Récit · Inde

L'enfance et la geste de Krishna

Bhāgavata Purāṇa, chant X

La geste de Krishna raconte un dieu qui ne se montre jamais où on l'attend : ce n'est pas dans le palais mais chez les bouviers, pas par la force mais par le jeu, la flûte et la tendresse, que l'immense se laisse approcher.

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Une voix dans le ciel de Mathurâ

À Mathurâ, sur les bords de la Yamunâ, on célébrait un mariage : Devakî épousait Vasudeva. Son cousin Kamsa conduisait lui-même leur char, tout joyeux. Mais une voix descendit du ciel : le huitième enfant de Devakî le tuerait. Kamsa leva aussitôt son épée. Vasudeva le retint en promettant de lui remettre chaque enfant. Le roi enferma le couple, et tint parole à sa manière : les enfants qui naquirent ne vécurent pas.

L'enfant de minuit

Le huitième enfant naquit à minuit. Vasudeva le vit d'abord resplendissant, avec quatre bras et une conque : dans la tradition, c'est Vishnou lui-même. Puis l'enfant reprit l'apparence d'un bébé. Les gardes s'endormirent, les chaînes tombèrent, les portes s'ouvrirent. Vasudeva emporta son fils sous l'orage, et la Yamunâ s'écarta pour le laisser passer. À Gokula, il coucha Krishna près de Yashodâ endormie et rapporta à sa place la petite fille qui venait de naître.

Pûtanâ

Furieux, Kamsa envoya ses serviteurs tuer tous les nouveau-nés. Chez Nanda et Yashodâ, à Gokula, arriva une femme superbe qui demanda à prendre le bébé dans ses bras : c'était Pûtanâ, une démone, et son lait était empoisonné. Krishna la saisit et but sans crainte, jusqu'à ce qu'elle tombât et retrouvât sa vraie taille. Dans la tradition, il ne fait pas que la vaincre : il l'accueille, parce qu'elle l'a nourri.

L'univers dans une bouche

Krishna grandit à Vrindâvan, chez les bouviers. C'était un enfant espiègle : il volait le beurre, cassait les pots, faisait rire et enrager tout le village. Un jour, ses camarades dirent à Yashodâ qu'il avait mangé de la terre. Elle lui ordonna d'ouvrir la bouche. Elle y vit le ciel, les étoiles, les fleuves, les montagnes, tous les mondes. Puis elle oublia, et le reprit simplement dans ses bras, comme son fils.

Kâliya

Dans un bras de la Yamunâ vivait Kâliya, un serpent aux cent têtes dont le venin brûlait l'eau ; les oiseaux qui la survolaient tombaient. Un jour, les vaches en burent et s'effondrèrent. Krishna monta sur un arbre et sauta dans le gouffre. Le serpent l'enlaça ; l'enfant se dégagea et se mit à danser sur ses têtes, l'une après l'autre. Les épouses du serpent vinrent supplier. Krishna l'épargna et lui ordonna de partir.

La montagne-parasol

Chaque année, les bouviers offraient un grand sacrifice à Indra, le dieu de la pluie. Krishna leur proposa autre chose : honorer plutôt la colline Govardhan et les vaches, qui les nourrissaient vraiment. Ils l'écoutèrent. Indra, furieux, lança sur eux un orage sans fin. Alors l'enfant souleva la colline entière d'une seule main et la tint comme un parasol. Sept jours durant, tout le village s'abrita dessous. Indra finit par arrêter la pluie.

La ronde d'automne

Par une nuit d'automne, la lune était pleine et Krishna jouait de la flûte. Les bergères de Vrindâvan, les gopîs, quittèrent tout pour venir danser. Chacune voulait être auprès de lui : alors il se multiplia et se tint à côté de chacune à la fois. La ronde tourna au bord de la Yamunâ jusqu'à l'aube. Des textes plus tardifs donneront un nom à la bien-aimée : Râdhâ, honorée dans la tradition comme l'image même de l'amour.

Le char d'Akrûra

À Mathurâ, Kamsa n'avait rien oublié. Il fit annoncer une grande fête et envoya le prince Akrûra chercher les deux frères. Akrûra, qui était un fervent de Krishna, savait très bien qu'on l'envoyait tendre un piège, et il vint quand même, le cœur plein de joie. Le char partit au matin. Vrindâvan tout entier courut derrière, et les gopîs restèrent sur le chemin. L'enfance venait de finir.

L'arène de Mathurâ

À Mathurâ, Krishna brisa l'arc géant du roi, puis écarta l'éléphant lâché contre lui. Le lendemain, l'arène était pleine. Deux lutteurs immenses, Chânûra et Mushtika, s'avancèrent contre les deux frères ; la foule protesta, mais le combat eut lieu et les lutteurs tombèrent. Alors Krishna bondit sur l'estrade royale et renversa Kamsa. Il délivra ensuite Devakî et Vasudeva de leurs chaînes et rendit le trône au vieux roi Ugrasena.

Dvârakâ

La paix ne dura pas. Jarâsandha, le roi de Magadha dont Kamsa avait épousé les filles, voulut venger son gendre : dix-sept fois il assiégea Mathurâ. Pour mettre son peuple à l'abri, Krishna fit bâtir au bord de la mer une cité fortifiée, Dvârakâ, et y conduisit tous les siens. C'est là qu'il épousa Rukminî, venue à lui par une lettre. Plus tard, il tiendrait les rênes du char d'Arjuna.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie indienne — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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