Récit · Monde aztèque

La naissance du Soleil guerrier

Codex Florentin (Sahagún)

Chaque aube rejoue une bataille : le soleil qui vient de naître, déjà armé, disperse les étoiles et fait pâlir la lune, sa sœur — et les Mexicas, peuple du Soleil, rejouaient ce combat au cœur de leur cité pour que la lumière l'emporte toujours.

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Coatlicue et la Montagne du Serpent

Sur un sommet sacré appelé Coatépec, « la montagne du Serpent », vivait Coatlicue, la Terre elle-même, mère de tous les dieux. On la reconnaissait à sa jupe tissée de serpents, car la terre donne la vie autant qu'elle la reprend. Un jour qu'elle balayait le temple, une petite boule de plumes descendit du ciel. Elle la glissa contre son cœur. Aussitôt, elle attendit un enfant : ce serait Huitzilopochtli, le dieu-soleil. Mais cette naissance allait déchaîner la colère du ciel.

La colère des étoiles

Coatlicue avait déjà beaucoup d'enfants : sa fille Coyolxauhqui, la lune, et ses quatre cents fils, les Centzon Huitznáhua, si nombreux qu'ils formaient les étoiles du ciel. En apprenant que leur mère attendait un nouvel enfant, ils se sentirent trahis. Menés par leur sœur Coyolxauhqui, tous s'armèrent et montèrent vers la Montagne du Serpent pour s'en prendre à Coatlicue. La Terre-Mère trembla. Mais une voix, du fond de son ventre, la rassura : l'enfant qui allait naître veillait déjà sur elle.

La naissance du dieu-soleil

À l'instant décisif, du ventre de Coatlicue jaillit Huitzilopochtli, déjà grand, casqué et armé comme un guerrier, brillant comme le soleil. Il tenait un serpent de feu. D'un geste, il défendit sa mère et dispersa les quatre cents étoiles. Coyolxauhqui, vaincue, roula jusqu'au pied de la montagne. Les Mexicas lisaient dans cette scène le lever du jour : le soleil qui monte chasse les étoiles et fait pâlir la lune, sa sœur. Chaque matin, disait-on, cette naissance se rejoue au-dessus du monde.

Huitzilopochtli, dieu du Soleil et de Mexico

Ce dieu né sur la montagne devint le grand protecteur des Mexicas. Chaque nuit, disait-on, Huitzilopochtli livrait de nouveau ce combat contre l'obscurité pour renaître au matin. C'est lui aussi qui, plus tard, guiderait son peuple depuis Aztlan jusqu'à l'aigle posé sur le cactus, là où s'élèverait Mexico-Tenochtitlan. Les Aztèques croyaient devoir le soutenir dans sa lutte : ils pensaient qu'il fallait nourrir et remercier le Soleil par des offrandes — on s'en tient là, avec pudeur — pour que le monde continue.

Panquetzaliztli, la levée des bannières

Chaque année, les Mexicas célébraient la naissance de leur dieu par une grande fête : Panquetzaliztli, « la levée des bannières ». Elle tombait autour du solstice d'hiver, quand le jour est le plus court et que le soleil semble reprendre des forces. Partout, on dressait des bannières de plumes colorées, sur les temples, les arbres et les maisons. On dansait, on chantait, et l'on façonnait une grande figure du dieu en pâte de graines d'amarante. C'était un moment de joie : la lumière était de retour, l'année repartait.

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