Récit · Monde arthurien

Yvain ou le Chevalier au lion

Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au lion (v. 1177-1181)

Yvain dit qu’on peut tout perdre en oubliant une promesse, et que l’honneur ne se regagne pas par des tournois mais en secourant, sans se nommer, ceux qui n’ont personne.

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L’aventure que l’on raconte à table

À la cour du roi Arthur, un jour de fête, un chevalier nommé Calogrenant raconte une mésaventure vieille de sept ans. Dans la forêt de Brocéliande, il a trouvé une fontaine sous un grand pin. Il a versé de son eau sur la pierre voisine, comme on le lui avait dit. Aussitôt, un orage terrible a tout brisé autour de lui, puis un chevalier est venu et l’a jeté à terre. Keu se moque, mais Yvain, cousin de Calogrenant, décide d’y aller.

La fontaine et l’anneau

Yvain trouve la fontaine, verse l’eau, déchaîne l’orage. Le maître du lieu accourt : ils se battent si fort que les écus volent en éclats. Yvain le blesse à mort et le poursuit jusque dans son château. Là, une herse tombe et coupe son cheval en deux : le voilà enfermé. Une demoiselle, Lunete, le reconnaît : autrefois, il fut le seul à la saluer à la cour d’Arthur. Elle lui donne un anneau qui rend invisible, et le cache.

Épouser la dame de la fontaine

Lunete se met en tête de marier sa dame à celui qui vient de la rendre veuve. Elle lui explique la chose froidement : la fontaine ne se garde pas toute seule, le roi Arthur arrive dans quelques jours, et il faut un défenseur. Laudine résiste, puis se rend à la raison — et ne déteste pas le vainqueur. Yvain l’épouse. Quand la cour d’Arthur survient et verse l’eau à son tour, c’est lui, désormais, qui accourt en armes défendre la fontaine.

Le délai oublié

Gauvain plaide auprès de son ami : un chevalier marié ne doit pas se laisser oublier ; il faut courir les tournois. Laudine accepte de le laisser partir, mais fixe un terme : un an, jour pour jour, et pas une heure de plus. Yvain jure. Puis les tournois s’enchaînent, les mois filent, et il ne compte plus. Le jour où il se souvient enfin, une demoiselle arrive devant toute la cour, lui reprend son anneau et lui annonce que sa dame ne veut plus jamais le voir.

La folie dans la forêt

Yvain ne dit rien, se lève et s’en va. Loin de la cour, la douleur le prend tout entier : il arrache ses vêtements et s’enfonce dans la forêt, nu, sans plus se souvenir de qui il est. Il vit comme une bête, chassant à l’arc et mangeant la viande crue ; un ermite lui laisse du pain sur le seuil. Un jour, trois dames le trouvent endormi. L’une reconnaît sur son visage la cicatrice d’un chevalier célèbre, et le guérit avec un onguent précieux.

Le lion et le serpent

Yvain traverse une clairière et voit un combat étrange : un serpent crachant du feu tient un lion par la queue. Il hésite — lequel secourir ? — puis choisit le lion, qui est noble, et brûle le serpent. Il craint alors que la bête ne se jette sur lui. Au lieu de quoi le lion s’avance, plie les pattes de devant et baisse la tête, comme s’il demandait pardon. Depuis ce jour, il ne le quitte plus : il chasse pour lui et se bat à ses côtés.

Les combats du Chevalier au lion

Commence alors une suite de secours donnés à ceux qui n’ont personne. Yvain arrive à temps pour sauver Lunete, accusée de trahison et promise au bûcher. Il délivre une famille du géant Harpin de la Montagne. Il défend l’héritage d’une jeune fille dépouillée par sa sœur aînée. Au château de Pesme Aventure, il libère trois cents ouvrières qui tissent la soie sans jamais être payées ni nourries. Partout, le lion combat avec lui, et partout il repart sans dire son nom.

Le duel des deux amis

Les deux sœurs qui se disputent l’héritage ont chacune trouvé un champion : l’aînée a demandé Gauvain, la cadette a trouvé le Chevalier au lion. Aucun des deux ne sait qui il affronte, car ils combattent le heaume fermé. Ils se battent tout un jour, jusqu’au soir, sans que l’un l’emporte. Puis, en reprenant souffle, ils se nomment — et se reconnaissent avec horreur. Chacun se déclare vaincu pour épargner l’autre. Le roi Arthur tranche la querelle et rend son bien à la cadette.

Le retour à la fontaine

Yvain n’a pas retrouvé sa dame. Alors il retourne à la fontaine et verse l’eau sur la pierre, encore et encore, déchaînant des orages qui ravagent la terre de Laudine. Il n’y a qu’un moyen d’arrêter cela : trouver un défenseur, c’est-à-dire lui. Lunete, une dernière fois, fait promettre à sa dame d’aider le Chevalier au lion à regagner l’amour qu’il a perdu. Laudine jure, puis découvre qui est ce chevalier. Elle a donné sa parole : elle pardonne.

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Sources

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