Récit · Islande
La Saga de Njáll le Brûlé
Brennu-Njáls saga (Saga de Njáll le Brûlé), v. 1280
La plus grande des sagas montre une société qui a inventé le droit pour remplacer la vengeance, et des hommes de bien qui, faute de savoir pardonner, se laissent quand même conduire au feu.
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Des yeux de voleuse
Tout commence par une phrase. On présente à un homme sa petite nièce, Hallgerður, une enfant très belle avec des cheveux magnifiques. Il la regarde longtemps, puis dit qu’il ne sait pas d’où viennent, dans la famille, ces yeux de voleuse. La saga n’oubliera jamais ce jugement. Hallgerður grandit fière et rancunière. Elle se marie deux fois, et deux fois son père nourricier tue le mari qui a osé la frapper. Puis, à l’assemblée, elle rencontre Gunnar.
Le guerrier et l’homme de loi
Gunnar de Hlíðarendi est le meilleur guerrier du pays : il saute plus haut que sa taille, tire à l’arc mieux que personne, et manie une longue lance qui, dit-on, chante avant les combats. Son ami Njáll est tout le contraire : il ne se bat pas, il connaît la loi mieux que quiconque et devine souvent l’avenir. Les deux hommes s’aiment et se conseillent. Chacun, à sa manière, tient le pays debout — l’un par la force, l’autre par la parole.
La guerre des deux femmes
Un soir, chez Njáll, Hallgerður et Bergþóra, la femme de Njáll, se disputent une place à table. L’affront est petit ; la suite ne l’est pas. Chacune fait tuer un serviteur de l’autre, puis un homme de plus grande valeur, puis encore un autre. Les deux maris ne participent jamais : ils se retrouvent après chaque meurtre et paient la compensation, calmement, pour rester amis. Mais les morts s’accumulent, et le dernier tué est le père nourricier des fils de Njáll.
La gifle
Une année de disette, Gunnar demande à un voisin de lui vendre du foin et de la nourriture. L’homme refuse, ce qui n’est pas généreux. Hallgerður, elle, envoie un esclave voler chez ce voisin et brûler la réserve. Quand Gunnar apprend d’où vient le fromage qu’on lui sert, il gifle sa femme devant tout le monde. Elle ne pleure pas. Elle lui répond simplement qu’elle s’en souviendra le jour venu. Personne, ce soir-là, ne mesure ce qu’elle vient de promettre.
La colline dorée
À force de querelles, Gunnar est condamné par l’assemblée à quitter l’Islande pour trois ans. Il accepte, dit adieu, et part vers son navire. En chemin, son cheval bronche et le désarçonne. En se relevant, il regarde sa ferme et les prés dorés par la moisson, et dit qu’il ne les a jamais vus si beaux : il ne partira pas. Ce refus fait de lui un hors-la-loi. Ses ennemis viennent l’assiéger chez lui, et il se défend seul, à l’arc.
Deux mèches de cheveux
La corde de l’arc est coupée, et Gunnar ne peut plus tirer. Il se tourne vers Hallgerður et lui demande deux mèches de sa longue chevelure pour en tresser une nouvelle : cela suffirait à tenir la maison. Elle lui demande alors si quelque chose en dépend. Il répond que sa vie en dépend. Elle lui rappelle la gifle, et refuse. Gunnar dit seulement que chacun a sa manière de se faire un nom, et ne demande plus rien. Il se bat jusqu’au bout.
La course sur la glace
La haine, désormais, vise la maison de Njáll. Son fils aîné, Skarphéðinn, n’a rien de la patience de son père : il rit peu, parle mal, et porte une hache qu’il appelle l’ogresse du combat. Un jour d’hiver, avec ses frères, il poursuit un ennemi sur une rivière prise par la glace. Skarphéðinn s’élance, franchit d’un bond l’eau restée libre, et file sur la glace si vite que personne ne peut le suivre. En passant, il abat sa hache.
La paix manquée
Après un meurtre de trop, l’affaire vient devant la grande assemblée. Les meilleurs hommes du pays cherchent un accord et proposent une compensation trois fois plus élevée que la loi ne l’exige : la paix est à portée de main. Mais Skarphéðinn, qui a passé la journée à insulter tous ceux dont sa famille avait besoin, lance encore une raillerie de trop, cette fois contre Flosi. L’accord s’effondre à l’instant. Flosi quitte l’assemblée en promettant qu’il ira chercher son dû lui-même.
L’incendie de Bergþórshváll
Flosi vient avec une centaine d’hommes cerner la ferme de Njáll, défendue par une trentaine. Njáll conseille aux siens de se battre depuis l’intérieur : c’est une erreur, et il le sait. On met le feu. Les assaillants offrent la sortie aux femmes, aux enfants et au vieux Njáll ; il refuse de survivre à sa maison. Il s’étend avec sa femme sous une peau de bœuf. Skarphéðinn, lui, reste debout et meurt sans un cri. Un seul homme s’échappe : Kári.
Le pardon de Flosi
Kári n’a plus qu’une idée : poursuivre les incendiaires. Il en tue beaucoup, en Islande, aux Orcades, jusqu’au bout du monde connu. Les autres sont condamnés à l’exil par l’assemblée, et Flosi part en pèlerinage jusqu’à Rome pour se faire pardonner. Au retour, le bateau de Kári fait naufrage tout près de la ferme de Flosi. Kári y va sans armes et frappe à la porte. Flosi se lève, l’embrasse et l’assied à sa place. C’est ainsi que la saga s’achève : par une paix.
Les fiches de ce récit
- Hallgerður HöskuldsdóttirL’épouse fière de Gunnar, aux longs cheveux
- Gunnar de HlíðarendiLe grand guerrier de la Saga de Njáll
- Njáll ÞorgeirssonLe sage conseiller de la grande saga
- Skarphéðinn NjálssonLe fils aîné de Njáll, à la hache
- ÞingvellirLa plaine du grand conseil d'Islande