Récit · Égypte
Le Livre de la Vache céleste
Le Livre de la Vache céleste (tombes de Toutânkhamon, Séthi Ier, Ramsès II et Ramsès III)
Un vieux roi trahi lâche sa colère puis la regrette, sauve les hommes par une ruse et s'en va vivre au ciel : ainsi l'Égypte explique pourquoi les dieux sont si loin — mais aussi ce qu'ils ont laissé derrière eux, la lune, l'écriture et la loi.
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Quand les dieux vivaient sur la terre
Il y eut un temps, disent les Égyptiens, où les dieux ne se tenaient pas au ciel. Ils vivaient ici, sur la terre, au milieu des hommes, et Rê, le soleil, régnait sur les uns comme sur les autres. C'était l'âge heureux du monde. Ce temps-là a pris fin, et l'on sait pourquoi : un très vieux récit, gravé dans les tombes des rois, raconte comment tout a basculé.
Le dieu aux os d'argent
Mais Rê vieillit. Les Égyptiens le disent à leur manière : ses os devinrent d'argent, sa chair devint d'or, ses cheveux prirent la couleur bleue du lapis-lazuli. Il était magnifique, et il était vieux. Les hommes le virent bien. Ils se dirent entre eux que le vieux roi n'avait plus la force de régner, et ils se mirent à comploter contre lui, dans le désert, loin des oreilles des dieux.
Le conseil secret
Rê ne se mit pas en colère tout de suite. Il convoqua les dieux les plus anciens, et surtout Noun, l'océan d'avant le monde, dont il était sorti. Il les fit venir en secret, pour que les hommes ne s'aperçoivent de rien. Devant eux, le vieux roi exposa ce qu'il avait entendu et demanda conseil. Noun répondit sans hésiter : « Que ton Œil soit envoyé contre ceux qui complotent contre toi. »
L'Œil descend
Alors Rê détacha son Œil et l'envoya sur la terre. L'Œil du soleil n'est pas un regard : c'est une déesse, et elle prit les traits d'Hathor, celle que l'on connaît pourtant comme la dame de la joie, de la musique et de la danse. Elle descendit vers le désert où les hommes s'étaient cachés. Elle les trouva. Et la déesse de la douceur devint, ce jour-là, tout autre chose.
La lionne qui ne veut plus s'arrêter
La déesse prit goût au carnage. Elle devint Sekhmet, la Puissante, une lionne que rien n'apaisait, et elle avança à travers tout le pays. Rê, du haut de son trône, la rappela : elle n'entendait plus. Le vieux roi voulait punir quelques coupables ; il voyait maintenant l'humanité entière sur le point de disparaître. Et cela, il ne le voulait pas. Il fallait arrêter la déesse, et il était trop tard pour lui donner un ordre.
Sept mille cruches
Rê fit venir des messagers rapides. « Courez jusqu'à Éléphantine, dit-il, et rapportez-moi de l'ocre rouge. » Toute la nuit, on broya l'ocre et on brassa la bière : sept mille cruches d'un liquide qui ressemblait à du sang. On le répandit sur la plaine, à l'endroit même où la déesse devait frapper au matin. Elle arriva, vit le champ inondé, se pencha, but — et s'en alla, ivre et calme, sans reconnaître les hommes.
Rê s'en va
Les hommes étaient sauvés, mais quelque chose était cassé. Rê ne voulut plus vivre parmi eux. « Mon cœur est las, dit-il, très las de demeurer avec les hommes. » Noun, alors, appela Nout, la déesse du ciel. Elle se changea en une immense vache, et le vieux dieu monta sur son dos. La vache se dressa, s'éleva, et le soleil s'éloigna de la terre pour n'y plus jamais redescendre.
Chou porte le ciel
Mais la vache trembla : elle était si haut, et le dieu était si lourd. Rê appela : « Puissé-je avoir des millions pour la soutenir ! » Aussitôt, huit puissances vinrent tenir ses pattes, et Chou, le dieu de l'air, se plaça sous son ventre et la porta de ses bras levés. Puis Rê regarda autour de lui et fit apparaître des campagnes paisibles, semées d'herbes et d'étoiles : le Champ des roseaux.
Thot, la lune et le vizir
Il restait à gouverner la terre de loin. Rê appela Thot et lui dit : « Tu seras mon remplaçant. » Il lui donna l'ibis et le babouin pour images, et surtout la lune, afin qu'une lumière veille pendant que le soleil est ailleurs. Puis il se tourna vers Geb, la terre : « Prends garde à tes serpents. » Depuis ce jour, l'écriture, le calcul et les formules protègent les hommes que le dieu a quittés.
Les fiches de ce récit
- Le Livre de la Vache célesteRê punit puis épargne l'humanité
- RêDieu du soleil, roi des dieux
- Le NounOcéan primordial sans limites
- L'Œil de RêLa part brûlante du soleil, fille et arme du dieu
- HathorDéesse de l'amour et de la joie
- SekhmetDéesse-lionne de la guerre et de la guérison
- La destruction de l'humanitéLa colère de Rê
- NoutDéesse du ciel étoilé
- ChouDieu de l'air, sépare ciel et terre
- Le Champ des roseauxLe paradis des justes
- ThotDieu de la sagesse et de l'écriture
- GebDieu de la terre, allongé sous le ciel
Sources
- Le Livre de la vache du ciel
- Le Livre de la Vache du Ciel, traduction commentée (Passion Hiéroglyphes)
- Le mythe de la vache céleste (Encyclopédie de l'Agora)
Mythologie égyptienne — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.