Récit · Monde celte
Amours et métamorphoses
Tochmarc Étaíne
De colline-fée en palais mortel, une même beauté passe de forme en forme et de monde en monde, poursuivie par un amour de l'Autre Monde que ni le temps ni l'oubli ne découragent.
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Le peuple sous les collines
Il faut d'abord savoir où se passe cette histoire. Quand les dieux d'Irlande, les Tuatha Dé Danann, furent vaincus par les ancêtres des hommes, ils ne disparurent pas : ils se retirèrent sous la terre, dans les collines et les anciens tertres. On les appela les Sidhe, « le peuple des collines ». Invisibles la plupart du temps, ils tiennent dans leurs demeures souterraines des fêtes pleines de musique et de lumière. Certaines nuits, la frontière s'ouvre, et l'on peut croiser ces êtres beaux et éternellement jeunes.
Aengus, le jeune dieu de l'amour
Parmi ces êtres brille Aengus, surnommé « le Jeune », le dieu de l'amour. Fils du Dagda, il a autour de la tête quatre oiseaux nés de ses baisers, qui inspirent l'amour à ceux qu'ils effleurent. Un jour, il tombe amoureux d'une jeune fille entrevue en rêve, sans savoir qui elle est, et la cherche à travers toute l'Irlande. Il la retrouve au bord d'un lac : elle vit une année sur deux sous la forme d'un cygne. Alors Aengus se change lui-même en cygne, et tous deux s'envolent ensemble.
Midir aime Étaín
Midir habite le sidhe de Brí Léith, une colline-fée où il vit dans le faste, vêtu de pourpre, la chevelure d'or. Il aime Étaín, que les poètes disent la plus belle des femmes du monde : un teint blanc comme neige, une beauté pareille à l'iris en fleur. Mais Midir a déjà une épouse, Fúamnach, que la jalousie dévore. Par sortilège, celle-ci change Étaín en flaque d'eau, puis en ver, enfin en une mouche pourpre au chant merveilleux. Puis elle déchaîne un grand vent qui emporte Étaín au loin.
Métamorphoses et renaissance
Ballottée par le vent durant de longues années, la petite mouche pourpre ne trouve nulle part le repos. Un jour, elle tombe dans la coupe d'une femme, qui l'avale sans le savoir. Et voilà qu'Étaín renaît : elle vient au monde sous forme humaine, mille ans après sa première naissance. Elle grandit, devient d'une beauté sans égale, et épouse le haut-roi Eochaid. Mais elle a tout oublié de sa vie d'avant, du sidhe et de Midir. La femme-fée est devenue une reine parmi les mortels.
Le jeu et l'envol
Un jour, Midir paraît à la cour du roi Eochaid. Il défie le roi à un jeu de plateau, le fidchell. Il perd les premières parties, puis gagne, et réclame pour tout prix un simple baiser d'Étaín. Le roi, piégé par sa parole, doit accepter. Alors Midir enlace la reine ; tous deux se changent en cygnes et s'envolent par la lucarne, vers la colline de Brí Léith. Le roi les poursuit longtemps. Mais dans le sidhe, on lui présente des femmes toutes semblables à Étaín, et il peine à reconnaître la sienne.
Les fiches de ce récit
- ÉtaínBeauté renaissante disputée entre deux mondes
- MidirSeigneur du sidhe de Brí Léith
- Aengus ÓgLe jeune dieu de l'amour
- Les SidheLe peuple des collines
Sources
- Tochmarc Étaíne (La Cour faite à Étaín)
- Aislinge Óengusa (Le Songe d'Aengus)