Récit · Monde celte

La mer et les enfants-cygnes

Les Enfants de Lir

Par la jalousie d'une seule, quatre enfants deviennent cygnes pour neuf cents ans ; leur chant fidèle traverse les siècles et la mer, jusqu'à ce qu'un monde nouveau les délivre enfin.

6 chapitres4 fiches liées

Écouter ce récit dans l'application

Un roi pour le peuple des collines

Après la défaite des dieux face aux ancêtres des Irlandais, le peuple-fée se retira sous les collines, dans les sidhe. Il fallut alors se choisir un roi. On élut Bodb Derg, fils du Dagda, car il était l'aîné des enfants du grand dieu. Il régna sur les demeures souterraines. Mais un autre grand seigneur, Lir, le dieu de la mer, se vexa de n'avoir pas été choisi et se retira dans sa bouderie. Pour l'apaiser, Bodb Derg décida de lui offrir en mariage l'une de ses filles.

Lir, le dieu de la mer

Lir est un dieu dont le nom même signifie « la mer ». Apaisé par Bodb Derg, il épouse la douce Aobh, qui lui donne quatre enfants : une fille, Fionnuala, et ses trois frères. Lir les aime plus que tout. Mais le bonheur ne dure pas : Aobh meurt. Pour ne pas laisser les enfants sans mère, Lir épouse alors la sœur de la défunte, Aoife. Au début, tout semble paisible. Personne ne devine encore la jalousie qui va grandir dans le cœur de la nouvelle épouse.

La jalousie d'Aoife

Peu à peu, Aoife se met à détester l'amour que Lir porte à ses quatre enfants. La jalousie la ronge jour et nuit. Un jour, elle emmène les enfants au bord d'un lac. Là, d'un coup de baguette magique, elle les change en cygnes blancs. Le sort doit durer neuf cents ans, en trois lieux différents. Mais Aoife ne peut leur ôter leur voix : les cygnes gardent la parole et un chant d'une douceur merveilleuse. Quand Lir apprend le malheur, il est inconsolable, et Bodb Derg punit sévèrement Aoife.

Les siècles des cygnes

Commencent alors de longs siècles. Les quatre cygnes vivent d'abord sur un lac paisible, où l'on vient de partout écouter leur chant si beau. Puis ils doivent gagner un détroit glacé, battu par les tempêtes. Là, dans le froid et la solitude, Fionnuala, l'aînée, abrite ses trois frères sous ses ailes pour les réchauffer. Ils traversent ainsi les hivers et les années, gardant courage grâce à leur chant. Le monde autour d'eux change peu à peu, mais eux restent des cygnes, fidèles les uns aux autres.

La cloche et la délivrance

Après neuf cents ans, l'Irlande a changé de monde. Les dieux se sont effacés, et une foi nouvelle s'est répandue : un jour, les cygnes entendent la cloche d'un moine chrétien. Un saint homme les recueille avec bonté et les écoute chanter. Quand le terme du sort arrive enfin, les cygnes retrouvent leur forme humaine — mais ce sont désormais de très vieilles gens, courbés par les siècles. Le saint les baptise, et les enfants de Lir s'éteignent doucement, en paix, délivrés de leur long enchantement.

Manannán, maître des vagues

Au-dessus de toutes ces histoires règne la mer, et sur la mer veille Manannán, « fils de Lir ». C'est le grand dieu des océans. Il chevauche les vagues sur un char tiré par un cheval merveilleux, et son manteau, quand il l'agite, dresse un brouillard qui cache tout. Il possède une barque qui vogue sans rames, guidée par la seule pensée, et une épée à laquelle rien ne résiste. Gardien de l'Autre Monde par-delà les flots, il aide les héros qui traversent la mer. La mer, elle, demeure quand les chagrins s'effacent.

Les fiches de ce récit

Sources

← Mythologie celtique