Récit · Mésopotamie

Le poème d'Atrahasis

Atrahasis, Poème du Supersage (tablettes I à III)

Le poème d'Atrahasis dit que l'humanité naît d'une révolte contre le travail sans fin, qu'elle porte en elle l'esprit d'un dieu immolé, et que les dieux, après avoir failli l'effacer, découvrent qu'ils ne peuvent pas se passer d'elle.

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Quand les dieux portaient le fardeau

Au tout début, les hommes n'existaient pas encore. C'étaient les dieux qui faisaient tout le travail du monde. Les plus grands se le partagèrent : Anu prit le ciel, Enlil la terre, Enki les eaux d'en bas. Mais ceux qui creusaient, c'étaient les plus jeunes, les Igigi. Ils ouvraient le lit du Tigre et de l'Euphrate, portaient la terre dans des paniers, jour après jour. Le chantier dura si longtemps que personne n'en voyait la fin.

La nuit où les outils brûlent

Une nuit, les Igigi n'en purent plus. Ils se rassemblèrent et jetèrent leurs pelles et leurs paniers dans le feu. Puis ils marchèrent en foule jusqu'à la maison d'Enlil et l'encerclèrent. Nusku, le vizir qui portait la lampe, réveilla son maître : « Seigneur, ta maison est entourée ! » Enlil prit peur et appela Anu du haut du ciel. Les dieux se réunirent pour juger la révolte.

Le dieu qu'on immole

Enki, le plus sage, proposa une solution : créer un être nouveau qui prendrait le travail. Mais l'argile seule ne suffisait pas à faire un vivant. Il fallait y mettre quelque chose des dieux. On choisit alors Wê-ila, celui qui possédait l'intelligence, et on l'immola dans l'assemblée. Sa chair et son sang seraient mêlés à la terre. Ainsi l'homme ne serait pas fait que de boue.

Sept hommes et sept femmes

La déesse-mère Mami prit l'argile et y mêla la chair et le sang du dieu. Elle pétrit longuement, puis posa une brique. Elle partagea la pâte en quatorze morceaux : sept qu'elle plaça à droite, sept à gauche. De ses mains naquirent sept hommes et sept femmes, les tout premiers humains. Les dieux acclamèrent la Dame des dieux : le fardeau du monde venait de changer d'épaules.

Le bruit qui monte de la terre

Les siècles passèrent. Les hommes travaillèrent, se multiplièrent, remplirent le pays. Leurs voix, leurs troupeaux, leurs chantiers firent monter vers le ciel une rumeur qui ne s'arrêtait plus. Enlil, dans sa demeure, ne trouva plus le sommeil. « Le bruit de l'humanité est devenu trop grand », dit-il. Il décida de réduire leur nombre. Mais un homme veillait : Atrahasis, dont le nom signifie « le très sage ».

La peste, la sécheresse, la faim

Enlil frappa d'abord par la maladie : il envoya Namtar, le porteur de destin. Enki conseilla Atrahasis : que les hommes n'offrent plus rien qu'à Namtar. Honoré seul, le dieu retira la peste. Enlil envoya alors la sécheresse : Adad ferma le ciel et pas une goutte ne tomba. La même ruse ramena la pluie. Vint enfin la famine, la plus dure de toutes. Trois fois, le sage avait détourné le malheur.

Le mur de roseaux

Furieux d'être toujours déjoué, Enlil fit jurer à tous les dieux de ne rien dire : cette fois, un déluge emporterait les hommes. Enki avait juré comme les autres. Alors il trouva un détour : il ne parla pas à Atrahasis, il parla au mur de roseaux de sa maison. Derrière la cloison, l'homme écoutait. « Démolis ta maison, construis un bateau », dit la voix. Atrahasis obéit sans perdre un jour.

Sept jours et sept nuits

Alors l'orage se leva. Adad gronda dans les nuages, le vent hurla, les eaux montèrent. Le jour devint noir comme la nuit. Les digues cédèrent, et nul ne voyait plus son voisin. Pendant sept jours et sept nuits, le déluge recouvrit la terre entière. Là-haut, les dieux eux-mêmes prirent peur de ce qu'ils avaient déchaîné. Seul le bateau d'Atrahasis flottait encore, quelque part, au-dessus d'un monde disparu.

La mère qui pleure ses enfants

Quand l'eau se retira, Mami éclata en sanglots. C'était elle qui avait façonné les hommes de ses mains : les voir emportés lui déchirait le cœur. Les autres dieux pleurèrent avec elle. Et ils avaient faim : plus personne, sur la terre, ne leur offrait rien. Atrahasis alluma alors un feu et dressa une offrande. Les dieux se pressèrent autour de la fumée comme un vol de mouches.

Une nouvelle mesure pour la vie

Enlil découvrit le bateau et entra en fureur : un homme avait survécu ! Enki lui répondit calmement : détruire tous les hommes n'était pas juste, et les dieux, sans eux, avaient faim. Alors on chercha une autre règle. Avec la déesse-mère Ninhursag, on fixa des limites à la vie humaine : toutes les femmes n'auraient pas d'enfants, et la mort aurait sa part. Plus jamais de déluge, mais des vies qui finissent.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie mésopotamienne — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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