Récit · Mésopotamie

La descente d'Inanna

Descente d'Inanna aux Enfers

La descente d'Inanna dit que même la plus puissante des déesses doit connaître l'épreuve du passage : on ne revient jamais tout à fait le même du pays des morts, et la vie, comme la déesse, s'absente puis renaît au rythme des saisons.

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La reine du ciel veut descendre

Inanna était la plus éclatante des déesses, reine du ciel, brillante comme l'étoile du matin et du soir. On l'aimait et on la craignait, car elle était à la fois la déesse de l'amour et celle de la guerre. Un jour, audacieuse, elle voulut voir de ses yeux le seul royaume qu'elle ne connaissait pas : le pays des morts, tout au fond sous la terre. Là régnait sa sœur aînée, Ereshkigal. Inanna se para de ses sept plus beaux bijoux et prit le chemin d'en bas.

Le pacte avec Ninshubur

Avant de partir, Inanna confia une mission à sa servante fidèle, Ninshubur : « Si je ne suis pas revenue au bout de trois jours, prends le deuil et va supplier les grands dieux de me sauver. » Ninshubur promit. Puis Inanna descendit vers les Enfers et frappa à la grande porte. Le portier alla prévenir sa maîtresse Ereshkigal, qui, en apprenant la venue de sa sœur, ordonna qu'on la fasse passer par les sept portes du royaume des morts.

Les sept portes

Inanna franchit alors les sept portes du royaume des morts. À la première, le portier lui retira sa couronne. « Pourquoi ? » demanda-t-elle. « Tais-toi, répondit-il : ainsi vont les lois des Enfers. » À chaque porte, on lui ôtait quelque chose : ses bijoux, son collier, sa robe. De porte en porte, la déesse perdait ses pouvoirs. Quand elle arriva tout au fond, devant le trône de sa sœur, elle était nue et sans force, dépouillée de tout ce qui faisait sa puissance.

Devant Ereshkigal

Devant sa sœur, Inanna n'avait plus rien de sa splendeur. Ereshkigal, reine sévère et juste, ne lui fit aucune faveur : les juges des morts fixèrent sur elle leur regard terrible. Aussitôt, Inanna perdit la vie. Son corps sans mouvement fut suspendu à un crochet. À ses côtés se tenait Namtar, le messager de la mort, dont le nom veut dire « le destin ». C'est lui qui exécutait les ordres d'Ereshkigal. Ainsi, la brillante déesse du ciel resta prisonnière du pays des ombres.

Le salut d'Enki

Trois jours passèrent, et Inanna ne revenait pas. Fidèle à sa promesse, Ninshubur prit le deuil et alla supplier les grands dieux. Enlil refusa de l'aider ; Nanna aussi. Mais le sage Enki, lui, s'inquiéta pour la déesse. De la terre logée sous ses ongles, il façonna deux petits êtres étranges et les envoya en secret aux Enfers. Ils consolèrent Ereshkigal, qui, reconnaissante, leur offrit un présent. Ils demandèrent le corps d'Inanna, et, avec l'eau et l'herbe de vie, ils la ramenèrent à la vie.

Nul ne remonte seul

Inanna pouvait remonter, mais une loi des Enfers ne pardonnait pas : nul ne quittait le pays des morts sans laisser quelqu'un à sa place. Pour veiller à cette règle, des démons remontèrent avec la déesse, prêts à saisir son remplaçant. Sur le chemin, ils voulurent prendre la fidèle Ninshubur, en habits de deuil ; mais Inanna la protégea : « Non, elle m'a pleurée et servie loyalement. » Ils continuèrent donc leur route vers Ourouk, cherchant qui prendrait la place de la déesse.

Dumuzi livré

En arrivant à Ourouk, Inanna trouva son époux, le beau berger Dumuzi. Mais lui ne l'avait pas pleurée : il était assis sur son trône, richement vêtu, comme si rien ne s'était passé. Blessée, la déesse le désigna aux démons : « Prenez-le, lui ! » Dumuzi supplia le dieu-soleil de le sauver et tenta de fuir, changé en bête. Mais les démons le rattrapèrent et l'emportèrent vers le pays des morts. Une nuit, un rêve funeste lui avait déjà annoncé son malheur.

Geshtinanna et les saisons

Dumuzi avait une sœur, Geshtinanna, la douce dame de la vigne, qui l'aimait tendrement. C'est elle qui avait deviné le sens de son rêve. Quand les démons vinrent, ils la torturèrent pour qu'elle livre son frère ; mais elle tint bon et refusa de le trahir. Bien plus, elle offrit de descendre à sa place dans l'ombre. Émue par tant d'amour, Inanna accorda un partage : chacun passerait une moitié de l'année sous la terre. Ainsi, quand Dumuzi remonte au printemps, les champs reverdissent ; quand il redescend, la terre se dessèche.

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Sources

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