Récit · Inde

Le Devī Māhātmya

Devī Māhātmya (Mārkaṇḍeya Purāṇa, chants 81-93)

Le Devī Māhātmya raconte trois fois la même chose de plus en plus haut : quand toutes les forces connues ont échoué, ce qui sauve le monde n'est pas un secours venu d'ailleurs, mais la puissance unique dont toutes les autres ne sont que les formes.

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Le roi et le marchand

Un roi juste, Suratha, perdit tout : une guerre le défit, ses ministres le dépouillèrent, et il s'enfuit seul à cheval dans la forêt. Il arriva à l'ermitage d'un sage, Medhas, où vivait déjà un marchand, Samâdhi, chassé de chez lui par sa femme et ses fils. Les deux hommes s'étonnaient de la même chose : ils pensaient encore avec tendresse à ceux qui les avaient dépouillés. Pourquoi ? Le sage sourit, et commença un récit.

Le sommeil de Vishnou

À la fin d'un âge du monde, il ne restait qu'un océan. Vishnou y dormait, couché sur le grand serpent. Deux asuras, Madhu et Kaitabha, apparurent et menacèrent Brahmâ, assis sur son lotus. Brahmâ appela alors la déesse du sommeil, qui tenait Vishnou endormi ; elle se retira, et Vishnou ouvrit les yeux. Le combat dura des milliers d'années, jusqu'à ce qu'il vainquît les deux frères. Déjà, c'était la Déesse qui avait tout permis.

Mahisha prend le ciel

Vint un deuxième récit. Un asura à forme de buffle, Mahisha, fit la guerre aux dieux pendant cent ans. Indra et ses armées furent battus et chassés du ciel ; Mahisha s'assit sur leur trône et prit leurs noms. Les dieux errèrent sur la terre comme des hommes sans maison. Ils allèrent trouver Shiva et Vishnou et racontèrent leur défaite. En les écoutant, une colère immense monta au visage des deux dieux, puis de tous les autres.

La Déesse naît de la colère des dieux

Les colères des dieux sortirent d'eux comme des flammes, se rejoignirent et formèrent une montagne de lumière. La lumière prit un visage, des bras, un corps : c'était la Déesse. Chaque dieu lui donna alors son arme. Shiva son trident, Vishnou son disque, Varuna sa conque, Indra sa foudre, Yama son bâton. La montagne Himâlaya lui offrit un lion pour monture. Elle rit, et son rire ébranla les trois mondes. Les asuras accoururent.

Le duel avec le buffle

L'armée de Mahisha attaqua, et la Déesse la dispersa ; ses capitaines tombèrent l'un après l'autre. Alors le buffle lui-même s'avança. Il changeait de forme sans arrêt : lion, homme à l'épée, éléphant énorme, buffle de nouveau. La Déesse le suivit à chaque fois. Elle finit par poser son pied sur lui et, d'un coup de son grand sabre, mit fin au combat. Les trois mondes crièrent « Victoire ! », et le ciel fut rendu aux dieux.

Shumbha et Nishumbha

Longtemps après, deux frères asuras, Shumbha et Nishumbha, prirent à leur tour le ciel. Les dieux se souvinrent de la Déesse et montèrent la louer dans l'Himâlaya. Pârvatî descendit alors se baigner au Gange ; de son corps sortit une forme éclatante, Ambikâ, tandis qu'elle-même devenait Kâlikâ. Shumbha entendit parler de cette beauté et envoya un messager la demander en mariage. Elle répondit : celui qui me vaincra au combat m'épousera.

Kâlî sort du front

Shumbha envoya ses armées, puis ses deux généraux, Chanda et Munda. Cette fois, la Déesse fronça les sourcils, et de son front sortit une autre déesse, noire, un sabre à la main : Kâlî. Elle balaya l'armée entière, saisit les deux généraux et rapporta leurs têtes. Ambikâ lui dit alors : « Puisque tu as pris Chanda et Munda, tu porteras le nom de Châmundâ. » Un nom venait de naître d'un exploit.

Raktabîja, le sang qui se multiplie

Le combat continua, et les grands dieux envoyèrent leurs propres énergies : les Mères, des déesses portant chacune l'arme et la monture d'un dieu. Elles frappèrent Raktabîja, un asura à qui une faveur avait été accordée : de chaque goutte de son sang tombée à terre naissait un asura semblable à lui. Bientôt le champ de bataille en fut plein. Alors Kâlî ouvrit grand la bouche et but chaque goutte avant qu'elle ne touche le sol.

Je suis seule au monde

Nishumbha tomba à son tour. Shumbha, resté seul, accusa la Déesse : elle ne se battait pas seule, elle était entourée d'autres déesses. Alors, sous ses yeux, toutes ces déesses rentrèrent dans son corps, une à une, jusqu'à ce qu'elle demeurât seule au milieu du champ. « Je suis seule au monde, dit-elle. Toutes celles-ci sont mes propres puissances. » Puis le dernier duel commença, et il fut bref.

Ce que le roi et le marchand demandent

Le sage se tut : le récit était fini. Le roi et le marchand descendirent au bord d'une rivière et honorèrent la Déesse pendant trois années. Elle leur apparut et leur demanda ce qu'ils voulaient. Suratha demanda son royaume, et un royaume que rien ne détruirait ; elle le lui accorda. Le marchand, lui, ne demanda qu'un savoir : celui qui dénoue l'attachement. Elle le lui donna aussi, puis disparut.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie indienne — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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