Récit · Monde maya

La création du monde

Popol Vuh

Le Popol Vuh dit que le monde ne fut pas arraché au chaos par la force, mais appelé doucement à l'existence par la parole des dieux — jusqu'à ce que naissent enfin des êtres de maïs capables de connaître, de nommer et de remercier ceux qui les avaient faits.

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Le ciel et la mer

Au commencement, il n'y avait que le ciel silencieux et la mer immobile. Rien ne bougeait, rien ne parlait. Dans ces eaux calmes reposaient deux dieux : Cœur du Ciel, qu'on appelle aussi Huracán, et Tepeu, le grand créateur, couché près du Serpent à plumes. Ils ne se battirent pas, ils ne frappèrent pas : ils se parlèrent tout bas, accordèrent leurs pensées, et prononcèrent un seul mot : « Terre ! » Aussitôt, les montagnes surgirent de la mer, les vallées se creusèrent, les forêts se couvrirent d'arbres.

Les vieux devins

Mais comment façonner de tels êtres ? Les dieux créateurs ne le savaient pas ; alors ils allèrent demander conseil aux plus anciens et aux plus sages : Xpiyacoc, le grand-père, et Xmucané, la grand-mère. Ce vieux couple connaissait le compte des jours et l'art de lire l'avenir en jetant des grains rouges. Avant d'agir, on venait toujours les consulter. Longuement, les devins comptèrent, réfléchirent, cherchèrent la juste matière des hommes. Car dans ce monde, on ne crée rien au hasard : d'abord on écoute les anciens et l'on interroge les signes.

Les essais manqués

Les dieux firent alors plusieurs essais. Ils créèrent d'abord les animaux ; mais les bêtes ne savaient que crier, siffler et rugir, sans jamais prononcer le nom de leurs créateurs. On les laissa aux forêts. Les dieux façonnèrent ensuite un homme d'argile : trop mou, il se défit et fondit sous la pluie. Ils taillèrent enfin des gens de bois, qui marchaient et parlaient, mais avaient le cœur vide et oubliaient ceux qui les avaient faits. Une grande pluie les emporta. Rien de tout cela ne convenait encore.

La montagne de maïs

Enfin, les dieux trouvèrent la bonne matière : le maïs. Quatre animaux — le renard, le coyote, la perruche et le corbeau — leur montrèrent le chemin d'une montagne remplie d'épis blancs et jaunes. La vieille Xmucané broya longuement les grains sur sa pierre à moudre et en tira une pâte douce, mêlée d'eau pour donner la force et la chair. Cette plante nourrissait déjà tout le peuple ; elle allait maintenant servir à pétrir les hommes. Chez les Mayas, le maïs n'est pas un aliment comme les autres : c'est un don sacré.

Les quatre hommes de maïs

De cette pâte, les dieux pétrirent quatre hommes : Balam-Quitzé, Balam-Acab, Mahucutah et Iqui-Balam. Cette fois, la création réussit. Ils se tenaient debout, parlaient avec sagesse et, surtout, remerciaient leurs créateurs. Mais leur regard portait trop loin : ils voyaient d'un seul coup tout l'univers, comme des dieux. Alors Cœur du Ciel souffla une légère buée sur leurs yeux, comme on ternit un miroir, pour qu'ils restent des hommes. Pendant leur sommeil, quatre femmes leur furent données, et de ces couples naquirent toutes les familles mayas.

Le Livre du Conseil

Toute cette histoire, les Mayas quichés l'ont gardée dans un grand livre : le Popol Vuh, « le Livre du Conseil ». Longtemps, les anciens la récitèrent de mémoire, autour du feu. Puis des sages la couchèrent par écrit, pour qu'elle ne se perde pas, et c'est ainsi qu'elle nous est parvenue. On l'appelle parfois « la Bible des Mayas ». Le lire, c'est écouter une voix très ancienne, qui redit d'où viennent les hommes et pourquoi ils furent faits : pour saluer et nourrir ceux qui les avaient créés.

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Sources

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