Récit · Inde
Le Mahābhārata
Vyāsa, Mahābhārata
Le Mahābhārata raconte une guerre entre cousins d'une même famille et cherche, à travers leurs déchirements, ce qu'est le dharma — le devoir juste — quand l'orgueil, la fidélité et l'amour tirent chacun dans un sens contraire.
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Vyāsa, le sage qui traverse son récit
Notre histoire est si vaste qu'il fallut un sage immense pour la porter : Vyāsa. Né sur une île au milieu d'une rivière, il rassembla d'abord les hymnes sacrés, puis composa le Mahābhārata, la plus longue épopée du monde. On raconte qu'il la dicta au dieu Ganesha, à condition de ne jamais s'arrêter de parler. Mais Vyāsa n'était pas qu'un conteur : il était aussi l'ancêtre des deux familles qui allaient s'affronter. Ainsi traversa-t-il sa propre histoire.
Deux frères pour un trône
Dans la cité de Hastināpura veillait Bhīshma, le grand-oncle au vœu extraordinaire : il avait renoncé au trône et juré de ne jamais fonder de famille. Il protégeait deux frères. L'aîné, Dhritarāshtra, était aveugle de naissance ; le cadet, Pāndu, devint donc roi. Vaillant, Pāndu agrandit le royaume. Mais un jour de chasse, il blessa par erreur un sage, qui le maudit avant de mourir. Le cœur lourd, Pāndu quitta son trône et partit vivre en ermite dans la forêt.
Les cinq fils des dieux
Dans la forêt, Pāndu apprit que son épouse Kuntī possédait un don sacré : elle pouvait appeler un dieu pour qu'il lui donne un enfant. Ainsi naquirent trois garçons : Yudhishthira, fils du Dharma ; Bhīma, fils du Vent ; Arjuna, fils d'Indra. Puis la seconde épouse, Mādrī, eut deux jumeaux. Cinq frères en tout : les Pāndava. Mais Kuntī gardait un secret. Jeune fille, elle avait déjà essayé ce don et mis au monde un fils, Karna, qu'elle avait confié, effrayée, à une rivière.
À l'école de Drona
Devenus orphelins, les cinq Pāndava revinrent à Hastināpura. Là grandissaient déjà leurs cent cousins, les Kaurava, fils de l'aveugle Dhritarāshtra. Tous reçurent l'enseignement du grand maître d'armes Drona, qui leur apprit le tir à l'arc et le maniement des armes. Parmi tous ses élèves, Drona en préféra un : Arjuna, le plus doué. On raconte qu'il pouvait viser l'œil d'un oiseau sans rien voir d'autre. Les jumeaux Nakula et Sahadeva brillaient aussi, l'un aux chevaux, l'autre par sa sagesse.
Bhīma et la jalousie de Duryodhana
Le plus fort des cinq frères était Bhīma, fils du dieu du vent. On disait qu'il avait la puissance de mille éléphants. Sa force inquiétait l'aîné des Kaurava, Duryodhana, qui ne supportait pas ses cousins. Un jour, Duryodhana tenta de l'empoisonner et de le noyer. Mais Bhīma en réchappa, plus fort encore. Depuis l'enfance, Duryodhana rêvait de régner seul et refusait de partager le royaume dont les Pāndava étaient, avec lui, les héritiers.
Karna, l'ami fidèle
Un jeune guerrier voulut un jour montrer son talent d'archer devant la cour. Il égalait presque Arjuna. Mais on le renvoya à sa naissance modeste : il avait été élevé par une famille de cochers. Seul Duryodhana le releva, lui offrit un royaume et son amitié. Ce guerrier s'appelait Karna. Reconnaissant, il resta fidèle à Duryodhana toute sa vie. Nul ne savait que Karna était en réalité le fils aîné de Kuntī, et donc le demi-frère des Pāndava qu'il allait combattre.
Draupadī, la reine gagnée à l'arc
Loin de là, une princesse jaillit adulte d'un feu sacré, éclatante de beauté : Draupadī. Pour la marier, son père organisa une épreuve de tir que nul ne parvenait à réussir. Un inconnu s'avança et l'emporta : c'était Arjuna, déguisé. Par un concours de circonstances, Draupadī devint l'épouse commune des cinq frères Pāndava. Fière et intelligente, elle fut le cœur de leur maison. Mais un affront allait bientôt la frapper, et cet affront changerait le cours de toute l'histoire.
Le jeu de dés
Rongés de jalousie, les Kaurava invitèrent les Pāndava à une partie de dés. Mais les dés étaient truqués : c'était l'oncle rusé Shakuni qui jouait à la place de Duryodhana. L'aîné des Pāndava, Yudhishthira, aimait tant la vérité qu'il ne sut refuser le défi. Coup après coup, il perdit tout : son or, ses terres, son royaume. Puis, aveuglé par le jeu, il misa ses frères, sa propre liberté, et enfin la reine Draupadī. Il perdit encore. Tout était perdu.
L'outrage et le serment
Alors on traîna Draupadī devant toute la cour. Dushāsana, le frère de Duryodhana, voulut l'humilier en public. La reine, seule, demanda avec courage : de quel droit un homme qui s'est déjà perdu lui-même peut-il encore la mettre en jeu ? Nul n'osa répondre. Dans la tradition, une protection divine descendit alors sur elle et sauva sa dignité. Fou de colère, Bhīma fit un serment terrible : un jour, il punirait Dushāsana et Duryodhana pour cet affront.
L'exil, la paix refusée
La partie perdue, les Pāndava durent partir treize longues années en exil. À leur retour, ils réclamèrent leur royaume. Krishna, ami et allié des Pāndava, alla lui-même proposer la paix : il demandait pour eux cinq villages seulement. Duryodhana, orgueilleux, refusa de céder la moindre parcelle. La guerre devint inévitable. Peu avant, Kuntī révéla enfin à Karna qu'il était son fils aîné et le supplia de rejoindre les siens. Par fidélité à Duryodhana, Karna refusa.
La Bhagavad-Gītā
Au matin de la bataille, Arjuna fit avancer son char entre les deux armées. En face, il reconnut ses cousins, ses maîtres, ses amis. Comment tuer les siens pour un royaume ? Découragé, il laissa glisser son arc. Son cocher, qui était le dieu Krishna, lui parla alors longuement. Il lui enseigna le dharma, le devoir propre à chacun, l'âme qui ne meurt pas, et l'art d'agir avec droiture sans être esclave du résultat. Réconforté, Arjuna reprit son arc. Ce dialogue est la Bhagavad-Gītā.
La guerre : Bhīshma et Drona tombent
Pendant dix-huit jours, d'immenses armées s'affrontèrent sur la plaine de Kurukshetra. Les liens de sang et d'amitié traversaient les deux camps, et le cœur de chacun était partagé. Les plus grands tombèrent l'un après l'autre. Bhīshma, le vieux grand-oncle, combattait pour les Kaurava par fidélité au trône ; percé de flèches par Arjuna, il s'allongea sur un lit de flèches. Puis le maître Drona, trompé par une fausse nouvelle de la mort de son fils, baissa les armes et succomba à son tour.
Abhimanyu et la chute de Karna
Le treizième jour, les Kaurava dressèrent une formation redoutable en spirale, le chakravyūha. Seul le jeune Abhimanyu, fils d'Arjuna, savait y pénétrer — mais non comment en ressortir. Courageux, il s'y lança pour ouvrir un passage. Encerclé par plusieurs guerriers à la fois, le jeune héros de seize ans combattit jusqu'au bout et tomba. Sa mort bouleversa toute l'armée. Plus tard, ce fut au tour de Karna, le guerrier généreux, d'affronter Arjuna et d'y trouver la mort.
La victoire endeuillée
Au dix-huitième jour, les Pāndava l'emportèrent. Bhīma abattit Duryodhana, et la guerre prit fin. Mais la victoire avait un goût de deuil : presque toute une génération de guerriers avait disparu. Yudhishthira, devenu roi, gouverna avec justice, mais le poids des morts ne le quitta jamais. Dans la tradition, cette guerre marque le passage à un âge nouveau, plus sombre. Le Mahābhārata montre le prix effroyable des querelles de famille que l'on laisse pourrir, faute d'oser le partage.
Les fiches de ce récit
- VyasaSage compilateur du Mahabharata et des Vedas
- DhritarâshtraRoi aveugle, père des Kaurava
- PânduRoi, père des Pāṇḍava
- KuntiLa mère des Pandava
- YudhishthiraAîné des Pandava, roi juste
- BhimaLe plus fort des Pandava
- ArjunaArcher héroïque guidé par Krishna
- Nakula et SahadevaLes jumeaux Pandava
- DraupadiÉpouse commune des cinq Pandava
- DuryodhanaLe chef des Kaurava
- DushâsanaFrère de Duryodhana, outrage Draupadī
- ShakuniOncle fourbe, maître des dés
- Le jeu de désLa partie truquée qui perd les Pāṇḍava
- BhîshmaGrand-oncle au vœu de célibat
- DronaPrécepteur en armes des princes
- KarnaGuerrier généreux au destin tragique
- KrishnaDieu joueur de flûte, guide d'Arjuna
- La Bhagavad-GitaLe conseil de Krishna à Arjuna
- La guerre de KurukshetraGrande bataille finale du Mahabharata
- AbhimanyuJeune héros brisé dans le chakravyûha