Récit · Chine

Le Voyage vers l'Ouest

Wu Cheng'en, La Pérégrination vers l'Ouest

Un moine sans force et quatre compagnons fautifs traversent quatre-vingt-une épreuves vers les livres sacrés : le vrai trésor n'est pas au bout du chemin mais dans le voyage lui-même, qui change la force en vertu et les fautes en sagesse.

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Une mission venue du Ciel

Tout commença au Ciel. Le Bouddha, voyant les hommes de l'Orient manquer de livres sacrés qui apaiseraient leurs âmes, chargea la bodhisattva Guanyin de trouver un pèlerin. Guanyin est la déesse de la compassion : on dit qu'elle entend toutes les personnes qui souffrent. Elle descendit chercher l'homme capable d'aller jusqu'en Occident rapporter les précieux soutras. Sur son chemin, elle rassembla aussi quatre étranges compagnons, tous fautifs, à qui elle offrit une chance de se racheter.

Le moine Xuanzang

Le pèlerin choisi fut Xuanzang, un moine doux et courageux, que l'on appelle aussi Tang Sanzang. L'empereur de Chine le nomma son frère juré et l'envoya vers l'Occident. Xuanzang n'avait aucun pouvoir magique : il partit seul, monté sur un cheval, sans autre arme que sa foi. C'était là son étrangeté : le plus faible de tous, et pourtant le cœur du voyage. Jamais il ne renonçait, jamais il n'acceptait de faire le mal. Sa pureté même attirait tous les monstres.

Le Roi Singe sous la montagne

Le plus fort de ses compagnons était le Roi Singe, Sun Wukong, né d'une pierre magique au sommet d'une montagne. Il avait appris soixante-douze métamorphoses et bondissait sur un nuage à travers le ciel. Si fier et malicieux qu'un jour il mit toute la cour céleste en désordre ! Pour l'assagir, le Bouddha l'emprisonna sous une montagne. Cinq cents ans plus tard, Guanyin le délivra à une condition : protéger le moine Xuanzang. Un cercle d'or posé sur sa tête le rappelait à la sagesse chaque fois qu'il s'emportait.

L'homme-cochon glouton

En chemin, la troupe s'agrandit. Zhu Bajie, l'homme-cochon, avait été autrefois un maréchal du Ciel, mais on l'avait chassé pour une grosse bêtise, et il avait pris ce corps mêlé d'homme et d'animal. Guanyin lui offrit une seconde chance. Zhu Bajie adorait manger et faire la sieste, se plaignait souvent du long chemin et rêvait de rentrer chez lui. Mais il combattait sans peur avec son grand râteau, et restait, malgré tout, fidèle à son maître.

Le moine des sables

Le troisième disciple était Sha Wujing, le moine des sables. Ancien général du Ciel, il avait lui aussi été banni après une faute, et vivait au bord d'une rivière de sable où rien ne flotte. Guanyin lui promit le pardon s'il aidait Xuanzang. Il accepta avec joie. Discret et calme, Sha Wujing portait les bagages, préparait les repas et menait le cheval sans jamais se plaindre. Quand ses compagnons se disputaient, c'était lui qui les apaisait et gardait la troupe unie.

Le cheval-dragon

Il restait une dernière aide, plus discrète encore : Bailongma, le cheval-dragon blanc. C'était un prince, fils d'un roi-dragon des mers, condamné pour une faute grave. Au début du voyage, affamé, il dévora le cheval de Xuanzang ; alors Guanyin le changea elle-même en une monture blanche, pour qu'il répare son tort. Sous cette forme humble, le prince royal porta le moine à travers montagnes et déserts, sans jamais faillir. On oubliait presque qu'un dragon sommeillait sous le pelage du cheval.

Les trois visages du Démon Squelette

La route était semée de démons. L'un des plus rusés fut Baigujing, le Démon Squelette Blanc, un vieil esprit né d'anciens ossements, qui rêvait de dévorer le moine si pur. Ne pouvant l'approcher tel qu'il était, il se déguisa trois fois : en jeune villageoise, en vieille femme, puis en vieil homme. Chaque fois, Sun Wukong, dont l'œil perce les illusions, reconnut l'esprit et le dispersa. Mais Xuanzang, ne voyant que d'innocents villageois, crut que son disciple faisait le mal, et le renvoya.

La Montagne de Flammes et le Roi-Buffle

Plus loin se dressait la Montagne de Flammes, un brasier infranchissable. Le seul objet capable d'éteindre le feu était un éventail magique, gardé par l'épouse du Roi-Démon Buffle, Niumowang. Or, autrefois, le jeune Roi Singe s'était juré frère avec ce Buffle. Mais l'ancien ami refusa d'aider les pèlerins. Sun Wukong et lui se livrèrent un long duel, changeant sans cesse de forme, chacun aussi fort que l'autre. Il fallut l'aide du Ciel — le prince Nezha et Li Jing — pour venir à bout du grand Buffle.

Les soutras enfin

Après quatorze années de route et quatre-vingt-une épreuves, les pèlerins atteignirent enfin le temple du Bouddha, en Occident. Pour y parvenir, ils durent franchir une dernière rivière sans fond, où Xuanzang abandonna son corps mortel. Le Bouddha leur remit alors les précieux soutras, et les récompensa tous : chacun fut élevé au rang d'être accompli. Ils rentrèrent en Chine transformés. Car le vrai trésor n'était pas seulement les livres : c'était le voyage lui-même, qui les avait changés.

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Sources

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