Récit · Grèce

Les Argonautiques

Apollonios de Rhodes, Argonautiques (IIIe siècle av. J.-C.)

Une quête où le chef ne triomphe jamais seul : tout ce que Jason rapporte, il le doit aux autres — au chant d'Orphée, aux fils du Vent, à la main d'Athéna, et surtout à Médée, dont l'aide décidera aussi de son malheur.

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L'homme à une seule sandale

Tout commença par une chaussure perdue. Le roi Pélias régnait sur Iolcos, et un oracle l'avait prévenu : il tomberait à cause d'un homme qui n'aurait qu'une sandale. Un jour de grande fête, un jeune homme arriva, un pied nu. Il avait traversé un fleuve en crue et y avait laissé sa chaussure. C'était Jason, son neveu, qui venait réclamer le trône de son père. Pélias sourit et lui donna une mission : rapporter la Toison d'or.

Argo, et les cinquante rameurs

Jason ne partit pas seul. Un charpentier nommé Argos construisit un navire comme on n'en avait jamais vu, guidé par la déesse Athéna : on l'appela l'Argo. Cinquante héros s'y embarquèrent, et l'on disait d'eux les Argonautes. Il y avait Héraclès le plus fort, les jumeaux Castor et Pollux, deux fils du vent, et le musicien Orphée. C'était lui qui donnait la cadence aux rames. Le vieux centaure Chiron descendit sur la plage pour leur souhaiter bonne route.

Hylas disparaît, Héraclès reste

L'Argo toucha d'abord l'île de Lemnos, puis le pays des Dolions, où une méprise dans la nuit tourna au malheur. Plus loin, en Mysie, on s'arrêta pour la nuit. Le jeune Hylas, compagnon d'Héraclès, s'éloigna chercher de l'eau à une source. Les nymphes de la source le trouvèrent si beau qu'elles l'attirèrent à elles. Héraclès cria son nom dans toute la forêt, jusqu'au matin. Et l'Argo, poussé par le vent, repartit sans le plus fort de ses héros.

Le devin Phinée et les Harpies

Sur la côte suivante, un roi géant forçait les étrangers à se battre contre lui : Pollux l'affronta au poing et le vainquit. Puis l'Argo aborda chez Phinée, un vieux devin aveugle. Zeus l'avait puni d'avoir trop parlé : dès qu'on lui servait à manger, des femmes-oiseaux, les Harpies, fondaient du ciel et emportaient son repas. Il mourait de faim depuis des années. Deux Argonautes, fils du vent, s'élancèrent et chassèrent les Harpies. Enfin, Phinée mangea.

Les roches qui s'entrechoquent

Phinée avait prévenu les héros du pire danger de la route : deux rochers énormes gardaient l'entrée de la mer Noire. Dès qu'un navire se présentait, ils se jetaient l'un contre l'autre et le broyaient. Le vieux devin avait donné le seul moyen : lâcher d'abord une colombe. Si elle passait, il faudrait ramer derrière elle sans hésiter une seconde. La colombe s'élança, traversa, et n'y laissa que quelques plumes. Alors l'Argo bondit, les rochers se refermèrent — et le navire était passé.

La Colchide du roi Aiétès

Après bien d'autres épreuves, l'Argo remonta enfin le fleuve de Colchide, au bout du monde connu. Là régnait Aiétès, le fils du Soleil, et c'était chez lui que pendait la Toison d'or, gardée par un dragon qui ne dormait jamais. Jason se présenta poliment et demanda la Toison. Le roi entra en fureur, puis se calma et posa sa condition : atteler deux taureaux de bronze qui crachaient le feu, labourer un champ, y semer des dents de dragon. Personne n'avait jamais survécu.

Une flèche pour Médée

Pendant que Jason désespérait, deux déesses complotèrent pour lui. Héra et Athéna allèrent trouver Aphrodite et lui demandèrent un service : que son fils Éros décoche une flèche sur Médée, la jeune fille du roi. Médée connaissait toute la magie des herbes. La flèche partit, et voilà son cœur bouleversé. Toute la nuit, elle hésita entre son père et cet étranger. Au matin, elle le rejoignit au temple d'Hécate et lui tendit un onguent : « Frotte-t'en le corps. Rien ne pourra plus te brûler. »

Les taureaux d'airain et les fils de la terre

Au petit matin, Jason se frotta de l'onguent de Médée et marcha vers le champ d'Arès. Les deux taureaux de bronze surgirent en soufflant le feu : il les saisit par les cornes et les mit sous le joug. Toute la matinée il laboura, semant derrière lui les dents du dragon. Alors la terre s'ouvrit : des guerriers en armes en sortirent partout. Jason se souvint du conseil de Médée. Il lança une grosse pierre au milieu d'eux, et les guerriers, croyant à une attaque, se battirent entre eux.

Le dragon, la fuite, et l'île de Circé

Aiétès n'avait aucune intention de tenir parole : cette nuit-là, il prépara la perte des Argonautes. Médée comprit, quitta le palais et courut au navire. Elle mena Jason dans le bois sacré, chanta devant le dragon aux yeux toujours ouverts et l'endormit de sa voix. Jason décrocha la Toison d'or. L'Argo fila dans la nuit, poursuivi par les Colchidiens. La fuite serait longue et lourde : plus tard, il faudrait s'arrêter chez la magicienne Circé pour être lavé d'un sang versé.

Le chant contre les Sirènes, et le retour

La mer réservait ses derniers pièges. Les Sirènes chantaient pour attirer les marins : Orphée saisit sa lyre et joua plus fort, si bien que personne n'entendit leur voix. Plus loin, en Crète, un géant tout en bronze, Talos, jetait des rochers pour empêcher d'aborder ; Médée trouva son unique faiblesse, une veine sous le talon, et le géant s'écroula. Enfin, un matin, l'Argo entra au port d'où il était parti. Le voyage était fini, et Jason ramenait la Toison d'or.

Les fiches de ce récit

Sources

Mythologie grecque — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.

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