Récit · Monde aztèque

Mayahuel et le maguey

Histoyre du Mechique

L'Histoyre du Mechique raconte comment la générosité peut naître d'une perte : la déesse que le vent ramène du ciel est rendue à la terre, et de son corps enfoui pousse la plante qui vêt, désaltère et réjouit tout un peuple.

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Le dieu qui est un souffle

Il y a un dieu qu'on ne voit jamais, et qui pourtant passe partout : Ehécatl, le vent. C'est l'un des visages de Quetzalcóatl, le Serpent à plumes. On le reconnaît à son masque rouge en forme de bec, par lequel il souffle l'air aux quatre coins du monde. Avant la pluie, c'est lui qui balaie la route du ciel pour que l'averse puisse tomber. On lui bâtit des temples tout ronds, sans le moindre angle, pour que le vent tourne librement autour.

La montée au ciel

Car tout en haut vivait une déesse : Mayahuel. Elle ne descendait jamais, car elle était gardée. Ehécatl décida d'aller la chercher. Il monta jusqu'à ce ciel lointain, où elle demeurait sous la surveillance de puissances redoutables. Il la trouva, lui parla, et la convainquit de le suivre sur la terre. Alors le dieu du vent la prit avec lui, et tous deux redescendirent ensemble vers le monde des hommes. Personne, encore, ne les avait vus partir.

Les puissances de la nuit

Mais on s'aperçut de sa disparition. Celles qui la gardaient se lancèrent à sa poursuite : les esprits-étoiles que l'on nomme Tzitzimime. Ce sont les filles de Citlalicue, la déesse de la Voie lactée. On les imagine parées d'ossements, car elles appartiennent au ciel de la nuit, cette moitié du monde où le soleil disparaît. Descendues du ciel, elles cherchèrent partout la fugitive. Et sur la terre, en bas, le vent et la déesse comprirent qu'on venait vers eux.

L'arbre à deux branches

Pour se cacher, tous deux prirent une autre forme. Ils devinrent un arbre — un seul arbre, mais séparé en deux branches, l'une pour le dieu du vent, l'autre pour la déesse. Ainsi, de loin, on ne voyait qu'un végétal parmi les autres sur la colline sèche. Les esprits-étoiles descendirent et cherchèrent longtemps. Le vent ne soufflait plus, retenant son souffle dans le bois. Un long moment, l'arbre à deux branches resta immobile, et l'on aurait pu croire qu'ils étaient sauvés.

Rendue à la terre

Elles finirent pourtant par les découvrir. Le récit garde ici sa pudeur et raconte peu de chose : la branche de la déesse fut brisée, et Mayahuel fut rendue à la terre. Les esprits-étoiles remontèrent au ciel. Ehécatl reprit alors sa forme, seul sur la colline. Avec beaucoup de soin, il rassembla ce qui restait d'elle et l'enfouit dans le sol sec. Puis il resta là, dans le vent qu'il était lui-même. Il ne savait pas encore ce qui allait pousser.

Le premier maguey

Et de la terre sortit une plante que personne n'avait jamais vue : le premier maguey, l'agave. De longues feuilles épaisses, en rosette, terminées par une pointe dure. Elle poussait là où rien ne pousse, sur les hauteurs sèches, et elle donnait tout. De ses fibres on tire du fil, du tissu, des cordes ; de ses épines, des aiguilles ; de son cœur entaillé coule une sève douce, l'aguamiel, « l'eau de miel ». La déesse n'avait pas disparu : elle était devenue la plante elle-même.

Le secret de Patécatl et les quatre cents lapins

Restait à découvrir un dernier secret, et ce fut l'œuvre de Patécatl, le dieu des plantes qui soignent. Il trouva des racines particulières qui, mêlées à l'aguamiel, la font lever comme un levain fait gonfler la pâte. Ainsi naquit l'octli, la boisson blanche des grandes fêtes, dont l'usage était strictement réglé. Patécatl devint l'époux de Mayahuel, et de ce couple naquirent les Centzon Totochtin, les « quatre cents lapins » : la foule innombrable des esprits joyeux de la fête.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie aztèque — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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