Récit · Monde nordique

L'enlèvement d'Idunn

Snorri Sturluson, Edda en prose, Skáldskaparmál 1-2

L'enlèvement d'Idunn dit que les dieux du Nord ne sont pas éternels par nature : leur jeunesse tient à un fruit qu'on leur apporte, et une seule promesse arrachée sous la contrainte suffit à faire vieillir le monde.

9 chapitres9 fiches liées

Écouter ce récit dans l'application

Le bœuf qui ne cuisait pas

Odin, Loki et Hœnir voyageaient ensemble à travers les montagnes. La faim les prit et ils n'avaient rien à manger. Enfin, en descendant dans une vallée, ils trouvèrent un troupeau de bœufs, en prirent un et le mirent à cuire dans un four de terre. Mais quand ils ouvrirent le four, la viande était crue. Ils refermèrent, attendirent, rouvrirent : elle était toujours aussi crue.

L'aigle dans le chêne

Une voix leur parla d'en haut. Dans les branches d'un grand chêne se tenait un aigle énorme : c'était lui qui empêchait la viande de cuire. Il proposa un marché : qu'on lui laisse sa part, et le bœuf cuirait. Les dieux, affamés, acceptèrent. Le four ouvert, l'aigle fondit sur la viande et emporta les meilleurs morceaux. Sous ce plumage se cachait Þjazi, un géant des montagnes qui savait prendre la forme d'un oiseau.

Le serment arraché

Loki, furieux, saisit une longue perche et frappa l'aigle. Mais la perche resta fichée dans l'oiseau, et les mains de Loki restèrent prises à l'autre bout. L'aigle s'envola en le traînant si bas que les pierres et les branches lui déchiraient les jambes. Il cria grâce. Þjazi accepta de le lâcher, mais à un prix : Loki devrait faire sortir d'Asgard la déesse Idunn et ses pommes. Il le jura.

Les pommes d'or

Idunn gardait dans un coffre des pommes d'or : celui qui en mange retrouve sa jeunesse, et c'est grâce à elles que les dieux ne vieillissaient pas. Au jour convenu, Loki alla la trouver et lui parla d'une merveille : il avait découvert, dans une forêt hors d'Asgard, des pommes plus belles encore que les siennes. Elle n'avait qu'à venir voir, en apportant les siennes pour comparer. Idunn le suivit, confiante, hors des murs.

Les dieux qui grisonnaient

À peine étaient-ils hors des murs que l'aigle parut au-dessus des arbres. Þjazi enleva Idunn et son coffre et les emporta jusqu'à sa demeure des montagnes. À Asgard, très vite, quelque chose changea. Les cheveux des dieux blanchirent, leurs dos se voûtèrent, leurs forces les quittèrent. Sans les pommes, les Ases vieillissaient comme des hommes. Ils tinrent alors une assemblée et cherchèrent qui avait vu Idunn en dernier.

Le manteau de faucon

On finit par savoir que Loki l'avait emmenée hors des murs. Les dieux le saisirent et lui promirent la mort s'il ne la ramenait pas. Loki demanda alors à Freyja son manteau de plumes de faucon. Vêtu de plumes, il vola jusqu'au pays des géants. Þjazi était parti pêcher au large et Idunn se trouvait seule. Loki la changea en noix, la serra dans ses serres et repartit aussitôt vers Asgard.

Le feu au pied des murs

Rentré chez lui, Þjazi trouva la maison vide. Il reprit son plumage d'aigle et s'élança, et le battement de ses ailes faisait un vent de tempête. Du haut des remparts, les dieux virent venir le petit faucon, l'aigle juste derrière. Ils avaient entassé des copeaux de bois au pied de la muraille. Dès que le faucon fut passé, ils y mirent le feu. L'aigle ne put s'arrêter : ses plumes brûlèrent, et il tomba.

Skadi descend des montagnes

Þjazi avait une fille, Skadi. Quand elle apprit sa mort, elle prit son casque, sa cotte de mailles et ses armes, et descendit seule jusqu'à Asgard pour réclamer justice. Les dieux, plutôt que de la chasser, lui proposèrent une réparation. Elle aurait un époux choisi parmi eux, mais elle ne verrait que leurs pieds. On devrait aussi la faire rire, ce que nul ne croyait possible : Loki y parvint par une farce, et Skadi rit enfin.

Neuf nuits dans la montagne

Devant le rideau, Skadi ne vit que des pieds. Elle choisit les plus beaux, certaine qu'ils étaient ceux de Baldr : c'étaient ceux de Njörd, le dieu de la mer. Ils se marièrent, puis tentèrent de vivre ensemble, neuf nuits dans les montagnes, puis au bord des flots. Elle détestait les cris des mouettes, lui ne supportait pas le hurlement des loups. Ils se séparèrent sans haine, chacun regagnant son pays.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie nordique — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

← Mythologie nordique