Récit · Monde aztèque

Le cycle de Quetzalcóatl à Tula

Annales de Cuauhtitlan

La plus belle des cités, née du savoir et de la douceur d'un prêtre-roi, ne dure pourtant pas : trompé par la ruse, Quetzalcóatl s'en va vers l'est en promettant de revenir, et Tula finit par s'effondrer — car même les mondes parfaits ont une fin.

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Tula, la cité parfaite

Il y avait autrefois, sur les hauts plateaux du Mexique, une cité admirée de tous : Tula, que l'on appelait aussi Tollan. C'était la capitale des Toltèques, ces artisans si habiles que leur nom finit par vouloir dire « artiste ». On la disait parfaite : ses maisons brillaient, ses champs donnaient des épis énormes, et le coton y poussait déjà teint de couleurs. Sur sa colline se dressaient d'immenses guerriers de pierre. C'était la cité idéale, protégée par Quetzalcóatl.

Le prêtre-roi qui n'offrait que des fleurs

Sur Tula régnait un roi très sage, Ce Ácatl Topiltzin. Il était prêtre, et si proche des dieux qu'il portait le nom même de Quetzalcóatl, le Serpent à plumes. Il enseignait les arts, l'écriture et la beauté. Devant ses temples, il refusait de faire couler le sang : il n'offrait aux dieux que des fleurs, des papillons et de l'encens précieux. Sous son règne, la cité brillait comme jamais. Mais sa douceur même allait attirer sur lui la ruse d'un rival.

Les ruses de Tezcatlipoca

Tezcatlipoca, le Miroir Fumant, était le grand rival de Quetzalcóatl depuis l'origine du monde. Dieu de la nuit et des choses cachées, il aimait éprouver les êtres. Pour perdre le prêtre-roi, il usa d'un miroir : il lui montra son propre visage vieilli, et le roi eut honte de se voir ainsi. Puis il lui fit boire du pulque, une boisson qui troubla son esprit. Ce jour-là, Quetzalcóatl, jusque-là si sage, commit une faute qui l'emplit de honte.

Le départ vers le pays du noir et du rouge

Rempli de honte, Quetzalcóatl ne put rester à Tula. Il abandonna sa cité et marcha longtemps vers l'est, jusqu'au bord de la mer, dans un pays lointain qu'on appelle Tlillan-Tlapallan, « le pays du noir et du rouge ». Là, certains disent qu'il entra dans un grand feu et que son cœur monta au ciel pour devenir Vénus, l'étoile du matin. D'autres racontent qu'il s'éloigna sur un radeau de serpents, en promettant de revenir un jour.

La chute de Tula sous Huémac

Après le départ de Quetzalcóatl, un dernier roi gouverna Tula : Huémac. Mais la cité idéale ne brillait plus comme avant. Des fautes et de sombres présages annoncèrent sa fin. Peu à peu, Tula s'affaiblit, se querella et se vida. Quand la ville tomba, Huémac s'éloigna avec une petite troupe de fidèles, de moins en moins nombreux au fil des jours. Il marcha jusqu'à une grotte de la colline de Chapultepec, près du lac où, bien plus tard, naîtrait Mexico. Là s'acheva son histoire.

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