Récit · Mésopotamie

Erra et Ishum

Kabti-ilani-Marduk, Épopée d'Erra (Erra et Ishum), tablettes I à V

Erra et Ishum dit que la violence commence toujours par un vide — un trône laissé libre, une parole qui manque — et qu'elle ne s'arrête jamais d'elle-même : il faut quelqu'un qui reste à côté et qui continue de parler.

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Le dieu qui ne dort qu'à moitié

Erra était le dieu du fléau et du combat. On l'appelle aussi Nergal, le maître ardent de la guerre. Dans sa demeure, il ne dormait qu'à moitié. Son cœur lui disait de partir se battre, son corps lui disait de rester couché. Il hésitait, se retournait, s'assoupissait encore. Ses armes attendaient, appuyées au mur, et la poussière commençait à les couvrir. Il suffirait d'une voix pour le mettre debout.

Les Sept qui aiguillonnent

Auprès d'Erra vivaient les Sebitti, « les Sept », des dieux guerriers qu'Anu avait engendrés et donnés à Erra comme des armes vivantes. Ils s'impatientaient. Ils lui disaient que ses armes rouillaient, que les chemins se couvraient d'herbes, que les bêtes sauvages remplaçaient les hommes sur les routes. « Debout ! Ton nom s'efface pendant que tu dors. » À force de parler, ils allumèrent sa colère.

Le héraut qui tente de retenir

Erra appela Ishum, son héraut, celui qui marchait devant lui et ouvrait le chemin. Ishum était un dieu doux : la nuit, il veillait sur les rues, une flamme à la main. Il écouta son maître annoncer qu'il allait dévaster le pays, et il essaya de le retenir. « Pourquoi veux-tu faire du mal aux hommes ? » demanda-t-il. Erra n'écoutait pas encore. Mais Ishum ne s'en alla pas : il resterait.

La visite à l'Esagil

Pour agir, Erra devait d'abord écarter Marduk, le maître de Babylone. Il entra dans son grand temple et lui parla avec douceur. « Regarde ta parure : elle est ternie, ta couronne a perdu son éclat. » Marduk s'en attrista. Erra lui proposa alors de descendre lui-même la faire remettre à neuf. Mais le dieu de Babylone hésitait : s'il quittait son siège, qui tiendrait le monde ?

Les sages descendus dans l'Apsû

Qui pourrait redonner son éclat à la parure du dieu ? Marduk répondit que les seuls artisans capables de ce travail étaient les sept sages d'avant le Déluge, les Apkallu. Or ceux-là étaient descendus depuis longtemps dans l'Apsû, les eaux profondes d'Enki, et ils n'en remontaient pas. Le savoir des origines était enfermé sous la terre. Erra saisit l'occasion : « Descends toi-même, je garderai l'ordre pendant ton absence. »

Le trône vide

Marduk quitta son siège. À l'instant même, tout se dérégla. Le jour clair devint sombre, des vents violents se levèrent, les eaux montèrent et débordèrent. Ce qui était tenu se défit. Erra, assis à la place du maître, ne retint rien : c'était ce vide qu'il attendait. Ishum, resté à son poste, veillait du mieux qu'il pouvait. Mais dans Babylone, quelque chose avait commencé qui ne s'arrêterait plus.

Uruk, Sippar et les autres

Erra se déchaîna sur le pays. Il monta les habitants les uns contre les autres, et les villes s'embrasèrent. À Uruk, la ville d'Anu et d'Inanna, la déesse elle-même se détourna, en colère : l'ennemi entra et le pays fut balayé comme du grain sur l'eau. À Sippar, la cité du soleil, les murailles tombèrent contre la volonté de Shamash. Dêr et d'autres villes encore furent frappées.

Ni juste ni coupable

Ishum ne se tut pas. Il regarda ce qui se faisait et le dit à haute voix : « Guerrier Erra, tu as fait mourir le juste, et tu as fait mourir l'injuste. Celui qui t'avait offensé, tu l'as tué ; celui qui ne t'avait rien fait, tu l'as tué aussi. » En Mésopotamie, on honorait Kittu et Mîsharu, la Vérité et la Justice, enfants du soleil. La colère d'Erra ne les connaissait pas.

La parole qui apaise

Ishum parla encore, longuement, sans jamais élever la voix. Peu à peu, quelque chose céda. Erra s'arrêta, regarda ce qu'il avait fait, et reconnut sa démesure. Il rentra à Kutha, sa ville, et s'assit dans son temple, l'Emeslam. Là, apaisé, il prononça une bénédiction sur le pays qu'il venait de ravager : les maisons seraient rebâties, les champs porteraient de nouveau, le peuple se relèverait.

Le poème donné en songe

À la fin du texte, un homme se nomme, ce qui est très rare en Mésopotamie. Il s'appelle Kabti-ilani-Marduk, fils de Dabibi, et il est scribe. Il raconte que ce chant lui était venu une nuit, dans un songe, et qu'au matin il l'avait écrit sans en retrancher un seul vers. Puis il fait une promesse : la maison où ce poème sera honoré ne connaîtra pas le fléau. On en a gravé des extraits sur des amulettes.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie mésopotamienne — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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