Récit · Monde celte

Cúchulainn et la Táin

Táin Bó Cúailnge

Une guerre entière naît d'une querelle d'orgueil, et un seul héros, fidèle à sa parole jusqu'à devoir tuer son ami, choisit la gloire brève plutôt qu'une longue vie tranquille.

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La malédiction de Macha

Tout commence bien avant la guerre. Une femme venue d'un autre monde, Macha, épouse un fermier d'Ulster. Un jour, son mari se vante devant le roi : elle court plus vite que les chevaux. Le roi exige aussitôt la course, même si Macha attend un enfant. Elle supplie qu'on patiente, en vain. Elle court, elle gagne, puis met au monde des jumeaux. De douleur, elle lance une malédiction : aux heures de grand danger, les hommes d'Ulster seront faibles.

L'enfant qui devint le Chien

Un enfant d'Ulster, Sétanta, est plus fort que tous les garçons de son âge. On le dit fils du dieu Lug. Un soir, il abat le chien monstrueux qui garde la forge de Culann. Voyant la peine du forgeron, il promet de veiller lui-même sur sa maison : on le nomme alors Cúchulainn, « le Chien de Culann ». Un devin annonce que celui qui prend les armes ce jour-là aura une vie glorieuse mais très courte. Cúchulainn les réclame sur-le-champ.

Emer aux six dons

Devenu jeune homme, Cúchulainn veut épouser Emer, fille de Forgall le Rusé. On dit qu'elle réunit six dons parfaits : la beauté, la voix douce, la parole habile, la sagesse, l'adresse et la vertu. Pour la conquérir, il ne suffit pas d'être brave : Emer l'éprouve par un dialogue d'énigmes, et ne l'accepte qu'après avoir jugé son esprit digne du sien. Mais son père s'oppose au mariage et cherche à éloigner le héros.

L'école de l'Ombreuse

Pour devenir invincible, Cúchulainn traverse la mer jusqu'en Écosse. Là vit Scáthach, « l'Ombreuse », une guerrière qui tient une école d'armes. Pour l'atteindre, il faut franchir un pont périlleux qui se dresse et rejette les maladroits ; Cúchulainn le passe d'un bond. Scáthach fait de lui son meilleur élève : elle lui enseigne des sauts prodigieux et mille ruses, et lui confie le Gáe Bolga, la lance terrible. À ses côtés s'entraîne Ferdiad ; les deux amis deviennent frères d'armes. Puis Cúchulainn rentre et épouse Emer.

Le roi Conchobar et l'exil de Fergus

En Ulster règne le roi Conchobar, depuis sa forteresse d'Emain Macha, entouré des meilleurs guerriers, la Branche Rouge. C'est un roi puissant, mais parfois orgueilleux. Il avait promis la vie sauve aux fils d'Uisliu ; il manque à sa parole et les fait périr. Indigné, le noble Fergus, jadis roi d'Ulster, quitte le royaume et passe à l'ennemi, au Connacht. Sur l'Ulster pèse toujours la vieille malédiction de Macha, prête à frapper au pire moment.

La querelle de l'oreiller

Loin de là, au Connacht, règnent la reine Medb et son époux Ailill. Un soir, dans leur lit, ils s'amusent à comparer leurs richesses : bijoux, troupeaux, terres, tout est égal — sauf un magnifique taureau blanc qui appartient au roi. Medb ne supporte pas d'avoir moins que son mari. Elle apprend qu'il existe en Ulster un taureau brun tout aussi splendide, le Brun de Cooley. Elle décide de s'en emparer, coûte que coûte.

L'armée marche, l'Ulster à terre

Ainsi commence la Táin, « la Razzia des vaches de Cooley ». Medb rassemble une armée immense et entre en Ulster. À sa tête marche Fergus, l'exilé, mais son cœur reste avec ses anciens compagnons : il ralentit la marche pour leur laisser le temps de se préparer. Au même instant, la malédiction de Macha frappe : tous les guerriers d'Ulster s'effondrent, terrassés de douleurs. Un seul reste debout, épargné par le sort : le jeune Cúchulainn.

Le héros seul aux gués

Cúchulainn ne peut arrêter l'armée entière d'un coup. Alors il invoque une vieille loi : le combat singulier. Chaque jour, il défie un champion de Medb au gué et le vainc, retenant ainsi l'avancée de toute l'armée. Quand la fureur guerrière le saisit, son corps se tord et se déforme, terrible à voir. Medb, impatiente, cherche par tous les moyens un guerrier capable de l'abattre. Elle finit par penser à Ferdiad.

Le duel de Ferdiad

Ferdiad et Cúchulainn ont appris le combat ensemble, chez Scáthach : ce sont des frères d'armes. Ferdiad refuse d'abord de lever la main sur son ami. Mais Medb le presse de promesses, puis le menace de honte, et il finit par céder. Les deux amis s'affrontent au gué, le cœur brisé, jour après jour. Chaque soir, ils cessent le combat, se soignent, partagent nourriture et remèdes, puis reprennent au matin. Au dernier jour, Cúchulainn frappe du Gáe Bolga, et pleure sur son ami.

La bataille et les deux taureaux

Enfin, les hommes d'Ulster se relèvent de leur faiblesse. Le roi Conchobar rassemble ses guerriers et la grande bataille éclate. L'armée de Medb est vaincue et doit reculer. Pourtant la reine a saisi le Brun de Cooley : elle a tenu sa parole. Ramené au Connacht, le taureau brun rencontre le taureau blanc d'Ailill. Les deux bêtes s'affrontent avec fureur à travers toute l'Irlande, jusqu'à en mourir. Ainsi finit une guerre née d'une simple rivalité.

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Sources

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