à rejoindre son père au Groenland. Le brouillard et le vent le détournent, et il longe pendant des jours des terres inconnues : d’abord des collines boisées, puis des forêts plates, puis des rochers plats et des glaciers. Ses hommes veulent débarquer. Il refuse, parce que ce n’est pas là qu’il va. Il finit par atteindre le Groenland. Beaucoup lui reprochent ensuite de n’avoir rien voulu voir.
Trois terres et un nom
Leif, le fils d’Erik, rachète le navire de Bjarni et refait sa route à l’envers. Il aborde d’abord une terre de pierres plates et de glaciers : il l’appelle Helluland, le pays des pierres plates. Puis une côte basse couverte de forêts et de plages de sable blanc : Markland, le pays des forêts. Enfin une contrée douce, avec de l’herbe, du saumon en abondance et des jours d’hiver plus longs que chez lui. C’est celle-là qu’il nommera Vinland.
Le pays du vin
Un soir, un homme de l’équipage manque à l’appel : Tyrkir, un Allemand qui avait élevé Leif enfant. On part le chercher. Il revient tout excité, parlant d’abord dans sa langue que personne ne comprend, puis en norrois : il a trouvé des vignes et des raisins, qu’il connaît bien pour avoir grandi là où il en pousse. Leif fait charger le bateau de bois de charpente et de raisins, et donne à la contrée son nom : Vinland, le pays du vin.
Ceux qui vivaient déjà là
D’autres partent ensuite. Þorvaldur, le frère de Leif, s’installe dans les maisons qu’il a laissées et explore les côtes. Un jour, ses hommes trouvent des gens endormis sous des barques de peau et les tuent, sauf un, qui s’enfuit. Les habitants du pays reviennent en nombre, en canots, et attaquent. Une flèche atteint Þorvaldur sous le bras. Il demande qu’on l’enterre sur le cap qu’il avait choisi pour y bâtir. C’est le premier mort européen d’Amérique.
L’enfant né au Vinland
Un riche marchand islandais, Þorfinnur Karlsefni, épouse Guðríður, la veuve d’un autre fils d’Erik, et tente une véritable installation : plusieurs dizaines d’hommes, quelques femmes et du bétail. Ils passent des hivers au Vinland et commercent d’abord paisiblement avec les gens du pays, qui viennent échanger des fourrures contre du lait et des étoffes. C’est là que naît leur fils Snorri, le premier enfant européen né en Amérique. Puis un incident tourne mal, et tout bascule.
Pourquoi ils sont repartis
Après plusieurs affrontements, les colons comprennent qu’ils sont trop peu nombreux dans un pays déjà habité, et beaucoup trop loin de chez eux. Ils rentrent au Groenland avec le bois, les fourrures et les récits. Une dernière expédition, menée par Freydís, la sœur de Leif, finit dans une querelle sanglante entre Islandais. Puis plus personne ne repart. Le Vinland reste un souvenir dans deux sagas — jusqu’à ce que des archéologues retrouvent leurs maisons à Terre-Neuve, mille ans plus tard.
Les fiches de ce récit
- Erik le RougeLe Viking exilé qui colonisa le Groenland
- Leif EriksonLe Viking qui atteignit l'Amérique
Sources
- Grænlendinga saga (Saga des Groenlandais)
- Eiríks saga rauða (Saga d’Erik le Rouge)
- Britannica — Leif Erikson