Récit · Japon

La création du monde

Kojiki

Au commencement, le monde n'a pas un seul maître mais une immense famille de kami : de leur union patiente naissent les îles, puis le feu et la mort, et enfin le soleil — car même du deuil le plus sombre peut jaillir la lumière.

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Au commencement, les kami cachés

Tout au début, le ciel et la terre viennent à peine de se séparer. Dans la Haute Plaine céleste paraissent les tout premiers dieux, les Kotoamatsukami. Ils naissent seuls, sans parents, puis se cachent, sans forme ni visage. Après eux viennent d'autres kami, génération après génération, de plus en plus proches du monde. Ainsi, dans la tradition, le monde ne surgit pas d'un coup : il grandit peu à peu, comme une immense famille.

La lance céleste et la première île

Vint alors le couple d'Izanagi et Izanami, chargé de donner forme au monde encore liquide. Debout sur le pont flottant du ciel, ils plongèrent une lance ornée de joyaux dans la mer et la firent tourner. Quand ils la retirèrent, les gouttes tombées se figèrent et formèrent la première île. Le couple y descendit, s'unit, et donna naissance aux grandes îles du Japon, puis aux kami de la mer, des montagnes, des arbres et du vent.

Le feu et la mort d'Izanami

Le couple mit au monde d'innombrables kami. Mais en donnant naissance à Kagutsuchi, le kami du feu, Izanami fut si gravement brûlée qu'elle en mourut. Fou de douleur, Izanagi trancha de son sabre le corps de son propre fils. Et voilà que du sang et des morceaux de Kagutsuchi naquirent encore d'autres kami : ceux des montagnes, des rochers et des volcans. Ainsi, même de ce drame, la vie continuait de jaillir.

Izanagi au pays des morts

Izanagi ne pouvait se résoudre à perdre Izanami. Il descendit la chercher au Yomi, le sombre pays des morts. Elle lui demanda de ne pas la regarder ; mais il brisa sa promesse et la vit, déjà changée par la mort. Effrayé, il s'enfuit. Blessée d'avoir été vue ainsi, Izanami le poursuivit jusqu'au seuil des deux mondes. Là, ils échangèrent des paroles définitives et se séparèrent pour toujours, l'un chez les vivants, l'autre chez les morts.

Le soleil, la lune et la tempête

Revenu du pays des morts, Izanagi voulut se laver de toute cette ombre. Il plongea dans l'eau claire d'une rivière : c'est le grand bain de purification. Et voilà qu'en lavant son visage, trois enfants illustres naquirent. De son œil gauche jaillit Amaterasu, le soleil ; de son œil droit, Tsukuyomi, la lune ; de son nez, Susanoo, la tempête. Izanagi partagea entre eux le gouvernement du monde. La création était accomplie.

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