Récit · Islande
L’École noire
Contes populaires islandais recueillis par Jón Árnason, Íslenzkar þjóðsögur og ævintýri (1862-1864)
Les deux contes se répondent : la même science donne à l’un de quoi rire du diable, et à l’autre de quoi se perdre — ce qui les sépare n’est pas le savoir, mais ce qu’ils veulent en faire.
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L’école où l’on n’allume pas de lampe
Les contes islandais racontent qu’il existait, très loin au sud, une école souterraine : la Svartiskóli, l’École noire. On y apprenait tout ce qu’il ne faut pas savoir. Il n’y avait ni maître visible ni fenêtre : les leçons apparaissaient d’elles-mêmes sur les murs, et l’on lisait dans le noir. Le prix était connu de tous les élèves : chaque année, le dernier à sortir appartenait au diable. Sæmundur le Savant y étudia.
Il a pris le manteau
Le jour de la sortie, Sæmundur se place volontairement en queue. Il a jeté sur ses épaules un grand manteau qui ne tient à rien. Quand la main du diable se referme sur lui, elle n’attrape que le vêtement, et Sæmundur s’échappe en criant qu’on l’a manqué. Dans une autre version, c’est son ombre qu’il abandonne dans l’escalier : il aurait vécu, ensuite, sans jamais projeter d’ombre au soleil.
La traversée sur le phoque
Reste à rentrer en Islande, très loin par-dessus la mer. Sæmundur propose un marché au diable : qu’il le porte jusqu’à la côte sans le mouiller, et il aura son âme. Le diable se change en grand phoque et prend la mer. Pendant toute la traversée, Sæmundur lit tranquillement dans son livre de psaumes. À l’approche du rivage, il abat le livre sur la tête du phoque : la bête coule, et lui tombe à l’eau — donc mouillé, donc quitte.
Les signes des grimoires
La magie des contes islandais ne se fait pas avec des baguettes, mais avec des signes tracés. On les trouve dans de vieux carnets manuscrits, les grimoires : des figures compliquées, faites de branches et de croisillons, que l’on dessine sur la peau, sur du bois ou sur du plomb. Le plus connu s’appelle l’Ægishjálmur, le « heaume de terreur » : on le traçait pour se protéger, et pour effrayer ceux qui vous voulaient du mal.
Loftur veut le livre rouge
Deux siècles plus tard vit un autre écolier, Loftur, élève de l’école de Hólar. Lui aussi apprend les signes, mais il en veut toujours plus. Il finit par convoiter le Rauðskinna, la « Peau rouge », un grimoire que l’on disait enterré avec l’évêque qui l’avait écrit. Ce livre-là, prétendait-on, donnait pouvoir sur la mort elle-même. Pour l’obtenir, il n’y avait qu’un moyen : faire lever les évêques de leurs tombes.
La nuit dans la cathédrale
La nuit venue, Loftur commence ses prières à l’envers. Des évêques morts se lèvent l’un après l’autre. Le dernier tient le grimoire contre sa poitrine et se moque de lui : il ne le lui donnera pas. Il aurait fallu tenir encore. Mais l’église tremble tellement que le camarade, épouvanté, tire sur les cordes des cloches. Tout s’arrête net, les morts s’enfoncent avec le livre, et Loftur, lui, ne s’en relèvera pas.
Les fiches de ce récit
- Sæmundur le SavantLe prêtre qui trompa le diable
- L'ÆgishjálmurLe heaume de terreur, signe magique d'Islande
- Galdra-LofturLe sorcier qui voulut voler le grimoire du diable
Sources
- Jón Árnason, Íslenzkar þjóðsögur og ævintýri (1862-1864)
- Wikipédia — Sæmundr fróði
- Wikipédia — Loftur Þorsteinsson