Récit · Monde celte
La fin tragique des enfants de Tuireann
Oidheadh Chlainne Tuireann
La loi offrait un prix pour arrêter le sang ; Lug s'en sert pour se venger sans jamais lever la main, et il découvre qu'une réparation transformée en punition ne rend rien à personne, pas même à celui qui l'exige.
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Le père de Lug
Les Fomoires pillaient l'Irlande, et Lug préparait la guerre. Il lui fallait des alliés : il envoya ses proches aux quatre coins du pays pour rassembler les cavaliers du peuple des dieux. Son propre père, Cian, partit vers le nord. Il traversa seul la grande plaine de Muirthemne. C'est là qu'il aperçut devant lui trois guerriers en armes : Brian, Iuchar et Iucharba, les fils de Tuireann. Entre leurs deux familles, la haine était ancienne, et Cian était seul.
Le porc sur la plaine
Un troupeau de porcs paissait non loin. Cian se frappa d'une baguette et devint l'un d'eux, la tête dans la terre. Mais Brian ne s'y trompa pas : il changea ses deux frères en chiens, qui débusquèrent la bête. Blessé, Cian reprit la parole et demanda à redevenir homme. Il l'obtint, et dit pourquoi : tué en porc, il n'aurait coûté que le prix d'un porc ; tué en homme, il coûterait le prix le plus lourd d'Irlande. Les frères l'enfouirent, mais la terre le rejeta six fois.
La terre parle
La guerre finie, Lug chercha son père partout. Personne ne l'avait vu. Il jura alors de ne plus boire ni manger avant de savoir. Il revint à l'endroit où ils s'étaient quittés, et là, la terre elle-même lui parla : elle raconta le porc, la poursuite, et l'homme tué sous sa vraie figure. Lug fit creuser, retrouva son père et lui donna trois baisers. Puis il ordonna à ses gens de se taire : c'était lui, et personne d'autre, qui annoncerait la nouvelle.
Le prix du sang
À Tara, Lug s'assit près du roi et fit sonner la chaîne qui réclame le silence. Il demanda à chacun quelle vengeance il exigerait pour son père tué. Tous répondirent, y compris les trois frères. Alors Lug les nomma et réclama son éraic : trois pommes, une peau de porc, une lance, deux chevaux et un char, sept porcs, un jeune chien, une broche à rôtir, trois cris sur une colline. Cela parut si peu que les frères acceptèrent devant toute l'assemblée.
Le bateau qui va tout seul
Effondrés, les frères vinrent trouver leur père. Tuireann leur dit la vérité : cette quête les tuerait. Mais il leur donna le seul moyen d'espérer. Qu'ils demandent à Lug le cheval Aonbharr : il refuserait, car on ne prête pas ce qu'on nous a prêté. Qu'ils demandent alors le bateau de Manannán, Sguaba Tuinne, « le balayeur de vagues » : celui-là, il ne pourrait pas le refuser. Le bateau va seul, sans rame ni voile, là où on veut aller. Leur sœur Eithne pleura sur le rivage.
Les pommes, la peau et la lance
Au jardin des Hespérides, les frères se changèrent en faucons, saisirent les trois pommes d'or et s'échappèrent ; les filles du roi les poursuivirent en oiseaux de proie, et Brian les transforma tous les trois en cygnes pour leur échapper. En Grèce, ils se présentèrent comme des poètes et repartirent avec la peau de porc qui guérit toute blessure. En Perse, ils obtinrent de même la lance brûlante de Pisear. Trois merveilles sur huit : le voyage avait commencé.
Les chevaux, les porcs et le chien
En Sicile, les frères se firent passer pour des soldats et repartirent avec les deux chevaux et le char qui courent sur la mer. Aux Piliers d'Or, le roi Easal vint à leur rencontre : il connaissait déjà leur réputation, et il leur donna ses sept porcs merveilleux sans combattre. Puis il les accompagna chez son gendre, le roi d'Ioruaidh, pour obtenir de bon gré le jeune chien Failinis. Là encore il fallut se battre, mais on finit par faire la paix.
Le charme de l'oubli
Lug apprit que les frères tenaient enfin ce dont il avait besoin pour la bataille. Alors il jeta sur eux un charme d'oubli : ils ne se souvinrent plus qu'il manquait encore deux choses, et n'eurent plus qu'une envie, rentrer. Ils débarquèrent, remirent les trésors au roi d'Irlande, tout heureux. Lug parut alors et sourit : « Où sont la broche à rôtir et les trois cris sur la colline ? » Le charme se dissipa, et il fallut repartir.
La colline de Miodhchaoin
Il fallait d'abord trouver l'île engloutie de Fianchaire. Brian revêtit une coiffe de verre, plongea et marcha quinze jours sous la mer. Il découvrit les femmes qui gardaient les broches à rôtir ; elles rirent de son audace et lui en donnèrent une. Restait la colline de Miodhchaoin, où il est interdit de crier. Le gardien et ses trois fils affrontèrent les trois frères : chacun frappa et chacun tomba. Brian, mourant, souleva ses frères dans ses bras pour qu'ils pussent pousser les trois cris.
La peau refusée
Les frères regagnèrent l'Irlande à peine vivants. Ils demandèrent à leur père d'aller porter la broche à Lug et de lui rapporter la peau qui guérit. Tuireann s'en alla jusqu'à Tara, remit l'objet, supplia. Lug refusa. Brian se fit porter à son tour et supplia encore : Lug refusa encore. Alors Brian se coucha entre ses deux frères, et les trois s'éteignirent ensemble. Tuireann chanta sur eux, puis mourut sur leurs corps. On les enterra dans une seule tombe.
Les fiches de ce récit
- CianLe père de Lug
- Les enfants de TuireannTrois frères en quête expiatoire
- LugLe dieu aux mille talents
- L'éraicLe prix du sang dans la loi irlandaise
- Sguaba TuinneLe bateau de Manannán qui va sans rames
- TuireannLe père des trois frères de l'éraic
- La bataille de Mag TuiredLes dieux contre les Fomoires
Sources
Mythologie celtique — ce texte provient des récits anciens : poèmes, tablettes, textes sacrés. Les lieux, les dates et l'existence des personnages en viennent aussi : ils ne se confondent pas avec ce que l'histoire et l'archéologie ont établi.