Récit · Islande

Le Noël de Grýla

Contes populaires islandais (Jón Árnason, Íslenzkar þjóðsögur og ævintýri, 1862) ; Jóhannes úr Kötlum, Jólin koma (1932)

Le Noël islandais raconte l’hiver tel qu’il était vraiment : une saison où l’on avait faim et peur du noir, et où les monstres des montagnes sont devenus, peu à peu, des farceurs qui déposent une gourmandise dans une chaussure.

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L’ogresse de la montagne

Dans les montagnes d’Islande vit Grýla. C’est une vieille ogresse de la race des trolls, énorme et toujours affamée, qui habite une grotte avec son mari Leppalúði, aussi paresseux qu’elle est vorace. Son nom apparaît déjà dans un livre du Moyen Âge, au milieu d’une liste de noms de trolles. À l’époque, Grýla n’a rien à voir avec Noël : c’est simplement une créature des hauteurs, dont on parle pour faire peur.

Le sac de Grýla

Peu à peu, les contes rattachent Grýla au temps de Noël. Chaque année, quand décembre arrive, elle descend de sa grotte et rôde autour des fermes. Elle cherche les enfants qui se sont mal conduits, les met dans son sac et les emporte pour son chaudron. C’est une menace que les parents brandissaient pour obtenir le calme dans des maisons pleines de monde et de nuit. Elle fonctionnait si bien qu’il a fallu, un jour, demander qu’on cesse de s’en servir.

Les treize garçons

Grýla a des fils : les Jólasveinar, les « garçons de Noël ». Au début, on ne sait pas combien ils sont — les contes en donnent neuf, treize, parfois davantage — et ils tiennent du troll plus que du lutin. Ils descendent des montagnes pour voler de la nourriture dans les fermes, et l’on s’en sert, comme de leur mère, pour effrayer les enfants. Chacun porte un nom qui dit exactement ce qu’il vient chiper.

Un lutin par nuit

La tradition d’aujourd’hui les fait venir un par un. Le premier arrive treize nuits avant Noël, puis un chaque soir, jusqu’au 24 décembre. Ensuite ils repartent dans le même ordre, le dernier quittant les maisons le 6 janvier. Les enfants islandais posent une chaussure sur le rebord de la fenêtre avant de se coucher : au matin, ils y trouvent une petite gourmandise s’ils ont été sages — et une pomme de terre s’ils ne l’ont pas été.

Le chat de Yule

Il reste, dans ce Noël devenu joyeux, une menace qui n’a pas fondu : le Jólakötturinn, le chat de Yule. C’est un chat énorme qui rôde dans la campagne enneigée pendant les fêtes. Il dévore ceux qui n’ont pas reçu au moins un vêtement neuf avant Noël. Derrière cette histoire, il y a une raison très concrète : à l’automne, il fallait travailler la laine, et l’on offrait des habits neufs à ceux qui avaient bien travaillé.

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Sources

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