Récit · Islande

La Saga d’Egill

Egils saga Skallagrímssonar (Saga d’Egill), v. 1240

La saga d’Egill dit qu’un même homme peut porter la violence et la beauté : ce qui le sauve, à la fin, ce ne sont ni ses armes ni son or, mais les vers qu’il compose.

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Ceux qui partirent de Norvège

Avant Egill, il y a sa famille. Son grand-père, Kveld-Úlfur, « le loup du soir », était un homme que l’on disait changé les nuits de colère. Son père, Skalla-Grímur, servit le roi de Norvège jusqu’au jour où le roi fit tuer son frère. Plutôt que de s’incliner, la famille quitta le pays pour l’Islande, encore presque vide. C’est ainsi que naissent beaucoup de familles islandaises : d’un refus de plier devant un roi.

L’enfant qui faisait des vers

Egill compose son premier poème à trois ans. Il est noir, laid et large comme son père, et parle déjà mieux que les adultes. À sept ans, il joue avec d’autres garçons ; l’un d’eux, plus âgé, l’humilie. Egill va chercher une hache et le tue. Sa mère ne le gronde pas : elle déclare qu’il fera un bon Viking et qu’on lui donnera un navire. La saga pose ainsi ses deux fils dès l’enfance — la violence et les mots.

La reine et le poteau d’infamie

Devenu grand, Egill part en Norvège. Un intendant du roi Éric à la Hache sanglante refuse de le loger, puis le trompe ; Egill le tue. La reine Gunnhild, dont le mort était un parent, lui voue une haine sans fin. Poursuivi, Egill quitte le pays. Avant de partir, il plante sur un rocher une perche surmontée d’une tête de cheval, tournée vers la Norvège, et prononce contre le roi et la reine une malédiction en vers.

Brunanburh

Les deux frères passent au service du roi d’Angleterre, Æthelstan, qui les engage avec leurs hommes. Une grande bataille se prépare contre une coalition venue du nord. Egill et Þórólfur y commandent chacun une aile. La victoire est anglaise, mais Þórólfur tombe au milieu de la mêlée. Egill enterre son frère avec ses armes, revient au festin du roi, et reste assis sans manger, sourcils froncés, jusqu’à ce que le roi lui offre un anneau d’or.

La rançon de la tête

Des années plus tard, une tempête jette Egill sur une côte d’Angleterre — précisément là où règne désormais son vieil ennemi, le roi Éric. Il n’a aucune chance. Il se rend à lui de lui-même. On le condamne à mourir au matin. Pendant la nuit, Egill compose un long poème à la louange du roi qui veut sa mort. Au lever du jour, il le récite d’un trait. Le roi l’écoute, et lui laisse la vie : le poème est trop beau pour être payé d’autre chose.

La perte des fils

Rentré en Islande, Egill vieillit sur sa ferme. Puis son fils Böðvar se noie dans un naufrage. Egill retire le corps, l’enterre, rentre chez lui, s’enferme dans son lit clos et décide de se laisser mourir de faim. Sa fille se fait enfermer avec lui, feint de vouloir mourir aussi, puis lui demande de composer d’abord un poème pour son frère. Il commence, et le poème le retient à la vie : c’est le Sonatorrek, la Perte des fils.

Le vieil homme et l’argent

Egill devient très vieux et perd la vue. Il trébuche près du feu, et les servantes se moquent de lui. Alors il imagine une dernière farce : emporter à l’assemblée les deux coffres d’argent que le roi d’Angleterre lui avait donnés et les jeter à la foule, pour voir les gens se battre pour les pièces. On l’en empêche. Une nuit, il sort quand même avec ses coffres, revient sans eux, et n’a jamais dit où il les avait cachés.

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Sources

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