Récit · Mythes abrahamiques
La Sîra
Ibn Ishâq, Sîrat Rasûl Allâh (VIIIe siècle), dans la recension d'Ibn Hichâm
La Sîra raconte comment un orphelin de La Mecque devient, pour la tradition musulmane, le dernier messager d'une très longue lignée : une vie faite de solitude, de moqueries, d'exil et de retour, où la parole reçue compte plus que la victoire.
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La maison de pierre
Au creux d'une vallée sèche d'Arabie s'élevait une ville de marchands : La Mecque. En son cœur se dressait un bâtiment cubique de pierre grise, la Kaaba, qu'entourait une large cour. La tradition raconte qu'Abraham et son fils Ismaël en ont posé les fondations, très longtemps auparavant. Au fil des siècles, on y avait rangé des centaines de statues, et les pèlerins venaient de loin en tourner autour. C'est là que commence l'histoire.
Un orphelin de La Mecque
Vers l'an 570 naquit à La Mecque un garçon nommé Muhammad, que le français appelle Mahomet. Son père était mort avant sa naissance ; sa mère mourut quand il avait six ans. Son grand-père le recueillit, puis mourut à son tour, et ce fut son oncle Abû Tâlib qui l'éleva. L'enfant garda les troupeaux, puis accompagna les caravanes vers le nord. Il grandit sans fortune, mais on le disait honnête, et l'on aimait lui confier ce qu'on avait de précieux.
La marchande et l'homme de confiance
À La Mecque vivait une riche marchande, Khadija. Deux fois veuve, elle dirigeait seule ses affaires et envoyait ses caravanes vers la Syrie. Un jour, elle engagea le jeune Muhammad pour conduire l'une d'elles. Il revint avec de bons comptes et une réputation d'honnêteté. Elle lui fit alors proposer le mariage, et il accepta. Ils vécurent ensemble une vingtaine d'années et eurent plusieurs enfants ; leur fille Fâtima est restée la plus connue. Khadija fut bien plus qu'une épouse dans cette histoire.
« Récite ! »
Devenu adulte, Muhammad aimait se retirer seul dans une grotte de la montagne de Hirâ, au-dessus de La Mecque. Une nuit, vers l'an 610, une présence immense l'y saisit : l'ange Gabriel, Jibrîl. Il lui ordonna un seul mot : « Récite ! » Muhammad répondit qu'il ne savait pas. L'ange insista, et les premières paroles montèrent à ses lèvres. Il rentra chez lui en tremblant. Khadija le crut, et le rassura.
Les années de peine
Quand Muhammad se mit à prêcher tout haut, La Mecque se ferma. On se moqua, on insulta, on menaça ; les plus pauvres de ses compagnons, souvent des esclaves, furent maltraités. Un groupe partit chercher refuge de l'autre côté de la mer, en Abyssinie, chez un roi chrétien qui les protégea. Le clan du Prophète fut mis à l'écart, privé de commerce et de mariages. Puis, la même année, Khadija mourut, et son oncle Abû Tâlib aussi.
Le voyage d'une nuit
C'est dans ces années sombres que la tradition place une nuit extraordinaire. Une monture ailée, blanche et rapide comme l'éclair, le Bourâq, emporta le Prophète de La Mecque jusqu'à Jérusalem, où il pria avec les prophètes venus avant lui. Puis il monta, de ciel en ciel, jusqu'au septième, saluant à chaque étage de grandes figures d'autrefois : Adam, Moïse, Abraham et d'autres. Il redescendit avant le matin, et personne ne l'avait vu partir.
Le grand départ
À La Mecque, on décida de se débarrasser de lui. Mais des hommes venus de Yathrib, une oasis du nord, étaient venus jurer de l'accueillir et de le protéger. Les compagnons partirent par petits groupes, discrètement. Muhammad s'en alla le dernier, avec son ami Abû Bakr ; la tradition raconte qu'ils se cachèrent d'abord dans une grotte. En 622, ils arrivèrent à Yathrib. Ce départ compte tant que le calendrier musulman commence là.
Médine
Yathrib changea de nom : on l'appela désormais Médine, la ville du Prophète. On y bâtit une mosquée toute simple, en briques de terre, avec un toit de palmes. Chaque famille d'accueil prit en charge un émigré venu de La Mecque. Une charte régla la vie commune entre les clans, y compris les tribus juives de l'oasis. Mais La Mecque n'avait pas renoncé, et les années qui suivirent furent des années de combats.
Le retour à La Mecque
En 628, une trêve fut signée avec La Mecque. Elle fut rompue deux ans plus tard, et Muhammad revint vers sa ville natale avec des milliers d'hommes. La Mecque n'osa pas se défendre et ouvrit ses portes ; il n'y eut presque pas de combat. Il entra et fit sortir de la Kaaba les statues qui s'y trouvaient. Puis il accorda le pardon à ceux qui l'avaient chassé vingt ans plus tôt. La ville qui l'avait rejeté devint le centre de la prière.
Le pèlerinage d'adieu
En 632, Muhammad accomplit un dernier pèlerinage. Sur le mont Arafat, devant une foule immense, il prononça un discours resté célèbre : la vie et les biens de chacun sont sacrés, les vieilles vengeances entre tribus sont abolies, et personne ne vaut plus qu'un autre par sa naissance. Trois mois plus tard, il mourut à Médine. Pour la tradition musulmane, la longue lignée des prophètes se referme ici.
Les fiches de ce récit
- La KaabaLa maison de pierre au cœur de La Mecque
- MahometMahomet, Muhammad : le dernier messager qui scelle la lignée
- KhadijaKhadîja bint Khuwaylid, la marchande qui crut la première
- La révélation du CoranLa voix de l'ange dans la grotte, le livre récité
- GabrielL'ange qui annonce les grandes nouvelles
- Le Voyage nocturneDe La Mecque à Jérusalem, puis vers les cieux
- Le BourâqLa monture ailée du Voyage nocturne
- L'HégireLe départ de La Mecque vers Médine, en 622
- MédineYathrib devenue la ville du Prophète
Sources
- La Sîra, biographie de Mahomet
- Ibn Ishâq, Sîrat Rasûl Allâh, dans la recension d'Ibn Hichâm
- Wikipédia — Mahomet
- Coran, sourate 96 (al-'Alaq), 1-5 — « Récite ! »
Mythes abrahamiques — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.