Récit · Mésopotamie
La quête d'immortalité de Gilgamesh
Épopée de Gilgamesh (tablettes IX-XI)
La quête d'immortalité de Gilgamesh dit que la vie sans fin n'est pas pour les hommes : après avoir couru jusqu'au bout du monde, le roi apprend à accepter la mort, et comprend que sa vraie trace sera la cité qu'il laisse et l'histoire qu'on raconte de lui.
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Le deuil et la peur
Après la mort de son ami Enkidu, Gilgamesh ne fut plus le même. Le grand roi d'Ourouk, que rien n'effrayait, découvrit une peur nouvelle : puisque son ami avait pu mourir, lui aussi mourrait un jour. Cette pensée le rongeait. Il quitta son trône et sa cité, s'habilla de peaux de bête et partit errer à travers les steppes. Il n'avait plus qu'un but : trouver le secret de la vie sans fin, pour ne jamais connaître le sort d'Enkidu.
Le mont Mashu
Le voyage mena Gilgamesh jusqu'au mont Mashu, une montagne prodigieuse dont les cimes touchaient le ciel et les racines plongeaient sous la terre. C'est par là que le soleil sortait chaque matin. Sa porte était gardée par des hommes-scorpions, si terribles que leur seul regard donnait la mort. Ils interrogèrent longuement le héros ; voyant qu'il était en partie divin, ils le laissèrent passer. Gilgamesh s'enfonça dans un long tunnel obscur et courut dans le noir, avant de déboucher dans un merveilleux jardin aux arbres de pierres précieuses.
Siduri la cabaretière
Au bord du grand océan, Gilgamesh trouva une taverne tenue par Siduri, une cabaretière sage. En voyant arriver cet homme épuisé, vêtu de peaux, elle prit d'abord peur et ferma sa porte. Puis elle l'écouta raconter son chagrin. Avec douceur, elle lui rappela une vérité : aucun homme n'échappe à la mort. « Plutôt que de courir après l'impossible, lui dit-elle, savoure chaque jour, partage un bon repas, chéris ceux que tu aimes. » Puis elle lui indiqua le nocher Urshanabi, seul capable de lui faire traverser les eaux.
Les Eaux de la mort
Gilgamesh rejoignit Urshanabi, le nocher qui conduisait les rares voyageurs jusqu'à Utnapishtim. Mais, dans sa colère et son chagrin, le héros brisa les mystérieux « Êtres de pierre » qui faisaient avancer la barque. Comment traverser, à présent ? Urshanabi trouva une solution : il envoya Gilgamesh couper trois cents longues perches dans la forêt. À chaque coup, on plongeait une perche dans l'eau mortelle, puis on la jetait, pour que jamais la main ne touche l'onde dangereuse. Ainsi la barque franchit les Eaux de la mort et atteignit l'autre rive.
Utnapishtim et le Déluge
Sur l'autre rive vivait Utnapishtim, le survivant du Déluge, avec sa femme. Gilgamesh lui demanda le secret de la vie sans fin. Le vieux sage lui raconta alors son histoire. Autrefois, les dieux avaient décidé d'envoyer un grand déluge pour noyer la terre. Mais Enki l'avait prévenu en secret et lui avait conseillé de construire une immense arche. Utnapishtim y avait fait monter sa famille et des animaux de toutes sortes. La pluie tomba six jours et sept nuits ; puis le bateau se posa sur une montagne. Pour avoir sauvé la vie, les dieux l'avaient rendu immortel.
L'épreuve du sommeil
Utnapishtim posa alors une épreuve à Gilgamesh : « Si tu veux vaincre la mort, commence par vaincre le sommeil. Reste éveillé six jours et sept nuits. » Mais le héros, épuisé par son long voyage, s'endormit aussitôt. Il dormit une semaine entière sans même s'en rendre compte ! À son réveil, il comprit la leçon : celui qui ne peut résister au sommeil ne résistera jamais à la mort. Les dieux avaient placé Utnapishtim dans un lieu à part, le pays béni de Dilmun, mais ce don ne se donnerait pas une seconde fois.
La plante de jouvence
Avant le départ de Gilgamesh, Utnapishtim lui révéla un dernier secret : au fond de la mer poussait une plante épineuse qui rendait la jeunesse. Aussitôt, le héros attacha de lourdes pierres à ses pieds et plongea jusqu'au fond des eaux. Il saisit la plante et remonta, plein de joie : il la rapporterait à Ourouk pour la partager avec les anciens. Mais sur le chemin, tandis qu'il se baignait, un serpent surgit et emporta la plante. En s'éloignant, le serpent changea de peau. Gilgamesh, lui, pleura : jamais il ne serait immortel.
Le retour à Ourouk
Les mains vides, Gilgamesh reprit le chemin de sa cité avec le nocher Urshanabi. Il ne rapportait ni plante magique, ni vie sans fin. Mais lorsqu'il aperçut enfin les hautes murailles d'Ourouk, il s'arrêta et les montra fièrement à son compagnon : « Regarde ces remparts, regarde cette ville. C'est moi qui les ai bâtis. » Le roi avait compris la vérité de son long voyage : l'immortalité n'est pas pour les hommes. Ce qui reste d'un homme, c'est ce qu'il construit, et l'histoire que l'on raconte de lui.
Les fiches de ce récit
- UrukLa grande cité de Gilgamesh
- GilgameshLe roi d'Ourouk en quête d'immortalité
- EnkiduL'homme sauvage, ami de Gilgamesh
- Le mont MashuMontagne du lever et du coucher du soleil
- SiduriLa cabaretière au bord de l'océan
- UrshanabiLe nocher des Eaux de la mort
- UtnapishtimLe survivant du Déluge, rendu immortel
- Le DélugeLe grand cataclysme dont réchappe Utnapishtim
- DilmunTerre pure et paradisiaque à l'est
- La plante de jouvencePlante d'immortalité volée par le serpent