Récit · Monde nordique
Le Chant de Thrym
Edda poétique, Þrymskviða
Le Chant de Thrym dit que la force la mieux armée ne peut rien sans la ruse, et que le plus fier des dieux sauve le monde le jour où il accepte d'avoir l'air ridicule.
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Le marteau a disparu
Un matin, Thor se réveilla et chercha son marteau à tâtons : Mjöllnir n'était plus là. Sa barbe trembla de colère, ses cheveux se hérissèrent. Il courut trouver Loki et lui souffla la pire des nouvelles : le marteau des dieux avait été volé. Car Mjöllnir n'était pas une arme comme les autres. C'était le rempart d'Asgard. Sans lui, plus rien n'empêcherait les géants de franchir les murs.
Le manteau de plumes
Les deux dieux allèrent trouver Freyja. Thor lui demanda son manteau de plumes, celui qui permet de voler d'un monde à l'autre. La déesse le prêta aussitôt : elle l'aurait donné, dit-elle, même s'il avait été d'or, même s'il avait été d'argent. Loki s'en revêtit et les plumes sifflèrent. Il quitta Asgard, survola les forêts et les fjords, et entra dans le pays des géants pour y chercher le voleur.
Thrym sur son tertre
Loki trouva Thrym, le roi des géants, assis sur un tertre. Tranquillement, il tressait des colliers d'or pour ses chiennes et peignait la crinière de ses juments. Il ne nia rien : oui, il avait pris Mjöllnir, et il l'avait enfoui à huit lieues sous la terre. Personne ne le reprendrait jamais, dit-il, sauf à une condition. Qu'on lui donne Freyja pour épouse, et le marteau ressortirait de la terre.
La colère de Freyja
Loki revint à tire-d'aile et répéta le marché. On alla trouver Freyja et on lui dit de mettre sa coiffe de mariée : elle partirait chez les géants. Alors la déesse entra dans une colère si grande que toutes les salles d'Asgard en tremblèrent, et son collier Brísingamen se rompit et sauta de son cou. Jamais elle n'irait. Les dieux se turent : le marché était impossible.
Le conseil d'Asgard
Les dieux se rassemblèrent pour délibérer. Heimdall, celui qui voit loin, proposa une idée qui fit bondir toute l'assemblée : que Thor lui-même se déguise en mariée. On lui mettrait la robe, le voile, les clefs à la ceinture et le collier de Freyja. Thor refusa net : on le prendrait pour une femme et l'on se moquerait de lui à jamais. Loki répondit une seule chose. Sans le marteau, les géants habiteraient bientôt Asgard.
La mariée voilée
On habilla donc Thor. Robe longue, voile épais, coiffe sur la tête, le collier brillant sur la poitrine et les clefs qui tintaient à la ceinture. Loki, ravi, se déguisa en servante pour l'accompagner. Les deux boucs furent attelés et le char s'élança. Les montagnes se fendirent sur son passage, la terre parut brûler : jamais mariée ne s'en alla vers ses noces dans un pareil fracas.
Le festin de noces
Au banquet, la mariée dévora un bœuf entier, huit saumons, toutes les friandises réservées aux femmes, et vida trois tonneaux d'hydromel. Thrym s'étonna : jamais il n'avait vu pareil appétit. Penchée à son oreille, la servante expliqua que Freyja n'avait rien mangé depuis huit nuits, tant elle avait hâte. Puis le géant voulut soulever le voile pour un baiser : il recula d'un bond, car deux yeux brûlaient là-dessous.
Le marteau sur les genoux
Vint le moment de bénir le mariage. Selon la coutume, on apporta le marteau et on le posa sur les genoux de la mariée. Alors Thor rit en lui-même. Sa main se referma sur Mjöllnir, le voile tomba, et le dieu du tonnerre se dressa au milieu de la salle. Thrym comprit trop tard qu'il venait de rendre lui-même l'arme qu'il avait volée. Le marteau reprit le chemin d'Asgard, et les murs des dieux tinrent bon.
Les fiches de ce récit
- ThorDieu du tonnerre, protecteur d'Asgard
- MjöllnirLe marteau magique de Thor
- LokiLe dieu rusé, semeur de troubles et d'idées
- FreyjaDéesse de l'amour, de la beauté et de la magie
- ThrymLe roi des géants voleur de Mjöllnir
- BrísingamenLe collier d'or éblouissant de Freyja
- HeimdallLe gardien du pont Bifröst
- Le vol du marteau de ThorThor déguisé en mariée pour récupérer Mjöllnir
Sources
Mythologie nordique — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.