Récit · Monde arthurien
Lancelot ou le Chevalier de la charrette
Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier de la charrette (v. 1177)
Le roman fait de l'amour une religion et du chevalier son serviteur : Lancelot accepte la honte, la douleur et le ridicule pour la reine, et la seule faute qu'on lui reproche est d'avoir hésité deux pas.
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Le défi de l'Ascension
Le roi Arthur tenait sa cour à Camelot, le jour de l'Ascension, quand un chevalier inconnu entra sans saluer. Il s'appelait Méléagant, fils du roi de Gorre. Il annonça qu'il retenait dans son pays beaucoup de gens du royaume et qu'il les rendrait à une condition : qu'un chevalier conduise la reine dans la forêt et l'y défende contre lui. S'il gagnait, il rendrait tout le monde. S'il perdait, il emmènerait la reine.
Le don que Keu arrache
Alors le sénéchal Keu annonça qu'il quittait la cour pour toujours. Le roi, désolé, le supplia de rester et lui promit de lui accorder tout ce qu'il demanderait. Keu demanda aussitôt à conduire la reine dans la forêt. Le roi avait juré : il ne pouvait plus reprendre sa parole. Guenièvre partit donc avec Keu, en pleurant. Dans le bois, Keu fut désarçonné et blessé, et Méléagant emporta la reine. La cour venait de perdre la reine par une promesse mal donnée.
La charrette
Gauvain partit sur les traces de la reine. Il rencontra un chevalier qui avait déjà crevé deux chevaux à force de courir. Cet homme croisa un nain conduisant une charrette, celle où l'on promenait les condamnés, et le nain lui dit : monte, et tu sauras où est la reine. Monter là-dedans, c'était perdre son honneur pour toujours. Le chevalier hésita deux pas — puis il monta. On le montra du doigt dans tous les villages. Il ne dit pas son nom.
Le lit de flammes et le peigne
En chemin, les épreuves se succédèrent. Dans un château, une dame lui offrit l'hospitalité à condition qu'il dorme dans un lit interdit : à minuit, une lance enflammée tomba du toit et frôla son flanc ; il l'écarta et se rendormit. Plus loin, près d'une fontaine, il trouva un peigne d'ivoire où restaient quelques cheveux d'or. Quand il apprit qu'ils étaient à la reine, il faillit tomber de cheval. Il garda ces cheveux contre lui comme une relique.
Le Pont de l'Épée
Deux passages seulement menaient au royaume de Gorre. Gauvain choisit le Pont sous l'Eau. L'autre chevalier prit le Pont de l'Épée : une lame immense, tranchante, tendue au-dessus d'une eau noire et rapide. On le supplia de renoncer. Il retira les fers de ses mains et de ses pieds pour mieux tenir, et traversa en s'agrippant à la lame. Il arriva de l'autre côté les mains et les genoux en sang, mais il était passé. Le vieux roi de Gorre l'accueillit avec respect.
La nuit et le sang
Le duel eut lieu, et Lancelot allait vaincre quand la reine, priée par le vieux roi, ordonna d'arrêter : il obéit à l'instant. Mais lorsqu'il vint devant elle, Guenièvre détourna la tête et ne lui dit pas un mot. Il apprit plus tard pourquoi : elle avait su qu'il avait hésité deux pas avant de monter dans la charrette. La nuit suivante, ils se parlèrent enfin à travers une fenêtre. Lancelot en tordit les barreaux de fer, et ses doigts en saignèrent.
L'accusation
Au matin, Méléagant entra dans la chambre et vit du sang sur les draps de la reine. Or Keu, blessé, dormait dans la même pièce, et ses plaies avaient saigné. Méléagant l'accusa donc devant tous d'avoir trahi son roi. Keu jura qu'il était innocent, et il disait vrai. Lancelot se présenta pour défendre la reine par les armes, jura à son tour, et le combat reprit. Une fois encore, le vieux roi de Gorre obtint qu'on l'arrête avant la mort de son fils.
Au pis
En chemin, Lancelot tomba dans un piège tendu par les hommes de Méléagant et fut enfermé. On annonça partout qu'il était mort. Pendant sa captivité, un grand tournoi fut organisé, et la femme de son gardien lui permit d'y aller en secret. Il combattit sans montrer son visage. La reine, qui le soupçonnait, lui fit dire un seul mot : « au pis ». Aussitôt le meilleur chevalier du monde se mit à fuir et à tomber, sous les rires. Puis elle dit : « au mieux ».
La tour sans porte
Lancelot retourna dans sa prison, comme il l'avait promis. Méléagant le fit alors emmurer dans une tour bâtie au bord de la mer, sans porte ni escalier : on lui passait sa nourriture par une fenêtre. Pendant ce temps, à la cour d'Arthur, Gauvain se préparait à combattre à sa place. La sœur de Méléagant, à qui Lancelot avait rendu service, chercha partout, entendit une plainte au pied de la tour et le délivra. Il arriva à temps pour le duel, et Méléagant y trouva la mort.
Les fiches de ce récit
- CamelotLa cité et la cour du roi Arthur
- ArthurLe roi légendaire des Bretons
- MéléagantLe ravisseur de la reine Guenièvre
- KeuLe sénéchal, frère de lait d'Arthur
- GuenièvreLa reine, épouse d'Arthur
- LancelotLe meilleur chevalier de la Table ronde
- GauvainLe neveu d'Arthur, chevalier courtois
Sources
- Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier de la charrette (v. 1177), achevé par Godefroi de Leigni
- Méléagant (légende arthurienne)
Légendes arthuriennes — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.