Récit · Monde maya

Le Rabinal Achí

Rabinal Achí (Xajoj Tun)

Le Rabinal Achí dit que la loi n'a de valeur que si elle garde ses égards : le vaincu y est jugé, mais aussi écouté, paré, invité à danser et autorisé à saluer son pays — et un village entier redanse chaque année cette leçon de dignité.

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La danse du tambour

Dans les hautes terres du Guatemala se tient le bourg de Rabinal. Chaque année, ses habitants sortent les masques de bois et les coiffes de plumes. Un tambour se met à battre, deux longues trompettes lui répondent, et deux princes s'avancent l'un vers l'autre sur la place. Ce qu'ils vont danser n'est pas une histoire inventée pour la fête : c'est une querelle vieille de six cents ans, transmise de mémoire, de père en fils. On l'appelle le Rabinal Achí.

La forteresse et son prince

L'histoire commence au pays de Rabinal, autour d'une place forte bâtie sur une hauteur : Kajyub'. De là, le roi et sa cour veillent sur les villages et les champs de maïs alentour. Pour les défendre, un prince guerrier : l'Homme de Rabinal, celui qui donne son nom à la pièce. Il garde les chemins et répond aux attaques. Or, depuis quelque temps, les attaques viennent toujours du même côté — du pays des K'iche', leurs voisins.

Les fautes du prince k'iche'

Ce prince, on l'appelle l'Homme des K'iche'. C'est un guerrier redoutable, et il a fait beaucoup de mal. Quatre cités sont tombées devant lui. Mais il a commis pire encore : il a voulu emmener les enfants de Rabinal. Chez les Mayas, cette faute-là ne se pardonne pas ; elle brise la loi la plus grave. Un peuple à qui l'on prend ses enfants perd son avenir même. Il fallait donc l'arrêter, et personne jusqu'ici n'y était parvenu.

Pris vivant

L'Homme de Rabinal partit enfin à sa rencontre. Les deux princes s'affrontèrent, et le guerrier de Rabinal l'emporta. Il aurait pu en finir sur-le-champ : il ne le fit pas. Il prit son ennemi vivant, le lia d'une corde, et lui parla avec les mots que l'on doit à un seigneur. Puis il le conduisit vers Kajyub'. Sur toute la route, les deux hommes se répondirent — piquants, moqueurs parfois, mais toujours dans les formes. Aucun des deux ne baissa la tête.

Devant le roi Job'Toj

À Kajyub', le roi Job'Toj siégeait dans sa cour, sa dame auprès de lui. On amena devant lui le prince prisonnier. Alors on récita tout : les cités qu'il avait prises, les enfants qu'il avait voulu emmener, et aussi la valeur du guerrier qu'il était. Le roi écouta jusqu'au bout. Le captif, lui, ne demanda rien et ne renia rien. Quand la parole s'acheva, Job'Toj prononça la sentence : l'Homme des K'iche' mourrait. La loi de Rabinal était dite.

Les dernières demandes

Car le condamné avait le droit de demander. Et Job'Toj accorda tout. Il demanda la nourriture et la boisson du roi : on les lui servit. Il demanda une étoffe précieuse, tissée dans la maison royale : on la lui remit. Il demanda enfin à danser avec la Mère des plumes de quetzal, la jeune fille qui se tenait près du trône, parée des longues plumes vertes de l'oiseau sacré. Elle vint, et ils dansèrent. Le prisonnier de tout à l'heure était devenu l'hôte du roi.

Les Aigles et les Jaguars

Il fit une dernière demande : des compagnons. On lui accorda les guerriers du roi — treize aigles et treize jaguars. Les uns portent les plumes de l'oiseau qui règne sur le ciel, les autres la peau tachetée du fauve qui règne sur la nuit et la forêt. Ce sont eux qui gardent la cour, eux qui tournent en dansant autour des deux princes, et eux qui exécuteront la sentence. Ceux qui devaient le mettre à mort furent donc aussi ceux qui l'accompagnèrent.

L'adieu aux montagnes

Une chose encore lui manquait. Il demanda à saluer son pays. On le lui permit. Alors le prince k'iche' se tourna vers l'horizon et parla à ses montagnes, à ses vallées, aux chemins où il avait grandi et qu'il ne reverrait plus. Il dit adieu à tout cela, longuement. Puis il revint de lui-même vers la cour, sans qu'on eût à le ramener, et fit face. Il mourut comme il avait vécu, en seigneur. Le pays de Rabinal, lui, retrouva la paix.

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Sources

Mythologie maya — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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