Récit · Mésopotamie

La naissance des dieux

Enūma Eliš

L'Enûma Elish raconte comment le monde ordonné naît du chaos vaincu : le jeune Marduk terrasse la mer première, et de son corps même façonne le ciel, la terre et les hommes — car l'ordre nouveau se bâtit à partir de ce qu'il a dû combattre.

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Les deux eaux mêlées

Au tout début, il n'y avait ni ciel, ni terre, ni nom pour rien. Il n'y avait que deux eaux mêlées. Apsû, l'eau douce et calme, se mélangeait à Tiamat, l'eau salée de la mer. De leurs eaux réunies naquirent les premiers dieux, puis leurs enfants. Mais ces jeunes dieux faisaient tant de bruit et remuaient tant qu'Apsû ne trouvait plus le repos. Le vieux dieu se mit à rêver du grand silence d'avant le monde.

Le vieux dieu endormi

Parmi les jeunes dieux, il y avait Enki, le plus sage et le plus rusé. Il devina le projet d'Apsû avant tous les autres. Alors, par une formule magique, il plongea le vieux dieu dans un profond sommeil, puis prit sa place. Sur le corps endormi de l'eau douce, Enki bâtit sa demeure, qu'on appela elle aussi l'Apsû. Le premier des dieux devint ainsi le socle sur lequel tout allait se construire.

La colère de Tiamat

En apprenant la mort d'Apsû, Tiamat se dressa, pleine de colère. La douce mère des origines devint une mer furieuse. Pour venger son époux, elle enfanta un peuple de créatures et de serpents terribles. Elle choisit un dieu, Kingu, pour époux et pour chef de son armée. Sur sa poitrine, elle attacha les Tables du Destin, qui donnent le pouvoir de commander le monde. Puis elle prit la forme d'un dragon des mers, énorme et magnifique.

Le conseil des dieux

Chez les dieux, la peur régnait. Le sage Anshar, dont le nom veut dire « le ciel tout entier », réunit l'assemblée pour chercher un champion. Il envoya d'abord son fils Anu, le dieu du Ciel, roi respecté de tous. Mais devant Tiamat changée en dragon, Anu recula. Anshar envoya ensuite le sage Enki : lui aussi revint sans oser combattre. Les dieux, découragés, ne savaient plus vers qui se tourner. Alors un tout jeune dieu s'avança.

Le champion se lève

Marduk, le jeune dieu de Babylone, fils d'Enki, se leva devant l'assemblée. Il accepta d'affronter Tiamat, mais à une condition : qu'on le fasse roi de tous les dieux. Pour prouver sa puissance, il fit disparaître un vêtement, puis le fit réapparaître, par sa seule parole. Émerveillés, les dieux le proclamèrent leur roi. Marduk s'arma alors de l'arc, de la massue, de la foudre, d'un grand filet et des quatre vents, et partit au combat.

Le combat, le ciel et la terre

Face à face, Marduk et Tiamat s'élancèrent. La dragonne ouvrit sa gueule immense pour l'engloutir. Mais Marduk y lança aussitôt un vent furieux, qui la remplit et l'empêcha de se refermer. Alors il banda son arc et la transperça d'une flèche. Tiamat tomba, vaincue. De son corps immense, Marduk fit deux moitiés : avec l'une il façonna la voûte du ciel, avec l'autre la terre. Puis il plaça les étoiles et régla les saisons.

Les hommes nés du sang

Il fallait maintenant quelqu'un pour servir les dieux et travailler à leur place. Sur le conseil d'Enki, les dieux jugèrent Kingu, le chef vaincu du chaos. De son sang mêlé à l'argile, ils façonnèrent les tout premiers hommes. Ainsi, celui qui avait combattu l'ordre nouveau donna naissance à l'humanité. Les hommes reçurent pour tâche de cultiver la terre et d'honorer les dieux, afin que ceux-ci puissent enfin se reposer.

Babylone et les cinquante noms

Pour remercier Marduk, les dieux lui bâtirent une cité magnifique : Babylone, avec son grand temple qui montait vers le ciel. Là, ils célébrèrent leur roi et proclamèrent ses cinquante noms, qui réunissaient en lui tous les pouvoirs. Toute cette histoire fut gravée sur sept tablettes d'argile : c'est l'Enûma Elish, « Lorsque, en haut… ». Chaque année, au printemps, on récitait ce poème pour fêter le retour de l'ordre et le renouveau du monde.

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Sources

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