Récit · Islande
La Saga des gens du Laxárdalur
Laxdœla saga (Saga des gens du Laxárdalur), v. 1245
La saga du Laxárdalur raconte l’orgueil comme un destin : Guðrún obtient tout ce qu’elle exige, et n’avoue qu’au bout de sa vie que c’est ce qu’elle a détruit qu’elle aimait.
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La fille du roi d’Irlande
La saga commence deux générations plus tôt. Un riche Islandais achète en Norvège une esclave silencieuse dont personne ne tire un mot. Il la ramène chez lui, et elle a un fils. Un jour, on surprend la muette en train de parler à son enfant : elle s’appelle Melkorka et se dit fille d’un roi d’Irlande. Son fils, Ólafr le Paon, deviendra l’homme le plus admiré de la vallée. Et le fils d’Ólafr s’appellera Kjartan.
Les quatre rêves de Guðrún
Dans la même vallée grandit Guðrún Ósvífrsdóttir, la plus belle et la plus fière des jeunes filles d’Islande. Elle fait quatre rêves étranges et va les raconter à un sage, Gestr, qui accepte de les expliquer. Chaque rêve, dit-il, est un mari : le premier, elle le quittera ; le deuxième se noiera ; le troisième, elle le perdra par sa faute ; le quatrième la perdra elle. Guðrún n’aime pas cette réponse. Elle vivra pourtant, une par une, les quatre.
Deux frères de lait
Kjartan Ólafsson et son cousin Bolli sont élevés sous le même toit, comme deux frères. Kjartan est le plus beau, le plus fort, le meilleur nageur ; Bolli vient toujours juste après lui, et l’accepte sans amertume. Kjartan et Guðrún se plaisent, on parle mariage. Mais Kjartan veut d’abord voir le monde et partir en Norvège. Il propose à Guðrún de l’attendre trois ans ; elle refuse de promettre. Les deux frères de lait embarquent ensemble.
Otage du roi
En Norvège, ils tombent au moment où le roi Ólafr Tryggvason veut convertir tout le Nord au christianisme. Les Islandais refusent d’abord ; Kjartan propose même, en riant, de mettre le feu au palais. Le roi, plutôt que de le punir, s’attache à lui. Kjartan se fait baptiser, reste à la cour, et le roi le garde auprès de lui comme otage pour obliger l’Islande à se convertir. Bolli, lui, obtient l’autorisation de rentrer, seul.
Le mariage de Bolli
De retour en Islande, Bolli va voir Guðrún et lui raconte la Norvège. Il lui dit que Kjartan est très bien traité, très proche de la sœur du roi, et qu’il ne reviendra peut-être pas. Puis il la demande en mariage. Guðrún refuse d’abord, longtemps. Son père et ses frères insistent. Elle finit par céder, et épouse Bolli. Quand Kjartan revient enfin l’année suivante, il apprend la nouvelle en débarquant.
La coiffe et l’épée
Alors commence une guerre d’humiliations sans une seule bataille. L’épée de Kjartan disparaît, on la retrouve abîmée dans un marais. Puis, lors d’une fête, c’est la coiffe brodée d’or de Hrefna qui s’envole ; on n’en entendra plus jamais parler. Kjartan riposte : il vient avec ses hommes bloquer la ferme de Guðrún et de Bolli pendant trois jours, pour que personne n’en sorte. Aucun sang n’a coulé, et pourtant tout est devenu irréparable.
L’embuscade de Svínadalur
Guðrún réunit ses frères et leur dit qu’elle ne veut plus les voir hésiter. À Bolli, qui refuse de lever la main sur Kjartan, elle annonce qu’elle le quittera s’il reste chez lui. Ils partent tous, et attendent Kjartan dans un vallon étroit. Kjartan tient tête à tous. Puis Bolli s’avance. Alors Kjartan jette ses armes et dit qu’il ne se battra pas contre lui. Bolli frappe — et le reçoit aussitôt dans ses bras.
La vengeance
La vengeance ne se fait pas attendre longtemps. Quelques années plus tard, les frères de Kjartan surprennent Bolli dans une cabane d’alpage et le tuent. Guðrún est là, enceinte. Elle donne à l’enfant le nom de son père, Bolli, et l’élève en lui rappelant chaque jour ce qu’il aura à faire. Devenu homme, ce fils venge son père. Guðrún, elle, se remarie une quatrième fois — et son quatrième mari se noie, comme le rêve l’annonçait.
Celui que j’ai le plus aimé
Guðrún vieillit seule à Helgafell. Elle devient très pieuse, passe ses nuits à l’église, et la saga la dit première moniale et recluse d’Islande. Un jour, son fils Bolli lui pose la question que tout le monde retient depuis des années : lequel de ses maris a-t-elle aimé le plus ? Elle répond d’abord en énumérant leurs qualités. Il insiste. Alors elle dit cette phrase : « J’ai été la pire pour celui que j’aimais le plus. » Elle ne prononce aucun nom.
Les fiches de ce récit
- Guðrún ÓsvífrsdóttirL'héroïne fière de la Saga du Laxárdalur
- Kjartan ÓlafssonLe plus accompli des hommes du Laxárdalur
- Bolli ÞorleikssonLe frère de lait qui frappe Kjartan