Récit · Rome

L'Énéide

Virgile, Énéide

L'Énéide raconte comment un homme fidèle aux dieux, à son père et à son fils traverse la chute de son monde et renonce à tout ce qu'il aime pour obéir au destin qui, de ses deuils mêmes, fera naître Rome.

10 chapitres13 fiches liées

Écouter ce récit dans l'application

La nuit où Troie tomba

Pendant dix ans, les Grecs assiégèrent la grande cité de Troie sans parvenir à la prendre. Une nuit, ils imaginèrent une ruse : un immense cheval de bois où se cachaient des guerriers. Les Troyens, trompés, le firent entrer dans leurs murs. À la nuit tombée, les soldats sortirent et la ville s'embrasa. Au milieu du désastre, un prince troyen, Énée, fils de la déesse Vénus, reçut en songe l'ordre de fuir et de sauver les dieux de sa cité.

Le père sur les épaules, l'enfant par la main

Énée n'attendit pas. Son vieux père Anchise ne pouvait plus marcher seul : Énée le chargea sur ses épaules, serrant contre lui les dieux du foyer. De sa main, il guida son petit garçon, Ascagne. Ensemble, ils traversèrent la ville en flammes pour gagner les portes. Le fils portait le père, le père tenait les dieux, l'enfant suivait : ainsi la famille échappa au feu. C'est cette image qui, pour les Romains, résume Énée : le devoir avant tout.

L'ombre de Créüse

Dans la panique et la fumée, l'épouse d'Énée, Créüse, marchait derrière le groupe. Elle se perdit et disparut. Fou d'inquiétude, Énée confia son père et son fils, puis revint seul dans les flammes pour la chercher. Il ne retrouva qu'une ombre : le fantôme de Créüse se dressa devant lui. Doucement, sans un reproche, elle lui dit de ne pas pleurer, car les dieux la retenaient là. Un long voyage et un royaume l'attendaient au loin. Puis elle s'effaça.

Sur la mer, vers la terre promise

Avec les rescapés de Troie, Énée construisit une flotte et prit la mer. Il cherchait la patrie que les dieux lui avaient promise. Le voyage dura des années : tempêtes, présages, monstres marins. On aborda tantôt une côte, tantôt une île, et partout des signes précisaient peu à peu le but : l'Italie. Mais le chagrin frappa encore. En Sicile, le vieil Anchise mourut, sans avoir vu la terre promise. Poussé par les dieux, Énée reprit pourtant la mer.

Didon, reine de Carthage

Une tempête jeta Énée sur la côte d'Afrique, à Carthage, la ville neuve et magnifique de la reine Didon. Elle l'accueillit avec générosité, l'écouta raconter la chute de Troie, et s'éprit de lui. Un temps, les deux semblèrent unis. Mais les dieux envoyèrent Mercure rappeler à Énée son devoir : il devait gagner l'Italie. Le cœur lourd, il repartit. Didon, le cœur brisé, ne survécut pas à ce départ. Sa douleur, dit Virgile, annonçait déjà la haine future entre Rome et Carthage.

La Sibylle de Cumes

En Italie, près de Naples, Énée voulut descendre au royaume des morts pour revoir son père. Il alla trouver la Sibylle de Cumes, une prophétesse inspirée par le dieu Apollon, qui vivait dans une grotte aux cent ouvertures. Elle accepta de le guider. Mais, lui dit-elle, il fallait d'abord cueillir un rameau d'or, un laissez-passer pour l'au-delà. Le rameau se détacha de lui-même : signe que le destin l'autorisait. Alors, ensemble, ils s'avancèrent vers l'entrée des Enfers.

La descente aux Enfers

Énée s'enfonça sous la terre, derrière la Sibylle. Il franchit des fleuves sombres, croisa les âmes des défunts, et aperçut de loin la reine Didon, qui se détourna de lui en silence. Il traversa les régions où chaque âme trouve sa place. Enfin, dans les Champs Élysées, le séjour lumineux des justes, il retrouva son père Anchise. Celui-ci lui montra les âmes des grands Romains encore à naître, qui sortiraient de sa descendance. Énée remonta vers la lumière, plein de courage.

L'arrivée au Latium

Les navires remontèrent enfin l'embouchure du Tibre, au Latium, la terre promise. Là régnait un vieux roi paisible, Latinus. Un oracle lui avait annoncé que sa fille n'épouserait pas un homme du pays, mais un étranger venu de loin, dont la descendance s'élèverait jusqu'aux étoiles. Reconnaissant en Énée cet homme du destin, Latinus l'accueillit en ami et lui offrit la main de sa fille. Mais ce choix allait déchaîner une guerre, car la princesse avait déjà été promise à un autre.

Lavinia, la promise

La fille de Latinus s'appelait Lavinia. Discrète, elle ne disait presque rien, mais tout le destin tournait autour d'elle. L'oracle voulait qu'elle épousât l'étranger, Énée. Or elle avait d'abord été promise à Turnus, un jeune roi voisin. La reine Amata, sa mère, préférait elle aussi Turnus. Prise dans des forces qui la dépassaient, Lavinia resta au cœur de la tempête sans jamais élever la voix. Après la guerre, elle épouserait Énée, et de leur union naîtrait le peuple à la racine de Rome.

La guerre et le duel de Turnus

Furieux de se voir dépossédé de Lavinia, Turnus, jeune roi des Rutules, rassembla les peuples latins et déclencha la guerre contre les Troyens. C'était un guerrier redoutable, qui mena de rudes assauts et abattit de nombreux ennemis. Mais le destin voulu par les dieux se refermait peu à peu sur lui. Au terme d'un duel décisif contre Énée, il fut vaincu et tomba. Sa mort scella la victoire des Troyens et l'union des peuples d'Italie. Énée put enfin épouser Lavinia : la route de Rome était ouverte.

Les fiches de ce récit

Sources

← Mythologie romaine