Récit · Mésopotamie

L'épopée de Gilgamesh

Épopée de Gilgamesh

La plus ancienne des grandes aventures dit qu'un roi trop puissant ne devient vraiment humain que par l'amitié — et par le chagrin : en aimant Enkidu puis en le perdant, Gilgamesh découvre que même lui doit mourir un jour.

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Le roi d'Ourouk et sa mère

Gilgamesh était le roi d'Ourouk, la grande cité aux hautes murailles. Deux tiers dieu, un tiers homme, il était si fort que personne ne pouvait lui résister. Mais il employait mal sa force et fatiguait son peuple. Une nuit, il fit deux rêves étranges : une étoile tombée du ciel, une hache posée devant la ville, qu'il aimait déjà comme un ami. Sa mère, la sage déesse Ninsun, sut lire ces songes : « Bientôt viendra un compagnon aussi fort que toi. »

Enkidu, l'homme sauvage

Loin de la ville, dans la steppe, les dieux façonnèrent Enkidu dans l'argile. Il vivait parmi les bêtes, courait avec les gazelles et buvait aux mares. Peu à peu, une femme d'Ourouk, Shamhat, lui apprit à vivre comme les hommes : manger du pain, boire, porter des habits, parler. Devenu homme, Enkidu entra dans Ourouk pour affronter Gilgamesh. Leur combat fut terrible, si fort que les murs tremblèrent. Mais aucun ne céda. Alors, au lieu de se haïr, ils devinrent les meilleurs amis du monde.

Vers la Forêt des Cèdres

Avides de gloire, Gilgamesh et Enkidu voulurent accomplir un exploit dont on se souviendrait toujours : gagner la lointaine Forêt des Cèdres, ce bois sacré réservé aux dieux, où poussaient des arbres immenses. Avant leur départ, la déesse Ninsun monta sur son toit et pria le dieu-soleil Shamash de veiller sur les deux héros ; puis elle accueillit Enkidu comme un second fils. Alors les deux amis prirent la route, traversèrent de vastes montagnes et franchirent plusieurs portes, jusqu'à la forêt merveilleuse.

Le gardien Humbaba

Au cœur de la forêt veillait Humbaba, un géant au visage fait de mille plis, dont la voix grondait comme l'orage et le souffle brûlait comme le feu. Quand les héros abattirent les premiers cèdres, il surgit, terrible. Mais le dieu-soleil Shamash vint à leur aide : il lâcha treize vents qui immobilisèrent le géant. Vaincu, Humbaba supplia qu'on l'épargne. Enkidu, méfiant, pressa son ami d'en finir. Les deux héros le mirent à mort, puis coupèrent les plus hauts cèdres pour les rapporter chez eux.

Ishtar et le Taureau du Ciel

De retour à Ourouk, Gilgamesh brillait de gloire. La grande déesse Ishtar, éblouie, lui demanda de l'épouser. Mais le héros refusa et lui rappela le triste sort de ses anciens amants. Blessée dans son orgueil, Ishtar monta au ciel et supplia son père de lui donner le Taureau du Ciel. La bête descendit sur la terre : quand elle renâclait, le sol se fendait et des hommes tombaient dans les crevasses. Mais Gilgamesh et Enkidu affrontèrent le Taureau et le terrassèrent ensemble.

La mort d'Enkidu

Cette fois, les dieux se réunirent en colère. Pour avoir tué Humbaba et le Taureau du Ciel, l'un des deux amis devait payer. Le sort tomba sur Enkidu. Peu à peu, la maladie l'affaiblit. Veillé par Gilgamesh, il s'éteignit doucement, et son ombre descendit au Kur, le sombre pays des morts d'où l'on ne revient pas. Gilgamesh pleura son ami pendant des jours, refusant de le quitter. Pour la première fois, le roi si fort connut le chagrin, et la peur de mourir un jour lui aussi.

La peur de mourir

Rongé par le chagrin et la peur, Gilgamesh ne pensa plus qu'à une chose : ne jamais mourir. Il quitta son trône, s'habilla de peaux de bête et partit très loin, jusqu'au bout du monde, chercher Utnapishtim, le seul homme à qui les dieux avaient donné la vie sans fin. Après un long et dur voyage, il le trouva enfin. Mais Utnapishtim lui apprit une vérité difficile : l'immortalité ne se conquiert pas. Gilgamesh revint à Ourouk les mains vides, mais plus sage, fier des murailles qu'il avait bâties.

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Sources

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