Récit · Monde maya
Sept-Ara et ses fils
Popol Vuh
Le Popol Vuh dit que le vrai jour ne pouvait pas se lever tant qu'un faux soleil et ses fils se glorifiaient sur la terre : ce n'est pas la force qui les abat, mais la patience et la ruse de deux enfants — et chaque orgueilleux tombe exactement par où il se vantait.
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Un faux soleil dans la lumière grise
En ce temps-là, le vrai soleil ne s'était pas encore levé. Le monde restait dans une lumière grise, incertaine. Un immense oiseau en profita. Il s'appelait Vucub-Caquix, ce qui veut dire Sept-Ara. Ses dents étaient des pierres précieuses, ses yeux brillaient comme de l'argent, ses plumes éclataient de couleurs. Perché sur son arbre à fruits, il criait à qui voulait l'entendre : « Je suis le soleil ! Je suis la lune ! » Et il exigeait qu'on l'admire.
La famille éclatante
Sept-Ara n'était pas seul. À ses côtés vivait son épouse, Chimalmat, qui tenait la maison brillante et partageait sa fierté. Ensemble, ils avaient eu deux fils, deux géants aussi orgueilleux que leur père. L'aîné, Zipacná, se vantait de porter les montagnes sur son dos. Le cadet, Cabracán, se vantait de les renverser d'un coup de talon. Chacun avait sa démesure, et tous se croyaient au-dessus du monde. C'était une famille entière qu'il allait falloir ramener à sa juste taille.
Le coup de sarbacane
Deux enfants décidèrent d'y mettre bon ordre : Hunahpú et Xbalanqué, les Héros Jumeaux. Ils n'étaient ni grands ni forts, mais malins comme personne, et ils maniaient la sarbacane mieux que quiconque. Ils allèrent se cacher dans les herbes, au pied de l'arbre où Sept-Ara venait manger ses fruits. Quand l'oiseau se posa, ils visèrent et tirèrent. Le coup l'atteignit à la mâchoire. Sept-Ara tomba de son arbre en criant, et rentra chez lui la bouche pleine de douleur.
Les faux guérisseurs
Les Jumeaux ne s'arrêtèrent pas là. Ils se déguisèrent en vieux guérisseurs, tout simples, et se présentèrent à la maison de Sept-Ara. « Nous savons soigner les dents », dirent-ils. L'oiseau, qui souffrait trop, les laissa faire. Alors ils lui ôtèrent une à une ses dents de pierres précieuses, et les remplacèrent par des grains de maïs blanc. Puis ils lui prirent aussi l'argent de ses yeux. Quand ils eurent fini, il ne restait plus rien de son éclat. Sept-Ara s'éteignit sans bruit.
La poutre des Quatre-Cents Garçons
Restaient les fils. Or il advint qu'une joyeuse troupe de jeunes gens, les Quatre-Cents Garçons, bâtissait une grande maison. Ils s'échinaient sur une poutre trop lourde pour eux. Zipacná passa par là et la souleva d'un seul bras, sans effort. Les garçons admirèrent, puis prirent peur : une telle force les inquiétait. Ils cherchèrent à s'en défaire par une ruse. Le récit dit avec pudeur que la ruse se retourna contre eux et qu'ils disparurent tous ensemble. Mais leur histoire ne finit pas là.
La montagne retombe sur Zipacná
Les Jumeaux entendirent parler des Quatre-Cents Garçons et vinrent régler l'affaire. Ils savaient une chose : Zipacná raffolait des crabes. Ils en fabriquèrent donc un faux, magnifique, et le déposèrent tout au fond d'un ravin, sous une haute montagne. Le géant, alléché, descendit se glisser dans le gouffre pour l'attraper. C'est alors que les Jumeaux firent basculer la montagne sur lui. Celui qui se vantait de porter les monts se retrouva porté par eux, et n'en ressortit plus.
Cabracán perd sa force
Il restait le cadet, Cabracán, qui faisait trembler la terre et renversait les sommets d'un coup de talon. Les Jumeaux l'abordèrent en flatteurs : « Nous connaissons là-bas une montagne si haute que tu ne pourrais jamais l'abattre. » Piqué au vif, le géant les suivit. En chemin, ils chassèrent des oiseaux à la sarbacane et les firent rôtir ; mais ils en enduisirent un de terre blanche. À mesure qu'il mangeait, Cabracán s'affaiblissait. Bientôt il ne put plus rien soulever, et la terre cessa de trembler.
La mesure retrouvée
Ainsi tomba la famille éclatante, l'un après l'autre. Mais le Popol Vuh ne les efface pas : on raconte que Chimalmat et les siens montèrent au ciel, et que certains reconnaissent leurs figures parmi les étoiles. Chassés de la terre, ils gardent une place là-haut — non plus comme faux soleil, mais comme astres parmi les autres. La démesure était retombée. Le monde, apaisé, pouvait enfin attendre la vraie lumière. Les deux enfants, eux, avaient encore un long chemin devant eux.
Les fiches de ce récit
- Vucub-CaquixSept-Ara, l'oiseau qui se croit le soleil
- ChimalmatL'épouse de Sept-Ara, mère des géants
- Hunahpú et XbalanquéLes Héros Jumeaux, rusés et courageux
- Les Quatre-Cents GarçonsLes jeunes gens devenus les Pléiades
- ZipacnáLe géant orgueilleux, faiseur de montagnes
- CabracánLe géant qui fait trembler les montagnes
Sources
Mythologie maya — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.