Récit · Monde aztèque
Le voyage vers le Mictlan
Codex Florentin (Sahagún)
La mort n'est pas une punition mais un long voyage : quatre années d'épreuves, un fleuve qu'un chien fidèle aide à franchir, des seigneurs gardiens, puis le repos auprès du seigneur et de la dame des morts — car les os sont des graines, et la vie et la mort ne sont que les deux versants d'un même monde.
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Le long voyage de quatre ans
Chez les Aztèques, la mort n'était pas une fin brutale, mais le début d'un long voyage. Pour atteindre le Mictlan, le pays des morts tout au fond du monde, l'âme cheminait pendant quatre années entières. Elle passait entre deux montagnes, affrontait un vent glacé et coupant, gravissait des sommets et traversait de larges plaines. Le Mictlan n'était pas un lieu de punition : c'était la demeure paisible où se rendait la plupart des gens, quelle qu'ait été leur vie. Au bout du chemin les attendait le repos.
Le fleuve et le chien fidèle
L'épreuve la plus redoutée était la traversée d'un large fleuve aux eaux sombres. Là veillait Xochitónal, une créature à tête de crocodile, gardienne du passage. Pour franchir le courant, l'âme ne pouvait compter sur ses seules forces : il lui fallait un guide. C'était le rôle du chien, souvent de robe rousse, placé dans la tombe du défunt, à l'image du dieu-chien Xolotl. On disait que ceux qui avaient bien traité les chiens de leur vivant étaient portés fidèlement de l'autre côté.
Tzontémoc, celui qui tombe la tête la première
Descendre au Mictlan, c'était plonger vers le bas, comme le soleil qui s'enfonce sous la terre chaque soir. Les Aztèques racontaient cet instant à travers Tzontémoc, dont le nom signifie « celui qui tombe la tête la première ». Tête en avant, il rejoignait le monde d'en dessous. Ce n'était pas un dieu cruel : il accueillait les astres qui disparaissent à l'horizon et les âmes qui viennent le rejoindre. Descendre, disait-on, n'était pas disparaître, mais entrer dans une autre demeure.
Les seigneurs gardiens du repos
Le Mictlan n'était pas gouverné par un seul dieu : tout un peuple de seigneurs y veillait. Acolmiztli, dont le nom évoque « le bras de puma », gardait le royaume avec la force tranquille de ce fauve des montagnes. Nextepehua, « celui qui disperse les cendres », rappelait que toute vie, comme une flamme, connaît un dernier souffle avant de se mêler au monde. À ses côtés régnait son épouse Miccapetlacalli, la déesse des tombes, qui offrait à chaque défunt une place de repos, comme un objet précieux rangé dans son écrin.
Devant le seigneur et la dame des morts
Au bout des quatre années, l'âme parvenait enfin au dernier étage du monde. Là siégeaient Mictlantecuhtli, le seigneur des morts, et son épouse Mictecacíhuatl, la dame des morts. Ils n'étaient ni cruels ni méchants : ils accueillaient chacun avec gravité et lui donnaient le repos. La dame veillait sur les os des anciens, gardés précieusement, car de ces os viendrait un jour la vie nouvelle. Ainsi s'achevait le grand voyage : non par une punition, mais par un sommeil paisible, veillé avec soin.
Les fiches de ce récit
- Le MictlanLe monde des morts, au terme d'un voyage de quatre ans
- XolotlLe dieu-chien qui guide les âmes, jumeau de Quetzalcóatl
- XochitónalLe crocodile gardien du fleuve
- TzontémocCelui qui tombe la tête la première
- AcolmiztliSeigneur du Mictlan au bras de puma
- NextepehuaLe disperseur de cendres
- MiccapetlacalliDéesse des tombes et du repos
- MictlantecuhtliLe seigneur du Mictlan, le monde des morts
- MictecacíhuatlLa Dame des morts, reine du Mictlan
Sources
- Codex Florentin (Sahagún)
- Codex Vaticanus A (Ríos)